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ajouté le 1 mai 2009 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, Arjowiggins Le Bourray
Arjowiggins Le Bourray, situé à Saint-Mars-la-Brière, fabrique du papier recyclé à usage graphique et de la ouate de cellulose qui s'exporte dans le monde entier. Immersion dans le monde papetier.
Si l'industrie papetière est en crise depuis quelques années en France comme en Europe, c'est moins le cas pour l'entreprise Arjowiggins Le Bourray SAS située à Saint-Mars-la-Brière. Deux raisons à cela, pour Norbert Michaud, le directeur de l'usine sarthoise: l'innovation et la spécialisation. Les papeteries du Bourray proposent depuis 1951 une gamme de papier recyclé, plus tendance que jamais en ces temps de prise de conscience écologique, et une offre unique de ouate de cellulose aux coloris les plus variés. «Nous proposons plus d'une centaine de coloris différents et pouvons nous adapter aux petites comme aux grosses quantités». Cette ouate, qui sort sous forme de bobines de plusieurs tonnes, sera ensuite transformée par les clients en serviettes en papier essentiellement (80% des 30.000 tonnes produites chaque année), et est envoyée dans le monde entier (Japon, Turquie, Australie...). L'histoire de la papeterie commence dans les années 1920 par l'achat d'un moulin à papier par la famille Lescop sur le lieu-dit du Bourray. En 1971, les papeteries du Bourray procèdent à un échange d'actions avec Arjomari, qui fédère des entreprises papetières pour consolider leurs activités. Arjomari devient Arjowiggins en 1990 et les papeteries du Bourray deviennent une filiale du groupe, qui compte aujourd'hui plus de 7.400 collaborateurs et une trentaine de sites dans le monde entier. En Sarthe, outre le Bourray, le groupe est implanté à Bessé-sur-Braye où travaillent 650 personnes à la fabrication de papier couché haut de gamme, recyclé ou non.
Création de la coucheuse
En 1992, Arjowiggins Le Bourray innove et propose, en première mondiale, du papier recyclé couché sous le nom d'Eural. «Avec ce produit, nous avons amélioré considérablement le papier recyclé en appliquant une couche, faite de pigments fins, qui permet un excellent rendu d'impression. Pour cette innovation, nous avons développé avec un fabricant de machine industrielle, un outil spécifique, appelé «coucheuse», qui a connu par la suite un succès commercial chez nos concurrents du monde entier», se souvient, non sans fierté, Norbert Michaud, 25 ans d'ancienneté dans la société. La matière première de la gamme est constituée uniquement de vieux papiers, qui ont été récupérés et sont désencrés, épurés et transformés sur le site. L'entreprise en utilise près de 70.000 tonnes par an dont 75% qui viennent du grand Ouest de la France, Paris inclus. L'usine sort 80.000 tonnes par an de papier recyclé à usage graphique, sous forme de bobines (90%) ou au format (10%), et qui sera destiné à la communication ou à l'édition. Le papier Eural représente 60% du CA de l'entreprise, qui était de 90millions d'euros en 2008. Les 40% restant viennent de l'autre produit phare de l'entreprise, et la particularité du site d'Arjowiggins le Bourray: la ouate de cellulose qui est proposée dans une centaine de coloris.
Poursuivre dans les niches
«Si nous ne sommes pas touchés par la morosité du secteur papetier jusqu'à présent, c'est que nous avons su nous renouveler, en proposant sans cesse des produits difficiles à faire et très spécifiques», explique le directeur de l'usine où travaillent 250 salariés, sur un site de 4 hectares au total et qui tourne «7 jours sur 7, 24h sur 24 et 363 jours par an !». La production de la papeterie sarthoise est en grande partie destinée à l'export (60% pour la ouate couleur et 45% pour le papier recyclé à usage graphique), ce qui représente 50% du CA. L'un des clients français et sarthois d'Arjowiggins le Bourray n'est autre que CGMP, qui propose des nappes et serviettes en papier sous la marque Nap. «Notre volonté est de faire que l'entreprise vive encore longtemps et reste performante économiquement. Cela passe par une politique responsable, par l'innovation avec des produits toujours plus spécifiques, et par la simplicité dans nos rapports avec nos clients et avec nos salariés qui sont très attachés à l'entreprise.» Le directeur d'usine a instauré avec les autres membres du comité de direction une réflexion de veille permanente afin «d'avoir toujours la possibilité de sortir un nouveau produit si l'un des actuels perdait de la vitesse», mais il reste discret sur ces projets qu'il conserve dans ses petits papiers.
Vous avez une démarche écologique dans l'air du temps, est-ce un atout pour votre développement ?
Les papeteries du Bourray proposent du papier recyclé depuis 1951. Ce qui fait que nous étions bien en avance sur la tendance actuelle! Mais il est certain que nous bénéficions aujourd'hui de cet engouement d'autant plus que nos produits, bien qu'issus du recyclage, sont de qualité et permettent différentes utilisations.
Connaissez-vous des problèmes d'approvisionnement en vieux papiers?
Pour notre production non, mais il est vrai que la récupération de vieux papiers est encore insuffisante en France, notamment pour les papiers de bureaux. Aujourd'hui seulement 15 à 20% des papiers sont récupérés dans les bureaux. Ce qui représente moins de 5% de notre approvisionnement alors que cela pourrait être beaucoup plus ! Ces papiers sont tout à fait valorisables, mais l'offre est très éclatée et les salariés dans les entreprises sont encore peu éduqués.
Comment participez-vous à cette sensibilisation?
Nous travaillons avec plusieurs associations de l'ouest, dont la Feuille d'érable à Rennes et Ecotri auMans. Ces associations passent des contrats avec les sociétés et les administrations pour les former à trier les papiers sur leur lieu de travail: un bac blanc pour les papiers blancs et un bac brun pour les autres. Ensuite ces associations viennent collecter ces bacs, nous les livrent, et de notre côté nous nous engageons à les acheter à un bon prix. De plus, en matière de sensibilisation, nous sommes ouverts aux visites, et accueillons souvent des clients ou des scolaires, ce qui nous permet de les sensibiliser au tri et à la récupération des vieux papiers qui constituent notre matière première pour la fabrication de papiers à usages graphiques.
L'industrie papetière est souvent montrée du doigt par les écologistes, quelles sont vos actions en faveur de l'environnement?
Nous sommes très attachés aux valeurs écologiques, et nos performances environnementales sont excellentes. Nous sommes certifiés ISO 14.001 environnement depuis dix ans. De plus, nous sommes en cours de certification FSC, ainsi que de la certification européenne écolabel. De plus, comme nous ne blanchissons pas notre pâte à papier, nous n'utilisons pas de produits chimiques mais des enzymes. Et notre ratio consommation d'eau à la tonne a été divisé par 3 en 20 ans! Autant d'éléments qui sont en faveur de notre réelle conscience écologique, contrairement à ce que l'on entend souvent sur l'industrie papetière!
1920
La famille Lescop achète le moulin à papier sur le lieu-dit du Bourray.
1951
Début de la fabrication du papier recyclé impression écriture.
1966
Fabrication en continu de ouate de cellulose pour usage domestique.
1970
Les papeteries du Bourray sont reprises par Arjomari.
1990
Arjomari devient Arjowiggins.
1992
Innovation mondiale au Bourray, le papier recyclé couché Eural.
2001
Dépôt de la marque Kaleido qui propose près de 100 coloris de ouate.
Groupe Arjowiggins (Sequana). Siège social: Issy les moulineaux, 7 400 collaborateurs et 30 sites, CA : 2 M€. Filiale Arjowiggins Le Bourray. 250 personnes, CA : 90 M€ dont 50% à l'export. Papier Recyclé : 80.000 tonnes / an, Ouate : 30.000 tonnes / an. Contacts. Papeteries du Bourray, Saint-Mars-la-Brière. Tél.: 02.43.82.91.00 www.bourray.com
Bérengère de Portzamparc
JDE | Édition Sarthe 72 | 1 mai 2009

