

A l'affiche
ajouté le 3 décembre 2010 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, Flying Robots, Strasbourg, Drones, Défense, Humanitaire
Après six années consacrées à la R & D et à la mise au point de ses drones à aile souple, Flying Robots arrive en bout de piste. Les ventes doivent maintenant décoller.
Il règne, au sein des bureaux et de l'atelier de Flying Robots, comme une atmosphère de Sillicon Valley. Des ordinateurs, des câbles et des outils partout qui ont chacun leur place, chacun leur fonction... Dans une ambiance décontractée, ingénieurs et mécaniciens s'affairent autour des quelques exemplaires du drone à aile souple qui ont servi à son développement. «Un autre exemplaire fait actuellement l'objet de tests très poussés par le Commandement des opérations spéciales de l'armée française», explique Michel Lallement, cofondateur et président de l'entreprise. «Quand nous obtiendrons sa certification, au printemps prochain, les ventes pourront vraiment démarrer», ajoute-t-il, «de nombreux clients à travers le monde l'attendent pour s'engager». Pas le droit à l'erreur: Michel Lallement proscrit l'usage du conditionnel.
Quelques commandes déjà signées
Si une poignée de commandes ont d'ores et déjà été signées cette année en Asie et en France, ce test est à la fois l'épilogue d'une aventure humaine et le commencement d'une histoire industrielle. Il fait de 2011 une année charnière pour Flying Robots, celle où l'entreprise commencera à générer de façon durable ses propres recettes. «Nous arrivons au terme de six années de développement. Nous avons investi un peu moins d'une dizaine de millions d'euros dans ce projet, avec le soutien précieux de structures comme la Région, Oséo, les fonds Airfi et New York Finance Innovation... Nous avons vécu des moments extrêmement pénibles avec les banques, à l'exception d'une agence du Crédit Mutuel, à Fegersheim, où l'on nous a fait confiance», se souvient le dirigeant. De cinq personnes à l'origine, la structure est passée à vingt aujourd'hui, plus cinq consultants extérieurs, dédiés pratiquement à 100% à Flying Robots. De fil en aiguille, la Start-up, tellement décalée avec son projet de nacelle télécommandée suspendue à une voile, a été prise au sérieux. Par le hasard des rencontres, par l'opportunisme déployé par ses dirigeants.
Le pilote a sauté en vol
En 2005, par exemple: «Lors d'une démonstration aux Émirats Arabes Unis, aux côtés de géants du drone et de l'aviation comme Dassault ou Thalès, nous avons fait voler une nacelle avec, à bord, un parachutiste et un pilote», sourit Michel Lallement... Le parachutiste a sauté. Normal. «Mais lorsque le pilote s'est jeté de la nacelle et que celle-ci a poursuivi son vol...!». Il s'amuse encore de l'effet de surprise. La ?farce ?, sans doute ressurgie d'une période ou le dirigeant évoluait dans le show aérien, a porté ses fruits. «Dassault nous a invités à participer à un consortium européen sur la surveillance des frontières», poursuit-il. Puis un contrôleur général des armées a cité l'entreprise dans un rapport, puis le milieu politique national, puis européen se sont saisis du dossier... Il n'en reste pas moins que toutes les barrières ne sont pas encore levées, notamment la restrictive législation française sur les vols non habités.
Un 4x4 de l'air
Cette vague d'intérêt a été soulevée par la nature même du Flying Robot: un outil d'une grande polyvalence, capable d'acheminer 250 kilogrammes de charge humanitaire dans des zones isolées, ou d'embarquer des caméras de surveillance militaire et civile. «C'est un vrai 4x4 de l'air», s'enthousiasme le responsable, «il peut décoller ou atterrir sur des pistes courtes, non préparées, pour un prix au moins dix fois inférieur aux drones existants dans sa catégorie», sans donner plus de précisions.
Les espoirs d'une région
Flying Robots porte sur les épaules les espoirs de nombre d'observateurs de l'économie alsacienne. Développement endogène, innovation, export, l'entreprise réunit les ingrédients qui font saliver les élus. D'autant que dans sa phase de R & D, elle a déjà travaillé avec des entreprises locales, CCTM et Electrona notamment. Reste, désormais, à concrétiser ces espoirs par des ventes fermes. Michel Lallement espère, en 2011, commercialiser une dizaine de ses appareils pour un chiffre d'affaires de «plusieurs millions d'euros». À terme, le potentiel serait de plusieurs centaines par an d'un appareil entièrement civil pour le transport de désenclavement, particulièrement adapté à l'Afrique avec une capacité d'emport d'une tonne de charge utile. Une convention vient d'ailleurs d'être signée avec l'Onera, le Laboratoire français spatial et aéronautique, pour accélérer le lancement de ce téléporteur. D'ici là, Flying Robots aura dû trouver un partenaire industriel pour l'accompagner dans sa conquête du ciel.
Comment est née l'idée de Flying Robots? Elle remonte à une période où j'évoluais dans le show aérien. Nous voulions en faire toujours plus et avons commencé à lancer des feux d'artifice depuis des nacelles à aile souple. Un jour, l'un des pilotes me faisait la remarque que la présence de feux d'artifice à bord était dangereuse. J'ai suggéré que nous le fassions donc depuis des nacelles télécommandées. Ce qui était une forme de boutade au démarrage a donné naissance à Flying Robots.
Vous avez participé, l'an dernier, à la création du GIE Access, autour de la logistique humanitaire. Pourquoi?
L'idée est de permettre à différentes sociétés françaises, ayant chacune une spécialité dans la logistique humanitaire, de mettre en commun leurs moyens pour apporter une solution globale et avec une grande réactivité en cas de crise quelque part dans le monde. Ce réseau est né en Alsace et nous permet d'être en lien avec des acteurs beaucoup plus importants de la logistique.
Qu'est-ce que cela apporte à Flying Robots?
Incontestablement un réseau. Pour des questions juridiques nous ne sommes pas encore membres, mais notre offre entrera parfaitement dans les solutions de secours proposées en cas de crise.
Le marché Le marché mondial des drones devrait s'élever, en 2010, à 5 milliards de dollars pour 2.960 unités selon Teal Group, société américaine d'analyse du marché de la défense. Elle estime qu'il devrait plus que doubler d'ici 10 ans, à 11,5 milliards de dollars, endossant la plus forte croissance du secteur de l'aéronautique. Sur ce marché, les drones à aile souple constitueront une niche, dans laquelle évoluent déjà, outre Flying Robots, un acteur Canadien et un Israélien.
2004 Création de la société. Remporte le concours de l'innovation et un chèque de 300.000 euros à la clé 2005 Démonstration en vol aux Émirats. 2007 Premiers contacts avec l'ONU 2009 Premières ventes de Flying Robots 2010 Signature d'un partenariat avec l'Onera, centre de l'aérospatial français
Philippe Armengaud
JDE | Édition Bas-Rhin 67 | 3 décembre 2010

