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ajouté le 6 novembre 2009 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, collart
Anciennement Lefranc & Bourgeois, les bâtiments de ColArt International font partie du décor urbain manceau. Dans un monde dédié aux couleurs, le fabricant de peinture doit sans cesse jongler entre tradition et développement industriel pour rester compétitif.
Bérengère de Portzamparc
Le premier mariage de l'histoire de ColArt International date du XIXesiècle. À l'époque, la maison Lefranc, réputée auprès des peintres, dont Chardin, pour sa création de couleurs, se rapproche du parisien Bourgeois pour développer industriellement leurs savoir-faire et accroître ensemble leur réputation. En 1966, Lefranc et Bourgeois s'implante auMans, dans les locaux actuels, et vit sur son image de qualité et de savoir-faire sur le marché français. Le groupe suédois Beckers, spécialiste de la peinture industrielle, rachète «la belle dame endormie» en 1983 et l'intègre à sa division «peinture pour artistes» dénommée ColArt. Commence alors le développement à l'international et le rapprochement avec d'autres grandes marques pour créer un leader mondial. Le groupe ColArt, dont le siège est en Angleterre, rachète des marques prestigieuses dans le monde, comme Lefranc & Bourgeois, Winsor & Newton, Reeves, Liquitex, le spécialiste de la peinture acrylique en 2000, ou encore Conté à Paris en 2004 (racheté au groupe Bic). «Chaque marque garde son nom, son positionnement et son image, afin de profiter de sa réputation établie auprès des artistes locaux, souvent attachés aux produits qu'ils utilisent depuis leur formation aux beaux-arts», explique Thierry Collot, le directeur général de ColArt International, responsable de la stratégie des marques françaises.
Spécialiste des beaux-arts
Le site duMans contribue à près de 36% de l'activité du groupe ColArt (180millions de CA) et travaille sur trois coeurs de métiers: les beaux-arts (50 à 60% de l'activité), l'éducation (35%) et le solde dans les loisirs décoratifs. L'usine fabrique des couleurs acryliques, des encres pour gravures, des gouaches pour l'éducation ou encore des produits pour dorure (comme les colles utilisées pour la réfection à la feuille d'or du Dôme des Invalides). Outre la fabrication, le site duMans s'occupe aussi de la distribution de toutes les marques du groupe et réalise un tiers de son chiffre d'affaires (50millions d'euros) à l'export.
Un marché de petit volume
«L'année 2009 a été plus difficile pour l'export, avec une baisse de la consommation et un euro fort», avance Thierry Collot, avant de préciser ses propos: «Notre marché est fragile. Ces dernières années, l'offre et la distribution se sont développées trop vite par rapport à la réalité économique d'un marché qui est de petit volume. Le boom des enseignes de loisirs créatifs et l'ouverture de nombreux points de vente ont conduit à une surcapacité déjà perceptible avant la crise. Beaucoup d'enseignes ont fermé ou ont procédé à un travail de déstockage massif et de réduction des références, ce qui s'est traduit pour nous par une baisse de 10% d'activité cette année». Pour pallier le manque de visibilité pour 2010, l'entreprise va consolider ses leaderships, notamment dans le secteur des beaux-arts traditionnellement moins touché, plutôt que de créer de nouveaux secteurs de développement. Ce qui ne l'empêche pas de procéder à un agrandissement de 3.000m² afin de développer la logistique sur le site, d'un montant «significatif» mais non communiqué. «Il s'agit d'un moment favorable pour lancer ce projet», tout comme la certification ISO 14001 en cours d'obtention. La stratégie de l'entreprise reste axée sur la qualité et la tradition plutôt que le développement de produits bas de gamme ou premier prix. «Les artistes ne s'y trompent pas». Si l'entreprise ne communique pas ou peu vers le grand public, elle a néanmoins une culture de mécénat et partenariat historique, et n'hésite pas à rencontrer régulièrement des groupes d'artistes ou d'experts pour tester de nouveaux produits ou écouter leurs attentes.
Thierry Collot, le directeur général de ColArt International, revient sur les enjeux de l'entreprise qui doit faire évoluer ses gammes et ses produits notamment en conformité avec le programme européen REACH.
Vous évoluez aujourd'hui dans un marché concurrentiel et régi par les normes législatives. Quels en sont les enjeux?
En effet, nous devons assurer la continuité de nos produits, afin de ne pas déstabiliser les artistes, tout en cherchant aussi à les améliorer. Rendre un brillant plus brillant, remplacer un pigment disparu par un autre ayant le même rendu, autant d'enjeux pour une entreprise qui évolue avec son temps, mais reste sur un petit marché, et très attaché à la tradition. Par ailleurs nous devons mettre en conformité nos produits avec la toxicité légale définie par REACH.
Ce programme européen a-t-il engendré des conséquences directes sur votre activité ?
Avec REACH, notre R & D est toujours plus imaginative ! Nous retirons les pigments définis comme toxiques et les remplaçons par d'autres, tout en assurant un produit identique au final pour le consommateur. AuMans, il y a une équipe de 10 personnes à la R & D, et une trentaine dans le groupe, qui travaillent sur ces questions mais aussi sur l'innovation. Par exemple, nous proposons aujourd'hui des produits moins odorants et moins allergènes comme des huiles sans solvants ou encore des encres nettoyables à l'eau.
Quels sont les marchés à développer?
Si le secteur des beaux-arts est le plus stable, et doit rester notre principale activité, nous avons réorienté notre secteur des loisirs décoratifs vers des produits adaptés à la tendance «home déco» en vogue ces derniers temps, notamment avec le succès des émissions télévisuelles de décoration d'intérieur. Ce marché de loisirs décoratifs est plus fluctuant et doit capter l'air du temps, ce que nous tâchons de faire en restant très à l'écoute des consommateurs via nos groupes d'experts.
Comment voyez-vous l'évolution de votre métier ?
Notre métier est valorisant car tourné vers la création et nous sommes nombreux à travailler depuis longtemps dans l'entreprise. C'est un travail à la fois moderne (conditionnement et remplissage par les machines) et artisanal, comme par exemple l'usine en Angleterre où les pinceaux sont entièrement fabriqués à la main. Par ailleurs, l'ordinateur et le graphisme informatique n'ont pas tué la création, bien au contraire ! On voit aujourd'hui des oeuvres qui jouent avec les supports modernes et retravaillés traditionnellement. S'il a évolué, notre métier n'est pas menacé et fait en somme partie du patrimoine.
Le comité de direction de ColArt International est composé de six membres. Thierry Collot (ci-dessus), 47 ans, diplômé de l'ESC Rouen, est directeur général de ColArt International depuis juillet2008. Arrivé dans l'entreprise en 1985, il est passé par la vente, le marketing, la direction commerciale pour la France et l'export. Hervé Rouvre, chez ColArt depuis 1987, est le directeur général délégué et directeur administratif et financier depuis 1992. Aristide Justeau, chez ColArt depuis 1987, est le directeur marketing depuis 2005. Gilles Gomas est le directeur industriel depuis 1999, présent dans l'entreprise depuis 1990. À ces quatre hommes, il faut rajouter, Christophe Flaugère, directeur commercial France, et Laurent Dubois, directeur commercial international, tous les deux en poste depuis juillet2008.
1720
Lefranc propose aux peintres ses couleurs
1867
Bourgeois est un spécialiste parisien des couleurs fines
1966
Lefranc & Bourgeois s'installe auMans zone nord
1983
Lefranc & Bourgeois intègre la division ColArt du suédois Beckers
1987
Lefranc & Bourgeois devient ColArt International
1990
Acquisition de Winsor & Newton
2000
[-------]Rachat de Liquitex
2004
Rachat de Conté à Paris
2010
Agrandissement de 3.000 m²
- DG: Thierry Collot - CA: 50millions d'euros; Résultat 4.521 K€ - Salariés: 230 - Activités: couleurs acryliques pour beaux-arts, encres pour gravure, gouaches pour éducation artistique, produits pour la dorure (colles), vernis - Quelques chiffres: 4millions de litres de peinture, 26millions de tubes, 17millions de pots et de flacons, 9.100 références traitées - Contact: 5 rue René Panhard, 72000 LeMans; 02.43.83.83.00; www.colart.com; www.lefranc-bourgeois.com
JDE | Édition Sarthe 72 | 6 novembre 2009

