

L'Enquête
ajouté le 3 avril 2009 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Médical, Santé, Biotechnologies, Cluster, Innovation
Le secteur médical est l'un des moteurs économiques de la région. Dans le sillage des leaders pharmaceutiques lyonnais, et avec l'appui du monde universitaire, de nombreuses PME innovantes se lancent sur les marchés de demain dans le domaine des biotechnologies et des technologies médicales. Pour renforcer la filière santé, un cluster est en cours de création. Son but: accroître la compétitivité des entreprises.
Dossier réalisé par Stéphanie Polette, Claire Pourprix, Anne-Gaëlle Metzger, Vanessa Genin,Stéphanie Gallo et Gilles Cayuela.
Début mars se tenait à Lyon le grand rassemblement bisannuel des sciences de la vie, Biovision. Pourquoi ici et pas ailleurs? Pour nos élus comme pour les multiples entreprises actives dans ce domaine cela va de soit: Rhône-Alpes n'a pas son pareil en France en matière de sciences du vivant.
Biotech et techmed
L'ancrage des grands groupes dans l'agglomération lyonnaise - Biomérieux, Sanofi, Genzyme, Mylan... -, associé à l'existence d'un riche réseau universitaire et de recherche ainsi qu'à une forte concentration hospitalière constitue le cadre idéal pour développer de nouvelles activités en matière de santé. Sur notre territoire, deux grandes thématiques se dégagent: les biotechnologies et les technologies médicales (techmed). Avec, dans le sillage des grands groupes, une multitude de PME très innovantes: Flamel Technologies, Erytech pharma, Px Therapeutics pour les biotech, Medicrea, Lépine, Narval pour les implants, Tekka ou Noraker,etc.
La force des réseaux
Pour soutenir leur activité, plusieurs structures sont à l'oeuvre: du portage de projet, avec l'incubateur Créalys, premier incubateur de France, au démarrage de l'activité avec des pépinières comme Laënnec sur le Bioparc de Lyon, à la mise en réseau. Ainsi, depuis 2003, LyonBioAdvisor agit comme "guichet unique" de structures institutionnelles d'accompagnement pour faciliter l'implantation et l'ancrage d'entreprises du secteur des sciences de la vie sur l'agglomération lyonnaise. Présenté comme l'un des piliers de développement du territoire par les collectivités, le secteur médical va bénéficier dans les prochaines années de nouvelles installations.
Bouclier sanitaire
Après la construction du centre d'infectiologie sur le Technopôle de Gerland, inauguré ce mois d'avril, viendra le tour de l'Institut de génomique fonctionnelle dont le département vient de présenter le projet architectural. Puis celui du projet Étoile, dédié à l'hadronthérapie (cancer), sur le Bioparc, ensemble de bâtiments installé dans le quartier des hôpitaux, Rockefeller (Lyon 8e), qui abrite déjà le cancéropôle Clara. Autant d'établissements associant chercheurs et entreprises, qui devraient renforcer le "bouclier sanitaire" lyonnais.
Accéder au marché
La création des pôles de compétitivité est venue donner un cadre et un élan de plus aux entreprises innovantes. Lyonbiopôle, sur les biotechnologies, est le premier impliqué dans des projets de santé. Mais pas le seul: Techtera dans le domaine des tissus techniques, Viaméca, en mécanique, Plastipolis dans le domaine de la plasturgie ou Sporaltec pour le sport et les loisirs portent aussi des projets relatifs au secteur médical. Pour fédérer l'ensemble des initiatives et aider les entreprises à gagner en compétitivité, la Région a lancé la création d'un cluster des technologies de la santé. Car si le potentiel est immense - le vieillissement de la population, par exemple, génère une demande en santé croissante -, accéder au marché ne va pas de soit. Rares sont ainsi les entreprises à dépasser le stade de la PME. Pourtant, le potentiel du secteur est fort, à condition de réunir suffisamment de fonds pour financer la recherche et accéder à l'international. Porteur pour des entreprises innovantes, le secteur du médical constitue aussi un débouché pour des sous-traitants industriels et fournisseurs de services.
- 600 entreprises oeuvrent dans ou pour le secteur de la santé, soit 30.000 salariés. 250 d'entre elles sont positionnées sur les technologies de la santé, 98 sur les biotechnologies, dont 80 sur le Rhône. - 18% des entreprises du secteur des technologies médicales font des dispositifs implantables, 16% du matériel pour le handicap et la dialyse, 11% des fournitures et mobiliers hospitaliers, 10% du matériel dentaire, 9% du textile médical et 8% du matériel à usage unique. - Les technologies de la santé ont enregistré 55 créations d'entreprises entre2000 et2006, les biotechnologies 40. - Rhône-Alpes se positionne comme la deuxième région française en terme de potentiel de recherche, avec 11,5% du potentiel français de R & D. 38.000 personnes sont comptabilisées en R& D, dont 20.000 chercheurs (60% issus de la recherche privée). Source : étude Arteb 2007.
- Snitem : www.snitem.fr - Pôle des technologies médicales : 04.77.91.16.65. www.pole-medical.com - Lyon Biopôle : 04.72.76.53.30. www.lyonbiopole.org - Viameca : 04.73.43.43.85. www.viameca.fr - Sporaltec : 04.77.91.13.56. www.sporaltec.fr - Techtera : 04.72.86.16.30. www.techtera.org - Axelera : www.axelera.org - Ardi Santé : 04.37.37.85.85. www.sante.ardi-rhonealpes.fr - Adebag : 04.76.54.95.63. www.adebag.org - Tekka : 04.78.56.97.00. www.tekka.com - Octalfa : 04.37.49.87.20. - Biom'up : 04.86.57.36.10. www.biomup.com - Erytech Pharma : 04.78.76.83.62. www.erytech.com - Narval : 04.27.46.18.00 www.laboratoiresnarval.com - Lucchese SAS : 04.78.57.01.01. www.lucchese.fr
La Région vient d'initier la création d'un cluster Rhône-Alpes Technologies de la santé. Vice-président de la Région, délégué au développement économique, Jean-Louis Gagnaire nous expose l'origine de cette démarche et sa finalité.
Comment est né ce projet de Cluster Rhône-Alpes Technologies de la Santé?
Sur tous les clusters initiés par la Région, il y a une forme d'intuition politique qui naît des contacts que l'on a sur les territoires avec les acteurs du monde économique et de la recherche. S'agissant de ce cluster, la présence à Saint-Étienne du pôle des technologies médicales (PTM), qui a évolué dans le temps pour s'adresser à des entreprises qui ne sont plus exclusivement ligériennes, n'est pas étrangère à la démarche. Cette intuition politique ne suffit évidemment pas pour constituer un cluster. Il faut ensuite vérifier s'il y a une pertinence.
Et c'est le cas?
Cette pertinence existe. Nous avons d'ailleurs mandaté le cabinet Competitiveness pour la vérifier. Les technologies de la santé, c'est 250 entreprises et plus de 20.000 emplois en Rhône-Alpes. C'est un secteur à part entière avec des spécialisations selon les territoires: les implants et orthèses sur la région de Saint-Étienne, la chirurgie assistée par ordinateur à Grenoble, le diagnostic et les biotech à Lyon. C'est aussi un secteur à fort potentiel d'innovation, qui représente de plus en plus de débouchés pour les grandes filières industrielles de Rhône-Alpes et qui a l'avantage de ne pas être encore en crise. En 2008, les technologies de la santé ont enregistré une croissance de 10% au niveau mondial.
C'est plus que l'industrie pharmaceutique qui a progressé de 6%.
Pourquoi un cluster?
Pour améliorer la compétitivité des entreprises de Rhône-Alpes, notamment à l'international. L'objectif est de parvenir à fédérer les entreprises, les laboratoires de recherche et les différentes structures d'accompagnement autour d'une vision stratégique des actions à initier collectivement sur ce marché des technologies de la santé. Le cabinet Competitiveness doit d'ailleurs nous aider à bâtir un premier plan d'action d'ici à l'été. On s'est aperçu qu'il y a une assez grande complémentarité entre les entreprises, qu'il y a des besoins qui sont souvent les mêmes, mais qu'elles manquent de connexions entre elles.
Ce n'est pas la vocation de structures comme le PTM à Saint-Étienne, l'Adebag à Grenoble ou Lyonbiopôle?
Lyonbiopôle est sur les biotech. Ce n'est qu'une partie du problème. Il existe des structures, mais elles ne dialoguent pas entre elles. L'avantage du cluster c'est que l'on rebrasse toutes les entreprises à partir d'un secteur commun. En aucun cas, le cluster ne doit venir doublonner ce qui existe déjà, mais s'appuyer sur ce qui existe dans tel ou tel domaine. Sur les biotech, on ne va pas relancer des démarches d'innovation alors qu'il y a un pôle de compétitivité totalement valide. En revanche, avec le cluster on est dans une démarche marché. Ce n'est pas tout à fait la même chose qu'un pôle de compétitivité qui est sur une démarche de recherche et d'innovation. Or, on sait très bien que la démarche recherche et innovation ne se traduit pas toujours par une croissance des entreprises.
Les deux sont complémentaires?
Effectivement! L'intérêt du cluster, c'est que l'on part du besoin réel des entreprises. C'est une démarche qui convient mieux aux PME, alors que le pôle de compétitivité s'adresse plus aux grands groupes. Le cluster est aussi beaucoup plus souple. Il ne met pas de frontières infranchissables avec les autres filières: plasturgie, mécanique, informatique et logiciel...
Il y aura donc des opportunités à saisir pour les entreprises d'autres secteurs?
L'un des objectifs est effectivement d'encourager les convergences entre différentes technologies portées notamment par les pôles de compétitivité Viaméca, Minalogic, Plastipolis, Techtera et Lyonbiopôle. Dans tous les produits issus des technologies de la santé, on retrouve cette forme de métissage. Avec la crise, certaines entreprises vont être amenées à se diversifier. Les technologies de la santé peuvent leur offrir des opportunités.
Dans un domaine où l'activité repose sur la capacité en R&D, les levées de fonds jouent un rôle déterminant.
Tekka a déjà réalisé quatre levées de fonds, dont la dernière, en septembre2008, de 6M€. L'entreprise créée par Thierry Rota en 1998 est entre-temps devenue une référence sur le marché des implants dentaires: elle emploie 75 personnes pour un chiffre d'affaires de 8M€ en 2009 (à fin mars), et vise la rentabilité en 2012. «Grâce aux capitaux levés en 2008, nous avons renforcé nos équipes commerciales, notre communication et marketing et mis au point trois nouveaux produits, détaille le P-dg. Les levées de fonds sont déterminantes: elles permettent d'acheter du temps, ce qui est précieux sur un marché mondialisé. »
Une alternative à la Bourse
Installée dans ses propres locaux, 2.400m² high-tech à Brignais, Tekka dispose désormais des aménagements nécessaires à son développement, dont un amphithéâtre et un bloc opératoire pour assurer ses propres formations. La sortie de ses premiers investisseurs est programmée pour 2011. Tekka envisageait, en relais, une entrée en Bourse, mais la crise actuelle brouille cette perspective. Qu'en sera-t-il dans deux ans? Nul ne le sait. Mais une chose est sûre, analyse Thierry Rota: «Il est plus facile de trouver une solution de refinancement avec un chiffre d'affaires élevé et une bonne rentabilité!» Qu'est-ce qui pousse un investisseur à parier sur une entreprise? Les business angels et les sociétés de capital-risque n'ont pas les mêmes critères de sélection. Mais se révèlent très actifs sur ce secteur d'activité, au fort potentiel. Gilles Alberici présente un profil hybride: il n'investit que dans des sociétés où il pense pouvoir jouer un rôle réel, avec une prise de participation significative, de l'ordre de 10% du capital. Son investissement peut servir d'élément déclencheur pour l'obtention d'autres financements. L'ancien fondateur d'OPi, société de biotechnologies reprise par EusaPharma en 2007, a créé Octalfa, à Écully, une holding familiale, en 2006. Elle gère un fonds d'investissement de 15M€ dans le but, notamment, de «concourir à l'éclosion de jeunes pousses». Le scientifique a à ce jour réalisé trois participations dans des sociétés de biotechnologies. Cette année, trois autres devraient être réalisées. Gilles Alberici s'intéresse de plus en plus aux technologies médicales, moins gourmandes en capitaux et en temps que les sociétés de biotechnologies. L'association d'entrepreneurs et de scientifiques, de même que la mise en réseau, se révèlent dans les faits aussi importants que les financements. La start-up lyonnaise Biom'up en est l'illustration.
La force du réseau
Créée par deux ingénieurs Insa, Patricia Forest et Sylvain Picot en 2005, avec le Dr Christian Gagnieu, pour valoriser ses recherches et brevets dans le domaine des biomatériaux (collagène) appliqués au médical, Biom'up a ainsi bénéficié de l'appui des dispositifs régionaux. Incubée par Créalys, labellisée Novacité, lauréate du Réseau Entreprendre Rhône, soutenue par Oseo et la Région... : «Nous nous sommes appuyés sur les ressources du réseau», reconnaît Sylvain Picot. Le tout, assorti de quelque 300.000€ de subventions et prêts d'honneur, lui a permis de démarrer comme sous-traitant de développement et de fabrication de dispositifs médicaux. Aujourd'hui elle passe à l'étape supérieure en devenant propriétaire de ses produits. Pour cela, l'entreprise de neuf salariés a levé 800.000 € en 2008. Un deuxième tour de table, d'au moins 1M€, est espéré avant la fin de l'année pour financer l'embauche d'un commercial et structurer le réseau de vente.
Conscients que les technologies de la santé peuvent offrir des débouchés aux filières industrielles, les pôles de compétitivité s'intéressent de plus en plus au s
ecteur de la santé. Parmi les pôles de compétitivité présents sur la région, Lyonbiopôle est dédié au secteur de la santé. Il a pour vocation «le développement de la R& D collaborative, affirme Isabelle Scarabin, directeur des affaires économiques et internationales du pôle. Il a fallu au moins trois ans pour constituer un fichier de contacts réceptifs sur Rhône-Alpes.»
La place des PME
Aujourd'hui, Lyonbiopôle compte une cinquantaine d'entreprises adhérentes plus une douzaine de laboratoires, d'universités,etc. Le pôle se veut particulièrement ouvert aux PME. «Les échanges se sont largement améliorés en trois ans entre les PME et les grands industriels. Ces derniers jouent le jeu et les contacts se font.» Deux sièges du conseil d'administration sont d'ailleurs réservés aux PME. Tristan Rousselle, P-dg de l'entreprise grenobloise et lyonnaise PX'Therapeutics, avoue que «c'est une chance de côtoyer les dirigeants de grands groupes. Il est plus facile de prendre des risques quand on se connaît. Être à Lyonbiopôle a apporté 30% de croissance à notre activité commerciale et 15à 20% d'augmentation de notre chiffre d'affaires. Si ça marche pour nous, ça peut marcher pour les autres et on les encourage. Chacun reste sur son métier mais apprend à collaborer. Les PME reprennent leur place dans la chaîne économique entre la recherche fondamentale et les grands groupes.»
Des projets multiples
Et puis il y a les pôles qui semblent plus éloignés des questions médicales mais qui, pourtant, jouent un rôle important. Ainsi, au sein de Techtera, le pôle de compétitivité travaillant sur les textiles techniques, deux projets concernent le secteur. Matbiotex (matériaux d'origine biologique pour textiles de santé) propose deux axes de recherche sur les dispositifs médicaux externes pour le soin des plaies chroniques et sur les prothèses de renfort ou remplacement des tissus mous. Actiprotex réunit près de 20 partenaires dont onze PME sur la création de produits textiles de haute technologie pour la prévention des maladies nosocomiales et des contaminations microbiennes. Au sein de Sporaltec, pôle des sports et loisirs, la problématique activité physique/santé et sécurité fait partie des axes de réflexion. «Nous travaillons aujourd'hui sur trois à quatre projets de R & D qui touchent directement au domaine médical. Ils concernent des articles de sport, des infrastructures et aussi des outils d'intervention», confie sans plus de détails Thierry Chabroux, délégué général du pôle. La direction de Viaméca porte aujourd'hui trois projets majeurs dans la santé. Le premier, COCAGV 2, concerne la «fabrication de bridges dentaires en céramique par fusion laser». Le second, OPT HIP, consiste à «élaborer des céramiques innovantes pour une chirurgie orthopédique plus performante et moins invasive», détaille Philippe Bertrand, directeur du pôle. Enfin, Viaméca soutient également un projet d'industrialisation porté par un groupe de prothésistes dentaires rhônalpins sur le «partage d'une machine de fusion laser pour la fabrication de bridge dentaire». Plastipolis, le pôle spécialisé dans la plasturgie, porte deux projets relatifs au médical. Comipol Bac (couches minces polymères antibactériennes), pour éviter l'adhésion des bactéries, ainsi qu'un projet d'innovation sur la sécurisation automatique des aiguilles d'injection médicale.
Christian Seux est président de Becton Dickinson (BD) France (Isère) et du syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem).
Est-ce que la filière se structure?
Les technologies médicales apportent une forte contribution au développement du secteur de la santé depuis quelques années. Mais la filière reste assez complexe car elle réunit des entreprises aux activités très diverses. Elle a ainsi pu souffrir de la lecture facile de la filière du médicament. Mais depuis peu, les technologies de la santé deviennent plus visibles et attirent l'intérêt des pouvoirs publics et des professionnels de la santé.
Est-ce une filière en croissance?
La filière des technologies de la santé représente environ un tiers de l'industrie du médicament. En fait, c'est une filière qui permet soit de remplacer certains traitements soit d'ajouter du confort aux patients. Elle correspond aussi aux attentes de la société, dont les enjeux de maintien à domicile des personnes malades ou dépendantes sont importants, d'autant plus face au vieillissement de la population.
Quels sont les meilleurs atouts de Rhône-Alpes pour créer cette filière?
Ils sont sérieux. Il ne s'agit pas de créer une filière ex nihilo. Rhône-Alpes a vraiment la légitimité car elle dispose de compétences industrielles solides avec la présence de leaders mondiaux comme Biomérieux, BD, Sanofi,etc. Mais aussi d'une recherche académique riche avec les laboratoires du CEA et de l'Inserm notamment. La région compte également de nombreuses start-up dans ce domaine. Même le domaine universitaire est à mettre en avant avec des pointures. Enfin, les pouvoirs publics ont bien compris les opportunités de ce secteur. Les réseaux et les pôles de compétitivité permettent aux professionnels de la filière de se rencontrer et d'innover. Et, dans cette filière, le transfert de technologies est essentiel. D'où le rôle important des incubateurs comme Grain (Grenoble) et Créalys (Lyon). Mais la force de Rhône-Alpes, c'est aussi de compter sur des compétences complémentaires entre Lyon, Grenoble et Saint-Étienne.
Le Snitem compte près de 250entreprises adhérentes, dont plus de 90% de PME-PMI.
Alors que des sous-traitants connaissent des difficultés au regard de la conjoncture, des entreprises ont fait le pari du secteur de la santé. Un choix de diversification aujourd'hui payant pourLucchese SAS, à Craponne.
Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. C'est le parti pris par trois cousins, repreneurs de Lucchese SAS, une entreprise familiale basée à Craponne. «Dès le début des années 90, nous avons engagé une diversification vers les secteurs de l'optique et du médical, explique Laurent Cellupica, gérant de l'entreprise et associé de Laurent et Pascal Lucchese. Le secteur de la santé représente aujourd'hui près de 20% de notre chiffre d'affaires annuel qui s'est monté à 2,3M€ en 2008.» Le fabriquant d'ensembles et sous-ensembles en mécanique de précision pour des prototypes, outillages et machines spéciales, s'est adapté à un secteur exigent. «Les pièces uniques ou en séries fabriquées pour les grands donneurs d'ordres du médical demandent plus de suivi technique et de temps humain que pour d'autres secteurs, analyse Laurent Lucchese. La qualité de finition doit être plus grande.» Installée à proximité de gros clients, l'entreprise de douze personnes a aussi développé un service de maintenance. «Pouvoir intervenir rapidement sur une machine en panne est devenu un atout de Lucchese.» Dans cette optique de service global, l'entité collabore avec un bureau d'études voisin pour pouvoir proposer une prestation complète: une étude de pièces réalisée en amont, un prototype usiné dans leur atelier et une palette de services pour le conseil dans le choix des matériaux et leur mode de traitement ainsi que des prestations de maintenance pour assurer le suivi. «Si les délais de livraison des pièces se raccourcissent, nous n'avons, pour l'heure, pas connu de ralentissement de l'activité sur ce secteur de la santé», déclare Laurent Cellupica.
Du tempset des investissements
Si Lucchese a persévéré sur ce secteur, le groupe Dimatex (Saint-Romain-de-Popey) a, lui, préféré se séparer, courant 2008, de Spora Médical, fabricant d'équipements textiles pour le milieu médical. «Nous nous sommes rapidement rendu compte qu'il fallait faire beaucoup d'efforts et d'investissements pour servir au mieux ce secteur», analyse Philippe Talabard, président de Dimatex. Il a choisi de porter ses investissements sur l'impression numérique et a cédé Spora Médical au groupe Maufranc, pour assurer sa pérennité.
En 2009, la société lyonnaise passe de la R & D à la production.
Erytech Pharma, installée sur le Bioparc Laennec, à Lyon, vient de recevoir un agrément de l'Afssaps pour produire et exporter en Europe ses produits issus de la thérapie cellulaire. Pour l'entreprise lyonnaise créée fin 2004 par Yann Godfrin et Pierre-Olivier Goineau, spécialisée dans l'encapsulation de molécules ou d'enzymes thérapeutiques dans les globules rouges, c'est un virage: elle passe d'une société purement R & D, à une société de produit. Graspa©, son produit phare, est prêt à être mis sur le marché, dans le domaine de la leucémie. Le développement dans d'autres indications cancéreuses va être effectué. «Nous sommes aussi en contact avec de nombreuses sociétés de biopharmacie internationales pour leur proposer notre technologie pour leur propre molécule», souligne Pierre-Olivier Goineau. Erytech Pharma emploie 37 personnes en France et deux aux États-Unis. Elle escompte un premier chiffre d'affaires dans deux ans. Après avoir levé 12M€ fin 2006, pour financer le développement de Graspa©, elle pourrait à nouveau organiser un tour de table de l'ordre de 6 à 10M€ fin 2009 ou début 2010. «Le contexte financier n'est pas le meilleur..., convient le dirigeant. Mais nous avons levé par hasard, au bon moment. Nous ne sommes pas dans l'angoisse!»
Lyonbiopôle vient de concrétiser son projet de plate-forme collaborative au service de l'innovation en ouvrant les portes du Centre d'infectiologie à Lyon Gerland.
En attendant d'intégrer un bâtiment neuf d'ici à 2013, le Centre d'infectiologie, à l'initiative de Christophe Mérieux et concrétisé par le pôle de compétitivité Lyonbiopôle, vient d'ouvrir ses portes dans l?immeuble Domilyon à Gerland. Sa vocation: accueillir sur près de 2.000m² des équipes de recherche privées et publiques pendant maximum trois ans pour travailler sur des projets collaboratifs dans le domaine de la santé. Dirigé par François Martin, le CI recevra des chercheurs français et européens développant des projets en cohérence avec les thématiques de recherche de Lyonbiopôle, soit dans les domaines du diagnostic, du vaccin et des nouvelles thérapies (secteur humain ou animal). Le CI s'intègre dans le projet plus vaste du Campus Charles-Mérieux qui a nécessité un investissement de 50M€. L'objectif est de générer une activité économique, voire de faire naître des entreprises, sans toutefois jouer le rôle d'incubateur, et surtout de continuer de développer les compétences du secteur de la santé en Rhône-Alpes.
Cette nouvelle étape permet à Narval d'organiser sa production et de développer sa commercialisation.
L'orthèse O.R.M.© développée par les laboratoires installés à Champagne-au-Mont-d'Or (voir p.19) a reçu, en novembre dernier, l'agrément de la Sécurité sociale et est inscrite à la Liste des prestations et produits remboursables. Trois ans après la publication de son premier brevet, l'entreprise voit ainsi de perspectives sur le marché français, puisque l'apnée du sommeil touche 4 à 7% de la population adulte, mais aussi à l'international (20% du chiffre d'affaires 2008 de 800.000€) avec la recherche de partenaires locaux. Grâce à l'élaboration d'un logiciel en 3D Cad Cam (conception assistée par ordinateur), Narval va aménager son site de production de Champagne pour répondre à l'accroissement de la demande engendrée par cet agrément et au déploiement international, pour conserver la maîtrise du processus en région lyonnaise. Narval mise sur un triplement de son chiffre d'affaires en 2009.
JDE | Édition Rhône 69 | 3 avril 2009

