

Rencontre
ajouté le 1 mai 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, Maurice Ricci, Akka technologies, Lyon, Vaise, Ingénierie
En 25 ans, il a bâti depuis Lyon un solide groupe d'ingénierie et de conseils, Akka Technologies. Mais c'est avec la même fraîcheur qu'il aborde sa mission: il aime développer, aller de l'avant. Alors la crise, autant dire que ça l'ennuie. À moins d'en faire un nouveau tremplin...
Claire Pourprix
381,6M€ de chiffre d'affaires en 2008. 5.300 collaborateurs. Le groupe Akka Technologies est devenu, en25 ans, un acteur de poids dans le domaine de l'ingénierie. Pourtant, Maurice Ricci semble avoir traversé ce quart de siècle sans changer. «C'est toujours le développement qui me passionne: c'est bien plus intéressant que de gérer la crise!», confie-t-il. Pour lui, un entrepreneur n'est pas fait pour créer de la détresse sociale, mais de la valeur, de la richesse. D'où un certain malaise en ce moment, même s'il assure qu'Akka Technologies n'est pas en peine, grâce à sa stratégie des équilibres mise en place en 1999. «Un dirigeant qui n'est pas habité par le doute est en danger», reconnaît-t-il. Et c'est ce qui le fait avancer. Avec, en prime, une bonne dose de volonté. Comme au démarrage, avec un associé, en 1984, de sa première société, Hysys, spécialisée dans l'ingénierie pour l'industrie automobile.
Exigence forte
«J'avais 23 ans à l'époque, et pas grand-chose à perdre...Les comptes étaient rouge vif, mon salaire très faible, cela demandait beaucoup de travail... Je ne crois toujours pas aux beaux business plan. Le plus important, c'est l'énergie que l'on est capable de déployer.» Un caractère bien trempé, un personnage que l'on devine entier, plein d'énergie, pragmatique. Difficile d'imaginer Maurice Ricci ailleurs que dans un costume de décideur. «Mes parcours scolaire et militaire ont démontré que j'avais plus de facilité à donner des ordres qu'à en recevoir...», confirme-t-il. Pour autant, le P-dg, qui croit «à la vraie proximité du manager», est adepte d'une organisation décentralisée de son groupe, réparti sur plusieurs sites en France et à l'étranger. «Mes proches me prêtent une exigence très forte, que je commence par m'infliger. J'aime et je veux faire confiance, donc je délègue. En revanche, j'aime être informé.» Et gare à celui qui s'écarterait du droit chemin... «L'autonomie donnée à une personne ne veut pas dire indépendance: je suis très patient quand les choses vont dans le bon sens mais quand je n'y crois plus je suis assez brutal.»
Fidèle à ses passions
Issu d'une famille italienne modeste, Maurice Ricci a choisi de s'établir à Lyon pour sa situation géographique, à moins de deux heures des montagnes. Pour vivre pleinement sa passion des grands espaces. Encore aujourd'hui, c'est à Serre-Chevalier ou dans le Sud, qu'il aime prendre du recul, le week-end, en famille. Loin de la ville dont il fuit les mondanités, même s'il joue le jeu pour représenter sa société. 363e fortune de France (avec sa famille), selon le classement 2008 du magazine Challenges, Maurice Ricci est fidèle à ses valeurs: ses passions d'hier, le sport automobile et la montagne, sont toujours aussi vives. «Le saucisson que j'emporte pour mon pique-nique en randonnée est peut-être de meilleure qualité qu'avant, voilà tout», admet-il en riant. Épicurien, il adore cuisiner. Des recettes italiennes ou thaïes en particulier, du poisson de préférence. Quand il en a le temps, il reçoit ses convives, amis ou clients, dans sa cuisine, les mains aux fourneaux. «Je ne rêve pas de grandes soirées mondaines, d'oeuvres d'art... J'aime la simplicité.»
Le souci de la pérennité
En revanche, il a conscience que le regard des autres sur lui a évolué. Mais le P-dg de l'entreprise familiale (55,8% de l'actionnariat) ne fait pas d'Akka Technologies une affaire personnelle. «La plus grosse responsabilité d'un entrepreneur est de construire la personne morale. Appeler une entreprise par son nom est en ce sens une erreur.J'organise l'entreprise pour sa pérennité, pas pour la transmettre. La notion de famille va au-delà du nom: on peut davantage parler de famille Akka que de famille Ricci!»
Le groupe Akka Technologies est-il touché par la crise?
Nous sommes affectés par les activités liées à l'automobile notamment. Ce secteur en rupture représente un peu moins de 20% de notre activité, à fin 2008. La situation est hétérogène, il nous faut donc être très agiles. Par exemple, les télécoms et la sidérurgie sont en recul. Mais l'énergie, l'aéronautique et le ferroviaire se portent bien. Je n'ai pas d'inquiétude pour 2009 car nous avons énormément travaillé pour que l'entreprise ait une bonne capacité financière. Tout est fait pour que l'entreprise se configure dans les marchés auxquels elle croit. Nous avons fait le choix de garder tous nos collaborateurs, de les former à de nouveaux métiers. C'est de l'investissement car notre matière première, nos ateliers, ce sont nos hommes et nos femmes. Ma responsabilité est de faire vivre 5.300 collaborateurs, et donc 23.000 personnes.
En revanche, vous avez suspendu le challenge des ingénieurs 2009, rendez-vous annuel avec une sélection de candidats...
Oui, nous l'avons suspendu, comme tous les autres frais secondaires. Le prochain aura lieu en 2010.
Quels sont vos axes de développement?
Notre stratégie est fidèle à notre plan mis en place en 1999, fondée sur les équilibres: une société de services pour l'industrie doit l'aider dans son développement sans jamais en dépendre. Notre offre est donc répartie entre l'ingénierie et l'informatique & systèmes, pour des secteurs de plus en plus diversifiés, et nous nous développons de plus en plus à l'international. Sur un marché qui se concentre, nous pourrons être un acteur de la concentration: tous les scénarios qui ont du sens sont ouverts.
Sur quels pays accentuez-vous votre présence hors frontières?
Nous souhaitons nous développer en Europe occidentale, et notamment en Allemagne, car les programmes sur lesquels nous travaillons sont répartis en Europe. Avec 40M€ d'activité en Europe, on est tout petit... mais quand mêm
e déjà significatif. À moyen terme, l'objectif est de passer de 10% de notre activité sur cette zone à 30%
pour devenir une vraie société européenne.
Akka Technologies emménagera dans un nouveau siège social à Lyon-Vaise début 2010. Pourquoi ce choix?
Nous avons déjà procédé au rassemblement de nos équipes en région parisienne et à Toulouse. Ce nouveau siège de 5.000m² nous permettra de réunir 150 à 200 collaborateurs pour le moment répartis sur plusieurs sites à Lissieu et dans Lyon. Nous défendons en quelque sorte les belles valeurs de la Province... Aller à Paris n'est plus un enjeu pour Akka Technologies. Le groupe a fait son développement à Lyon, sur la France, et se développe maintenant à l'international. Nous n'avons donc aucune raison d'aller ailleurs. Même s'il serait bien quand même que les liaisons internationales de l'aéroport soient renforcées...
1961
Naissance en Italie, près de Rome.
Années 80
À l'issue d'une formation d'ingénieur, à Rome, il travaille pour Renault Automation.
1eravril 1984
Création d'Hysys, à Caluire-et-Cuire, première société de ce qui constituera le groupe Akka Technologies, spécialisée dans les métiers de l'automobile.
1999
Rassemblement des quatre sociétés existantes sous le groupe Akka Technologies, qui emploie 300 personnes et se diversifie dans l'aéronautique.
2005
Entrée en Bourse. Akka Technologies est coté au compartiment C d'Euronext Paris.
2007
Acquisition du groupe d'ingénierie Coframi (2.000 collaborateurs; CA consolidé 2006 de 166M€).
2009
Construction d'un nouveau siège social à Lyon-Vaise.
Il aime - L'effort physique et la vitesse. Il est féru de sport automobile et de montagne (marche, ski). - Cuisiner, notamment le poisson. - La musique: le jazz, les variétés. C'est un adepte de l'i-Pod pour écouter de la musique en faisant du sport. - La camaraderie. Il n'aime pas - Les mondanités. - Lire, hormis des publications professionnelles. «Il m'est très difficile de rester assis à lire un livre.» - Les contraintes liées aux voyages d'affaires, et notamment d'avoir à passer les contrôles de sécurité plusieurs fois par jour pour prendre l'avion...
JDE | Édition Rhône 69 | 1 mai 2009

