

Rencontre
ajouté le 3 juillet 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre
Le P-dg du groupe Vallée et président du Muc 72 est un homme de tête. S'il aime être le chef, sa plus grande fierté est de voir les hommes qui l'entourent réussir leur carrière grâce au travail et à l'envie, qualités qui sont aussi les siennes.
Bérengère de Portzamparc
Quand on demandait au petit Henri Legarda ce qu'il voulait faire plus tard, il répondait sans sourciller «être chef». Une carrière de meneur d'hommes tôt affichée pour l'entrepreneur aux multiples casquettes. Né en 1948 près de Grenoble, Henri Legarda est d'origine basque par son père, et dit en avoir hérité la forte personnalité et le goût de l'aventure. Impossible d'entrer plus loin dans la description de l'homme sans évoquer sa fratrie dont il ne se sépare jamais. «Nous sommes quatre enfants en cinq ans, et nous avons toujours été très proches». Avec sa soeur aînée, Geneviève, il partage le même tempérament d'entrepreneur, et travaille en binôme depuis le rachat du groupe Vallée en 1983. «J'avance et je bouscule, elle freine et met en place». Son frère et sa dernière soeur partagent quant à eux la passion paternelle, la recherche, et travaillent dans la branche biotechnologie du groupe Vallée, Sorbial.
Saga familiale
«Je sais développer, mais je ne sais pas créer», explique simplement le dirigeant qui s'appuie sur la dynamique de l'entourage familial pour avancer. Leur père, en 1962, fait une découverte révolutionnaire en mettant à jour deux bactéries «lactobacilles» pour soigner les animaux. «Pendant des années, je l'ai vu se battre pour la reconnaissance de sa recherche et surtout pour trouver un financement». Les moyens mis en place par Sorbial ont ainsi permis, plus de 40 ans après cette découverte, d'obtenir l'homologation par la commission européenne, et conduire enfin à la reconnaissance mondiale grâce à l'accord en passe d'être signé avec un grand groupe pharmaceutique. L'aboutissement d'un projet porté en famille pour celui qui jure pourtant «ne jamais parler boulot le week-end lors des réunions familiales».
Culture de la «gagne»
Après des études courtes et peu motivées, Henri Legarda entre à 21 ans comme commercial chez Carnation, société américaine qui lançait sur le marché français le lait Gloria. Il y apprend la «culture de la gagne» à l'américaine. «Nous étions encadrés, motivés, écoutés, ce fût très formateur et m'a beaucoup marqué pour la suite». Ne pouvant évoluer aussi vite qu'il le souhaite, il intègre alors une coopérative de peinture lyonnaise qui le nomme responsable régional auMans où il s'installe en 1973. Pendant 10 ans, il insuffle une dynamique à l'américaine dans la PME française, jusqu'en 1983 où il a l'opportunité de racheter le groupe Vallée et d'être enfin son propre chef. «Quand on est chef d'entreprise, on aime la compétition donc on aime le sport». C'est dans cet état d'esprit qu'en 2001, il achète avec son ami Patrick Jacques le MUC 72, fraîchement privatisé par le maire Robert Jarry. «J'ai accepté à la condition d'être le patron, car on ne peut rien faire sinon». Depuis lors, il mène une politique ambitieuse pour le club, «je le gère comme une entreprise», et a mis en place une équipe dirigeante à même de développer son potentiel. «Nous nous donnons les moyens d'être un grand club».
Figure locale
Père de trois filles, il dit ne pas penser à la succession familiale mais préfère trouver la personne qui a soif de réussir. «Quand on a la charge de 1.000 personnes, il faut trouver ceux qui sauront pérenniser et développer ce potentiel», et aussi accepter de se «sacrifier pour diriger», constate celui qui n'accorde qu'un samedi sur deux et les dimanches à sa famille. S'il voyage beaucoup, et passe deux à trois jours par semaine au siège à Paris, c'est auMans qu'il vit et n'envisage pas de vivre ailleurs! «J'aime ce département. On y est bien et l'ambiance est très sportive. Où que j'aille dans le monde, on connaît LeMans, ville mythique, et j'en tire une certaine fierté!», conclut l'homme, lui-même un peu acteur de cette reconnaissance.
On parle beaucoup de la crise dans le bâtiment aujourd'hui. Le groupe Vallée est-il particulièrement touché?
Au risque de vous décevoir, non! Pour le moment nous ne sommes pas trop touchés, car nous intervenons à la fin des constructions. Nos équipes travaillent aujourd'hui sur des chantiers commencés en 2007. 2008 et 2009 sont de bonnes années et notre chiffre d'affaires est stable à 60millions d'€ pour le bâtiment. C'est en 2010 que cela peut être plus difficile si on ne se remonte pas les manches aujourd'hui pour trouver de nouveaux contrats !
Comment allez-vous procéder?
Je suis le premier commercial du groupe Vallée! Si je n'hésite pas à me déplacer dans toute la France, je demande cela aussi à mes collaborateurs. Il faut savoir faire quelques sacrifices si on veut réussir, et surtout garder la motivation et l'envie d'y arriver. Pour moi, ce n'est pas une question d'argent mais de moyens humains. Une équipe soudée et qui marche vers le même but y arrivera toujours. Cet état d'esprit est valable pour les salariés du groupe comme pour les joueurs du Muc.
Qu'est-ce qui vous a motivé à acheter un club de foot?
Le goût pour la compétition. J'ai racheté le club le 1erjuillet 2001, le 17octobre, nous perdions 3-0 contre Laval, et tout le monde de me démontrer la bêtise d'y avoir investi. Mais cela ne m'a pas arrêté au contraire! Nous avons établi une stratégie, fait venir des personnes qualifiées pour entourer les joueurs, et finalement le Muc est remonté en Ligue 1 en 2005. J'ai structuré le club comme une entreprise, avec des objectifs, et des projets à court et moyen termes.
Quels sont ces projets?
Un nouveau centre de formation, un nouveau siège administratif, l'agrandissement de la salle de musculation et de la partie médicale... et le stade bien sûr, qui nous permettra une large reconnaissance tant au niveau national qu'international. En juillet2010, nous aurons atteint les objectifs que nous nous sommes fixés: être un club équipé de tout ce qui est nécessaire pour être dans l'élite, avec une structure humaine d'encadrement de qualité.
Quel est votre rapport avec les joueurs?
Je souhaite que chaque joueur du Muc réussisse sa carrière, qu'elle soit sportive ou professionnelle. Pour cela, nous prenons en charge leur formation et les aidons à la reconversion s'ils le souhaitent. Mes parents m'ont appris le respect de l'être humain, c'est ma base de vie, aussi je suis à leur écoute et leur donne les moyens de réussir, quelle que soit la suite de leur carrière.
1948 Naissance près de Grenoble
1962
Son père découvre les potentialités de deux souches de lactobacilles
1969
Commercial en Bretagne pour le groupe américain Carnation (lait Gloria)
1973
Arrivée auMans comme responsable régional d'une coopérative de peinture
1983
Rachat du groupe Vallée
1995
Membre du conseil d'administration du MUC
2001
Achète le MUC suite à sa privatisation
2005
Le Muc passe en Ligue 1
2008
Homologation européenne pour la découverte paternelle
Il aime Sa famille Ses amis Le sport en général L'Amérique du Sud Les crêpes farcies à la viande Il n'aime pas La trahison. «Si quelqu'un me trahit, il ne fera plus jamais partie de mon entourage, c'est irrévocable. On peut parler, s'expliquer, ne pas être d'accord, mais pour moi, trahir, c'est ce qu'il y a de pire».
JDE | Édition Sarthe 72 | 3 juillet 2009

