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ajouté le 6 février 2009 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, industrie
Ancienne filiale de Bayer, l'usine de production de caoutchoucs synthétiques Lanxess Emulsion Rubber à La Wantzenau, a retrouvé les chemins de l'équilibre financier. Elle profite de la plus grande autonomie accordée par sa maison mère.
Philippe Bohlinger
Construite il y a plus de 40 ans sur d'anciens terrains marécageux à La Wantzenau, l'usine chimique Lanxess Emulsion Rubber semble aujourd'hui reprendre pied. L'important déficit (11M€ en 2005) qui plombait ses résultats a été épongé grâce à un plan de restructuration engagé dans la foulée de la scission de Bayer, l'ancien propriétaire, en 2004.
Recentrer la production
Grâce à une production recentrée autour du caoutchouc synthétique NBR (Nitrile butadiene rubber), le site alsacien a atteint le premier rang mondial pour la production de ce produit. Et malgré les aléas du marché de l'énergie, la pérennité de l'usine semble acquise. Le virage décisif pour le site alsacien a été pris il y a cinq ans. En difficulté, le groupe Bayer avait choisi de recentrer sa stratégie sur la pharmacie et l'agrochimie en se séparant de la chimie et des deux tiers des polymères dont faisait partie La Wantzenau. Ces entités ont constitué le groupe Lanxess. «Cette séparation a permis de concentrer davantage les énergies sur le business du caoutchouc, une attention qui n'était pas assez forte chez Bayer. Cependant, à La Wantzenau, un plan social s'est révélé absolument nécessaire pour rester productif», analyse Uwe Westeppe, P-dg de Lanxess ER. Le sauvetage a été rendu possible en 2005 par les départs volontaires de 80 personnes, des réductions de salaires (3% pour les employés, 5% pour les cadres) avec gel pendant trois ans, ainsi que des mesures d'économies.
Transfert de production
Avec un résultat net de +1,7M€ en 2006 (- 1,2M€ en 2007), l'entreprise a retrouvé les chemins du profit. Mais elle doit conforter sa position. D'où une plus grande autonomie accordée à l'usine et un recentrage stratégique autour du NBR (lire en encadré). Ce caoutchouc synthétique résistant à l'huile, ainsi qu'aux fortes variations de température, demeure très apprécié par les constructeurs automobiles. «Le NBR est produit à partir de deux monomères issues du cracking: l'acrylonitrine et le butadiène. Ils sont livrés à La Wantzenau par le train. Leur polymérisation via deux unités de production permet d'obtenir un caoutchouc brut que nos clients vont encore transformer», explique Jean Krommenacker, directeur opérationnel. En 2008, La Wantzenau a accueilli la production de NBR site de Lanxess à Sarnia (Canada), fermé dans la foulée. Pour cela, elle a transformé sa ligne de production continue de E-SBR en ligne de production de NBR. Avec le rachat du brésilien Pétroflex par le groupe Lanxess fin 2007, La Wantzenau devrait également hériter de la production de NBR du site sud américain Triunfo.
Coût de l'énergie
Côtés coûts, Thomas Jahn, le responsable supply-chain, se félicite d'avoir réduit de 30% les coûts de transport des marchandises vers le port d'Anvers: «Nous avons transféré les expéditions destinées à l'Asie de la route vers la voie d'eau». Un résultat concret de la marge d'autonomie concédée par le groupe Lanxess. Toutefois, comme pour la plupart des usines chimiques, le coût des énergies demeure un point d'achoppement. En effet, la facture de Lanxess ER classée Seveso aurait grimpé de plus de 40% en quatre ans. Pour réduire cette consommation de 5%, mais aussi mieux valoriser ses déchets et raccorder sa station d'épuration au réseau de la CUS, l'entreprise a investi 1,5million d'euros l'année dernière. Quand à savoir si la crise a affecté les résultats, il faudra attendre la publication des résultats de l'entreprise en mars. D'ores et déjà, un représentant syndical regrette que «l'augmentation des salaires de 3% négociée l'année dernière est remise en cause. Tout le monde spécule sur la crise, alors que l'automobile n'a pas arrêté la totalité de ses chaînes de production.»
Nommé simultanément responsable de la division NBR du groupe et Pdg de Lanxess Emulsion Rubber à La Wantzenau en 2007, Uwe Westeppe explique comment l'usine chimique a gagné en autonomie.
Quelle était la situation avant votre arrivée?
La Wantzenau formait une usine de production sans réel pouvoir décisionnel. Les choix stratégiques étaient pris à Leverkusen qui intégrait les décisions nous concernant au sein de la Business unit «caoutchoucs de performance». En contrepartie des efforts consentis en 2005 lors du plan social, le groupe s'est engagé à investir 5 millions d'euros pendant trois ans à La Wantzenau, ainsi qu'à y implanter la recherche et développement pour les NBR. Dans la foulée, le département marketing a rejoint l'Alsace et la Business Line NBR (la division NBR, Ndlr) a été créée et implantée à La Wantzenau. Ainsi, nous disposons d'un budget annuel, nous menons notre propre stratégie marketing. Mais bien entendu, l'achat des dérivés pétroliers nécessaires à notre production se décide à Leverkusen.
Quels ont été les atouts d'une telle réorganisation?
La chaîne de décision est désormais beaucoup plus courte. En trois mois, nous avons pu absorber la nouvelle charge de travail générée par le transfert de la production des sites de Sarnia au Canada et de Triunfo au Brésil décidée l'année dernière. Pour ce faire, nous avons abandonné le E-SBR, principalement utilisé dans l'industrie du pneumatique. En effet, les capacités en place ne nous permettaient pas de gagner de l'argent. L'unité de production E-SBR a pu être très rapidement convertie en unité de production de NBR. Par ailleurs, grâce à des moyens de recherche plus importants, nous avons la possibilité de développer des produits spéciaux qui offrent des marges plus élevées.
Aujourd'hui, comment se porte Lanxess Emulsion Rubber?
L'année 2008 s'annonçait très bien, jusqu'au mois d'octobre. En effet, le quatrième trimestre a été très difficile en raison de la crise financière. Depuis que je travaille dans l'industrie, je n'avais jamais vu une crise démarrer de manière si brutale.
Dr Uwe Westeppe, 51 ans, de nationalité allemande, il a été nommé mi-2007, PDG de Lanxess Emulsion Rubber à La Wantzenau, ainsi que responsable mondial de la division NBR au sein du groupe Lanxess. Formé chez Bayer où il a démarré en 1985, l'actuel responsable du site de La Wantzenau, met un point d'honneur à communiquer en français avec ses collaborateurs, une langue avec laquelle il a dû se familiariser en quelques mois. Jean Krommenacker, 43 ans, directeur des opérations, est responsable de la production, de la maintenance, de la supply-chain les transports, ainsi que de la HSEQ (santé, qualité sécurité et environnement) à La Wantzenau. Entré chez Lanxess à La Wantzenau en 1991, il a gravi un à un les échelons. Charles Leuthner, 47 ans, DRH, est entré dans l'entreprise en 1983. Il a mené le plan de restructuration destiné à éponger le déficit de 11 millions d'euros en 2005. « Cette période a été pour moi à la fois difficile et enrichissante sur le plan intellectuel et relationnel. Aujourd'hui, dans un contexte de crise, il est positif de constater que les travaux réalisés il y a trois ans portent leurs fruits.»
-CA 2007 : 166 M€; excédent brut d'exploitation 2007 3,12%; résultat net 2007 : -1,28 M€. -320 salariés -Capacité de production de 100.000 tonnes -Clients répartis dans 50 pays, avec 40% des exportations en Asie. -Activité : Production de caoutchouc synthétique NBR (nitrile butadiene rubber) à partir de butadiène et d'acrylonitrine (deux dérivés du pétrole). Matériau à haute résistance notamment aux huiles, le NBR est utilisé dans l'automobile (durites, plaquettes de frein), câblerie électrique, le BTP, mais aussi pour réaliser des semelles de chaussures. -Lanxess France emploie 600 personnes (CA de 305M€ en 2007) et compte deux sites de production : Lanxess Elastomère à Port-Jérôme (Seine-Maritime) et Lanxess Emulsion Rubber à La Wantzenau. -Groupe Lanxess (siège à Leverkusen) : 15.200 personnes réparties sur 21 pays ; 6,61 Md€ de CA en 2007. -Tél. : 03.88.59.20.00; www.lanxess.fr
1962
Implantation du chimiste canadien Polystar à La Wantzenau.
1990
Acquisition du groupe Polystar par Bayer.
2004
Bayer se sépare de sa filière chimie et des deux tiers de la filière polymères qui constituent le groupe Lanxess.
2005
Plan de restructuration à La Wantzenau: 80 départs volontaires et un plan de réduction des coûts.
2007
Le groupe de Leverkusen réinstalle les départements R&D et marketing à La Wantzenau.
2008
Transfert à La Wantzenau de la production de NBR des sites canadien et brésilien de Lanxess.
JDE | Édition Bas-Rhin 67 | 6 février 2009

