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JDE Edition Morbihan 56

Intelligence économique. Le chantier breton

ajouté le 3 juin 2011  -  - Mots clés : Actualité, Infrastructures, Intelligence économique

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«Quand on dit aux entreprises, "surtout regardez bien quand vous traversez la rue", moi j'ai plutôt tendance à conseiller "ouvrez-vous sans être naïf"», souligne Bertrand Piechaczyk, de Bretagne Développement Innovation. (Infographie : Caroline Petit ; source : Enquête ARIST 2009)

Événement Du 20 au 24juin l'agence de développement économique de la Région, Bretagne Développement Innovation, organise la Semaine de l'Innovation. Au programme, une quarantaine de manifestations. Avec au coeur de la stratégie d'innovation: l'intelligence économique.

«Regarder ce que font les autres, c'est de l'instinct de survie. Nous croisons sans cesse les informations, les nouveautés, les stratégies des groupes... De l'intelligence économique, on en fait à notre échelle, avec nos moyens, à l'aide des flux RSS et alertes Google...», explique Céline Langlais créatrice de la société Éveil Cosmétique, spécialisée dans la formulation et la distribution de produits cosmétiques. Rares sont les TPE qui comme cette entreprise de Trégueux, dans les Côtes d'Armor (trois salariés; 200.000euros de chiffre d'affaires) ont initié une démarche de veille concurrentielle sur internet. Selon l'Arist Bretagne (Agence régionale d'information stratégique et technologique), 70% des entreprises bretonnes estiment avoir une fonction veille non ou peu structurée. En Bretagne, le faible taux d'encadrement dans les PME est identifié comme un frein.

L'intelligence économique: un état d'esprit
Sous ce terme générique d'intelligence économique, se cachent en fait trois disciplines: la veille, la protection de l'information et le lobbying. «C'est un état d'esprit», ajoute Emmanuel Darcourt, gérant de Manu Métal une chaudronnerie, tuyauterie, serrurerie, basée à Hennebont (six salariés). L'an dernier, ce dirigeant a suivi le programme "Manager 2010" qui dispense des méthodes en matière d'intelligence économique. «Le monde économique est une toile d'araignée. J'ai appris à être à l'écoute, à savoir capter des informations», explique l'intéressé. Il faut ensuite les analyser. C'est là qu'en général le bât blesse. Souvent, dans les PME, l'information est peu exploitée. Par exemple, un commercial participe au Seafood de Bruxelles. Au retour, il ne pense pas à partager les informations avec le service marketing. Une action très concrète est de lui demander de remplir des fiches d'étonnement: tel concurrent utilisait les coquillages. Là, il se lance dans les algues. Tel autre n'a pas participé cette année

...


Peu de lobbying
Le lobbying est un des volets encore moins pratiqué par les PME bretonnes. «Nous les incitons à participer à des groupes de normalisation. L'Afnor, entre autres, invite les entreprises à participer à des groupes de travail. Le ministère de l'Économie peut dédommager le déplacement. C'est intéressant car l'entreprise peut imposer son approche. Idem pour la Commission européenne. Souvent, elle consulte les entreprises pour avis. Peu répondent aux questionnaires. Si vous donnez votre avis, vous serez bien écoutés», explique Alexandre Colomb le responsable de l'Arist Bretagne. Les entreprises peuvent aussi s'adresser au commissaire à la réindustrialisation de la BretagneJacques Garau. «Les dirigeants de Sanden sont venus nous voir pour leur projet de diversification dans les pompes à chaleur.Leur savoir-faire ne trouvait pas d'écho dans la réglementation française», explique-t-il.

S'ouvrir sans être naïf
Autre volet de l'intelligence économique: la défense de l'entreprise. En Bretagne, la gendarmerie propose, gratuitement, des diagnostics de vulnérabilité. Il s'agit d'une analyse complète, globale et transversale des risques. «Dans certains secteurs très sensibles comme l'agroalimentaire les portes sont parfois carrément ouvertes», note le colonel Pascal Bourbon, chef de bureau de la gendarmerie à Rennes. Cambriolage, vols à mains armées, vol de carburants et de cuivre, délinquance informatique, sont les principales infractions constatées dans la région. Attention à l'utilisation d'internet. «Il est arrivé qu'un chef d'entreprise breton retrouve sa production à vendre sur EBay!» Mais trop de prudence tuerait-elle l'innovation? «J'ai parfois un peu de mal avec le discours défensif qui préconise de protéger les informations, de fliquer les salariés... Cela me semble contre-productif par rapport à l'idée d'innovation», estime Bertrand Piechaczyk, responsable veille et appui stratégique de Bretagne Développement Innovation. Il préconise surtout de mettre l'accent sur le renseignement humain, le réseautage. «Quand on dit aux entreprises, "surtout regardez bien quand vous traversez la rue", moi j'ai plutôt tendance à conseiller "ouvrez-vous sans être naïf".»

Tout le programme sur: www.innovons.fr

Armelle Gegaden

JDE | Édition Morbihan 56 | 3 juin 2011

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