

L'Enquête
ajouté le 3 février 2012 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, raffinage, petroplus, petit-couronne, total, exxonmobil, gérard roussel, emploi
En dépôt de bilan et cessation de paiement, Petroplus à Petit-Couronne a mis au jour la crise économique du secteur du raffinage. Les autres acteurs du raffinage en Seine-Maritime ont-ils les moyens de perdurer? Comment se sont-ils préparés?
«La seule solution c'est de trouver un repreneur», Yvon Scornet, délégué syndical CGT du site Petroplus de Petit-Couronne ne se fait plus d'illusions sur son employeur. De fait, le raffineur Suisse, en proie à de graves difficultés financières, a décidé de mettre en vente sa raffinerie. Le groupe de 2.500 salariés, dont 550 à Petit-Couronne, a aussi indiqué examiner «Les alternatives stratégiques» pour ses sites d'Anvers et de Cressier dont la vente semble probable. Devenue symbole de la désindustrialisation en France, la raffinerie de Petit-Couronne a attiré à son chevet un flot de candidats à l'élection présidentielle poussant tous des cris d'orfraie face à la situation des salariés. Pourtant, la crise du raffinage ne date pas d'hier. Elle trouve ses racines dans la surcapacité chronique du raffinage français alors que la consommation a subi une baisse régulière en France et en Europe ces dernières années. Réglementations, législations fiscales et surcoûts spécifiques à la France (plan de prévention des risques technologiques (PPRT) ou plans de modernisation des installations industrielles) ont entraîné des investissements importants grevant les finances des industriels et accentuant la baisse de compétitivité des produits français sur le marché mondial. «Depuis quelques années, nos autorités font tout pour que l'on consomme moins. Et même si l'énergie est précieuse, le résultat, c'est que la consommation stagne en France et en Europe et les prévisions pour les trente ans à venir sont à la baisse. L'efficacité énergétique va primer avec l'accent mis sur les énergies renouvelables», s'inquiète un porte-parole d'ExxonMobil. Les normes environnementales et antipollution plus sévères et l'inadaptation des raffineries européennes qui produisent trop d'essence et pas assez de gazole ont conduit des industriels comme Shell ou BP à se retirer d'Europe et a contrario à aller s'installer à proximité des nouveaux marchés émergents et en pleine croissance d'Asie, du Moyen-Orient ou encore du Brésil. Un secteur d'activité qui a subi durement la crise économique de 2008 et l'explosion du prix du pétrole brut entraînant des réductions de consommations chez les industriels et particuliers. Moins solides car basés sur un modèle de mono-activité, les nouveaux acteurs/repreneurs du raffinage tels que Petroplus ne peuvent compenser leurs pertes, ne disposant pas, comme les grands groupes pétroliers, d'autres activités lucratives. Si l'option de reprise de Petroplus à Petit-Couronne reste la plus souhaitable pour les salariés, reste à savoir qui? Également propriétaire d'une raffinerie à Reichstett en Alsace, Petroplus a mis celle-ci en vente au printemps dernier. Depuis les rumeurs de reprise se succèdent, dont l'une concernant le groupe Rubis, également présent à Rouen. Une solution de reprise repoussée par les syndicats: «Si on fait ça à Petit-Couronne, il n'y aura plus que 25 salariés sur le site. Il n'y aura plus de production», s'inquiète Yvon Scornet.
Rester compétitif
En comparaison des conditions d'exploitation imposées en France, lesénormes raffineries qui ouvrent en Asie, telle celle de Reliance en Inde capable de raffiner un million de barils, soit la moitié de la production française de 2009, semblent ne pas jouer dans la même cour s'inquiète le représentant d'ExxonMobil: «Ils sont compétitifs mais avec des règles du jeu différentes des nôtres». C'est pourquoi les syndicats de Petit-Couronne ont récemment déposé une proposition de loi sur le bureau du ministre de l'Industrie, afin d'assurer «l'égalité de traitement» entre les produits pétroliers raffinés en France et ceux importés, via une taxe. En Europe, des normes devraient voir le jour d'ici 2018 avec la volonté de trouver un équilibre sur les taxes. «La seule manière de rester compétitif a été d'investir de manière régulière, ce qu'Exxon à fait à Gravenchon et fos sur mer. La clé pour s'en sortir est d'avoir un outil performant et en bon état. Autre critère de réussite: savoir gérer la sécurité. Car, si vous n'avez pas d'arrêts ou d'incidents, vous êtes dans les meilleurs. Sans la sécurité, on peut investir des millions dans la maintenance et avoir de mauvais résultats opérationnels! La sécurité permet de faire tourner l'usine en permanence», estime le responsable d'ExxonMobil. Une démarche qui à un coût puisque sur le site de Notre-Dame de Gravenchon, 45M€ sont investis par an pour le raffinage dont 70% couvrent les besoins en investissements imposés par la réglementation. Deux axes d'amélioration sont suivis par ExxonMobil: l'efficacité énergétique et l'optimisation de la production de gazole ainsi que la limitation de la production d'essence. «Il y a eu des changements à faire en peu de temps, ce qui a pénalisé notre industrie. Ceux qui ont pu investir pour s'adapter ont à présent un atout face à ceux qui n'ont pas optimisé leurs outils».
«La crise économique dans le raffinage européen et en particulier en France, débute dès 2009, moment où les marges se sont effondrées brutalement. Un mouvement prévu pour durer, puisqu'on estime qu'une quinzaine de raffineries peuvent fermer en Europe d'ici 2020». Si elle ne rassure pas, l'analyse du porte-parole de l'Union française des industries pétrolières (UFIP) pose clairement la problématique du raffinage. Une crise qui s'installe, non pas dû au vieillissement des installations mais à la surcapacité de raffinage en Europe, dans un contexte de baisse de la demande. Plus globalement, on assiste à une augmentation de la demande asiatique alors que celle-ci régresse en Europe. «L'Asie dispose de ses propres raffineries, du coup, l'Europe ne profite pas de ce boom et se retrouve en excédent de capacité. Ce qui a pour conséquence l'effondrement des marges brutes de raffinage», explique l'UFIP. Les valeurs de l'indicateur français des marges brutes de raffinage sont ainsi révélatrices du phénomène: l'indicateur était en 2011 de 14€/tonne de brut traité alors qu'il faut entre 20 et 25€ pour financer les coûts variables et investissements.La crise a mis les raffineries sous pression financière, même celles des grands groupes comme Esso ou Total, car toutes doivent trouver leur propre rentabilité et une justification économique. Ainsi, seules les raffineries les plus compétitives sont en mesure de résister: «Pour cela, elles doivent disposer d'une taille suffisante et d'un accès direct à la mer», selon le porte-parole de l'UFIP. Si l'on regarde la situation des quatre raffineries qui ont fermé (Total à Dunkerque en 2010 et Reichstett pour Petroplus en 2011) ou sont en difficultés en France (Lyondellbasell à Berre et Petroplus à Petit-Couronne), aucune ne disposa
it de ces deux atouts
.CRISE EUROPÉENNE
Quels investissements a fait Total en Normandie? Ils s'intègrent dans le projet Raffinerie Normandie 2012 (RN2012) pour un montant d'un milliard d'euros, dont 800M€ pour la raffinerie et 200M€ pour l'usine de pétrochimie. Pour la raffinerie, deux axes sont suivis. L'un doit permettre la modification profonde de l'outil de raffinage pour augmenter la production de gazole d'un demi-million de tonnes: une évolution du marché encore plus importante que prévu. Le second axe de modification industrielle est celui de l'efficacité énergétique en travaillant à la récupération d'énergie et en réduisant notre production de CO2 d'un million de tonnes. L'évolution des installations permet aussi de fabriquer du gazole à faible teneur en souffre. Pour compléter, il y a un travail de refonte logistique, stockage et expédition.
Comment voyez-vous l'avenir du raffinage?
Nous considérons être des énergéticiens encore durablement inscrits dans le siècle mais à plusieurs conditions. Il faut être acceptable en matière d'environnement, notamment en terme de pollution de l'air et maîtriser les risques. Il faut aussi s'engager dans la vie économique locale pour que nos investissements aient un impact sur l'emploi. Bien sûr, il faut aussi être compétitifs et pour cela fabriquer les produits dont nous aurons encore besoin au cours de ce siècle. Il faut aussi développer les produits durables: la pétrochimie a fait ce choix avec les matières plastiques de haute qualité telles que les polymères: des matériaux léger et facilement recyclable qui permettent des économies d'énergie.
Le marché «Les vrais concurrents de Flexi France, ce sont les fabricants de conduites rigides», explique le P-dg Jean-François Niel, dont le principal d'entre eux est Vallourec (groupe Mannesmann). Au plan mondial, le groupe Technip détient près de 60% du marché des flexibles devant le Britannique Wellstream (25%) et le Danois NKT (15%). Un marché qui s'ouvre à de nouveaux entrants dont Prysmian (ex-division câbles du groupe Pirelli), notamment sur les champs offshore Brésiliens.
Sébastien Colle
JDE | Édition Seine-Maritime 76 | 3 février 2012

