Morbihan

Agroalimentaire

JDE Edition Morbihan 56

Unicopa. Démembrement d'un géant agroalimentaire

ajouté le 4 septembre 2009  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, unicopa, nutrea, brocéliande, Difficulté

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Patrice Leloup, directeur général d'Unicopa.

Patrice Leloup, ancien directeur d'Eolys, est à la tête de la coopérative Unicopa depuis octobre2008. Sa mission: redimensionner le groupe pour préserver les activités laitières, de salaison et de nutrition animale.

Unicopa s'apprête à vivre un démembrement avec la cession, déjà effective, de Nutréa, et celles à venir de Brocéliande et Entremont. Pour le directeur général d'Unicopa, Patrice Leloup, la reprise de la filiale salaisons Brocéliande (1.100 salariés, 250M€ de chiffre d'affaires) par la Cooperl Arc Atlantique constitue «un choix dans un périmètre coopératif breton d'une entreprise qui connaît la production porcine». Officielle à l'automne, cette reprise permettra de «conserver l'activité sans remettre en cause de façon drastique l'emploi. Ce rachat de titres n'implique aucun redimensionnement des quatre sitesde production», explique-t-il.

Un gros déficit
Avec cette cession, le processus de démembrement d'Unicopa suit la feuille de route fixée à l'arrivée de Patrice Leloup, il y a onze mois. «C'était indispensable pour que chacune des activités laitières, de salaison et de nutrition animale conserve sa capacité à investir plutôt que de continuer de peser sur le poids du groupe. Il était plus intelligent de positionner les activités que de les restreindre», remarque le directeur général d'Unicopa, alors que la perte du groupe s'élèverait à près de 12M€, pour sa seule participation à Entremont Alliance (33,5%). En effet, l'entrée au capital d'Entremont en 2005 était pour Unicopa «un choix stratégique lié à des hypothèses de marché et d'évolution du prix de l'emmental.» Des hypothèses qui se sont avérées fausses. «Qui pouvait alors prévoir que les Néerlandais et les Belges rentreraient sur les produits à pâtes pressées cuites comme l'emmental râpé à des prix de 210€ les 1.000 tonnes de lait?», interroge Patrice Leloup. Pour lui, l'urgence de restructurer Entremont est bien réelle.
«Ce n'est pas parce que cela va changer de main que la situation de l'entreprise changera», indique-t-il pourtant. «En terme de redimensionnement de l'outil de production, de l'emploi, ce n'est pas suffisamment avancé.»


«Souci de valorisation de la rémunération
» Malgré 20 ans auprès du groupe Unicopa, Patrice Leloup observe son démembrement d'une manière positive. «Brocéliande va jouer un rôle majeur dans la salaison en Bretagne, Nutréa dans la nutrition animale et Entremont participera à la restructuration de la filière», assure-t-il. Restent trois coopératives (Eolys, Pigalys, et Cam 56) stables financièrement sur lesquels Patrice Leloup dit rester vigilant, afin de conserver la maîtrise de la production.
«On garde le souci de la valorisation et de la rémunération de nos producteurs», insiste-t-il. Pourtant, en un an, la taille du groupe Unicopa a été divisée par deux.

Yaourts Ker Ronan. David contre Goliath

Hervé Harnois fabrique ses propres yaourts près de Rohan.

C'est l'histoire d'un petit agriculteur du centre Morbihan qui a décidé un jour de transformer lui-même son lait en yaourt et de se mesurer à la puissance des géants...


Depuis un an, Hervé Harnois combat de front les mastodontes de l'industrie agroalimentaire - Nestlé ou Danone - sur leur propre terrain de la grande distribution. Son arme ? Les yaourts de la marque Ker Ronan, fabriqués de manière artisanale. «Dans entreprendre, il y a prendre entre», aime-t-il à dire. «Entre les pattes des éléphants...»

Devenir autonome
Après 600.000€ d'investissement en 2008 pour la construction d'une laiterie de 420 m² à Saint-Gouvry près de Rohan, Hervé Harnois met à profit le lait fourni par son cheptel de 50 prim'holstein. Il reste fournisseur d'Entremont mais aspire à devenir autonome. Quand il s'est lancé, le prix du lait était à 400€ les 1.000 litres. Une aubaine pour les producteurs qui n'ont pas compris l'entêtement d'Hervé Harnois à vouloir s'endetter. Le prix de l'indépendance.

15 % à 25 % de croissance la première année
Au regard de sa progression, entre 15% et 25 % la première année, avec un chiffre d'affaires compris entre 250.000€ et 300.000€, l'agriculteur est satisfait de son pari. Bien que ses objectifs aient été décalés d'un ou deux ans, Hervé Harnois vise 50% de croissance l'année prochaine grâce à la mise sur le marché de nouveaux formats familiaux. Des référencements supplémentaires cet automne devraient renforcer sa présence sur les linéaires. Déjà, 150 supermarchés mettent en rayon sa gamme de huit parfums dans six départements de l'Ouest. Il livre quotidiennement Leclerc, Système U et Intermarché. «J'ai fait le choix de l'innovation pour créer de la marge», indique-t-il. «Mais la crise est néfaste pour ces types de produits. La loi du marché nous oblige à nous rapprocher de la compétitivité et donc du volume. Ce qui n'était pas mon ambition de départ. Résultat, cela renforce la tendance à la baisse des prix et m'oblige à m'aligner sur le prix du marché.C'est là que les marques de distributeurs prennent l'ascendant...» Heureusement, le label Produit en Bretagne constitue un fort repère d'achat. «Mon souhait est de construire une marque, de dépoussiérer le système», insiste Hervé Harnois, convaincu que l'ère de la mondisalisation s'efface peu à peu devant l'essor de la consommation locale et de l'attitude «locavore».

Jean-Michel Lemétayer. «Une crise sévère»

Jean-Michel Lemétayer, producteur de lait en Ille-et-Vilaine est le président de la FNSEA.

À la veille du salon international des productions animales (Space) à Rennes, Jean-Michel Lemétayer insiste sur le fait que jamais la production laitière n'a connu pareille crise.



Dans la production laitière, avez-vous connu des crises aussi profondes?
C'est une crise très très dure. Il faut remonter au moment des quotas laitiers (1984) pour trouver une situation sur le terrain aussi difficile. En terme de prix payé au producteur, il n'y a jamais eu une crise aussi sévère.
Quel en est le résultat?
Les conséquences sont terribles dans les trésoreries des exploitations. Mais après les trésoreries, ce sont les investissements, puis les renouvellements des exploitations qui sont touchés. Si on ne voit pas une embellie pour 2010, le gouvernement doit avoir conscience que ça fera très mal dans le paysage laitier. Le ministre de l'Agriculture, qui va venir au Space, pourra mesurer à quel point les conséquences peuvent être lourdes en matière de production mais aussi d'emplois.
Ces derniers mois, les échanges avec la grande distribution ont été vifs. Les regrettez-vous?
Je ne regrette pas les mots. Je regrette la tournure des événements tels que ça a pu exister sur les plates-formes. Dans cette affaire, il y a eu un amalgame. Les manifestations dans la production ne concernaient pas que le lait. On était sur la transparence des pratiques commerciales.
Sur ce point, que souhaitez-vous au juste?
Que l'on puisse travailler en toute transparence avec les industriels et la grande distribution. Si la pêche et la nectarine quittent le producteur de la vallée du Rhône à 1€ le kilo, le consommateur la paie 3€. Il faut savoir pourquoi. Ce que le consommateur ne comprend pas, c'est que le paysan est en train de crever et que lui, il paie cher le produit.
Et sur la crise du lait, pensez-vous qu'industriels et producteurs s'entendront dans la durée sur un prix?
L'accord signé le 3juin était indispensable. Le véritable enjeu, c'est que les entreprises le respectent car il fixe une règle s'imposant à tous. Mais cet accord engage aussi le gouvernement. Il va se rendre compte à la rentrée qu'il va falloir mettre en oeuvre une politique d'investissement pour faire alléger les charges, en commençant par les charges financières et fiscales.

Sous la cloche d'Entremont. Du pis à la meule

L'équivalent de 53 cuves d'emmental liquide est rempli quotidiennement.

À Missiriac, près de Malestroit se situe le plus ancien site de production breton d'Entremont.


Dans le courant de l'été, une chaudière au gaz est venue compléter les deux chaudières au fioul lourd d'Entremont à Missiriac. L'usine est l'une des plus grosses installations de combustion du Morbihan. Car le ratio de transformation est conséquent. Ici, pour fabriquer un kilo d'emmental, il faut onze à douze litres de lait. Cette concentration explique en partie le volume livré: 336,5millions de tonnes de lait en 2008. Avant de rallier ce site de treize hectares, dont 2,8 de surfaces couvertes, une flotte d'une vingtaine de camions citernes, pouvant contenir jusqu'à 12.000 litres, parcourt la campagne morbihannaise pour la collecte. Leurs entrailles sont vidées par de longs tuyaux bleus jusqu'à la pasteurisation. Huit personnes y travaillent en 2x8, sept jours sur sept. «Le volume traité peut atteindre240m³ par heure», explique Stéphane Perrault, responsable du prétraitement du lait. Vient ensuite la partie fabrication dans des cuves rutilantes d'emmental liquide. Une unité de 85kg émerge toutes les minutes. La meule est ensuite pressée pendant trois heures. «Puis exposée à l'air libre dans une structure d'acidification», détaille Christophe Gillo, responsable sécurité du site. «Elle est enfin acheminée en saumure dans une piscine d'eau saturée en sel, pour 36heures». Au final, environ 25.000 tonnes de matériaux fromagers sont produites par an. Pas du fromage en tant que tel mais des meules ?blanches? brutes.

Une ville de 48.000 habitants
Pour l'étape ultime de l'affinage, indispensable à la consommation, une vingtaine de camions de 18 tonnes partent chaque semaine vers les usines d'Annecy et de Montigny-Le-Roi (Haute-Marne). À Malestroit, les rejets d'effluents sont colossaux: 2.200m³ par jour, soit l'équivalent d'une ville de 48.000 habitants. 82% de la station d'épuration voisine sont d'ailleurs alloués à l'usine Entremont. Bouclant la boucle: les boues d'épuration sont réutilisées pour l'épandage des agriculteurs.

Au centre du conflit, la grande distribution

Au centre du conflit se trouve la grande distribution. La marge nette réelle des hypers de 3% à 4,5% est vécue comme une provocation par le monde agricole. «La marge brute d'un magasin s'échelonne entre 23% et 29% en moyenne. Mais, pour un produit leader, type Coca-Cola ou Mars, la marge brute descend à 10%. D'autres produits alimentaires ont une marge brute de 35% à 50%», affirme Michel Demon. «Paradoxalement, c'est à ce qui génère le plus grand volume des ventes, l'agroalimentaire, qu'est appliquée la marge la plus élevée. Quand on a une vache à lait, on aime la traire», commente Michel Demon. «Et bien, la vache à lait des hypers c'est l'agroalimentaire.» Des accusations que dénoncent les distributeurs. «Nous sommes des boucs émissaires dans cette crise du lait», dénonce Yves Petitpas, président de Système U Ouest. «C'est un mensonge de dire que la grande distribution se gave sur les producteurs laitiers.» Système U indique ainsi que sur le litre payé 0,21€ aux producteurs, sa centrale d'achat l'achète 0,42€ aux transformateurs pour un prix de vente en magasin de 0,55€. C'est parole contre parole.

Concurrence galopante

Sur son marché de l'emmental, occupé à 50% par les premiers prix, à 35% par les marques de distributeurs et à seulement 15% par les marques, le groupe Entremont Alliance affronte une concurrence galopante de l'Allemagne, du Danemark ou des Pays-Bas. Or, produire un kilo de Leerdamer nécessite deux litres de lait en moins. Alors même que, d'après Entremont, 75% du prix de revient de l'emmental est constitué par le prix du lait. Tandis que ses ventes se tassent de 30%, Entremont est obligé de fabriquer plus de poudre de lait, un produit structurellement déficitaire qui occupe pourtant aujourd'hui 40% de ses volumes.

difficile prix d'équilibre

Durant trois mois cette année, les producteurs de lait ont été payé 210 € les 1.000 litres alors que pour compenser leurs charges, il leur faudrait un prix de vente de 360 € les 1.000 litres. Afin de parvenir à un équilibre sur l'année, l'idéal serait que le prix du lait passe à 510 € les 1.000 litres sur trois mois. Un montant jamais approché depuis 1997.

REGION BRETAGNE. LE POUMON D'ENTREMONT

1,6 Md de litres de lait bretons irriguent Entremont chaque année. Sur 8.000 producteurs qui livrent le site, près de 5.200 sont Bretons, dont 38% Morbihannais. Dans le département, près de 2.100 producteurs fournissent donc le transformateur. La moitié des 4.200 exploitations laitières.

En savoir plus...

- Entremont à Malestroit-Missiriac. Tél. : 02.97.73.12.12. - Ker Ronan, à Rohan. Hervé Harnois. Tél. : 02.97.51.57.79. - FDSEA. Michel Demon, directeur. Tél. : 02.97.40.74.22. - Numéro vert d'aide aux agriculteurs morbihannais : 0800.009.132.

Ci-dessus, l'évolution du prix du lait chaque mois depuis 2006, observé auprès des producteurs. Ce prix ne correspond pas à la préconisation nationale sur le prix du lait, mais au paiement effectué par les industriels aux producteurs. Le prix de base subit une flexibilité additionnelle allant de 0 € à - 17 € en fonction de la valorisation du lait (qu'il soit à destination de la production de yaourt ou de beurre). Les exploitants de lait dépendent d'une collecte obligatoire tous les deux jours et ne maîtrisent pas le prix de vente. Contrairement aux producteurs de céréales, qui eux, peuvent stocker leur production jusqu'à un an et travailler sur les marchés à terme. Source : France Agri Mer.

La laiterie Ker Ronan à Rohan, qui emploie quatre personnes, produit de manière artisanale 30.000 à 40.000 yaourts par mois (production juillet et août : +30% par rapport à mai). Brassés aux fruits ou aromatisés, ils sont fabriqués selon une méthode de pasteurisation à basse température (70º contre 140º pour l'industrie). «Pour conserver le goût du laitsans l'altérer», indique Hervé Harnois. Le lait de son cheptel est acheminé par lacauduc dans deux cuves de 600 litres. «Dans l'industrie, le lait arrive en flux continu dans les cuves. Ici, nous produisons par lot de 600 litres. Le choix d'un procédé artisanal doit amener à réaliser des produits de meilleure qualité que l'industrie», assure-t-il.

JDE | Édition Morbihan 56 | 4 septembre 2009

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