Anjou-Maine

L'Enquête

JDE Edition Anjou-Maine

Fimec Technolgies. Six mois après le séisme

ajouté le 5 novembre 2010  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, fimec, legris, yann jaubert, adler, Emploi, Difficulté, Résultats

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A 38 ans, Yann Jaubert est persuadé du savoir-faire en interne de Fimec Technologies et d'Adler pour relancer les deux entreprises.

Printemps 2010: 152 des 184 salariés de Fimec au Pin-en-Mauges sont licenciés dans le cadre d'un plan social. La filiale du groupe Legris Industries est touchée de plein fouet par la situation précaire de la maison-mère (100M€ de pertes en 2009). Six mois après ce traumatisme, quelle est la situation de l'entreprise des Mauges, devenue Fimec Technologies? Yann Jaubert, le repreneur, ex-Dg de Keyria entre2009 et2010, a accepté de répondre à nos questions. Le dirigeant, qui vient de boucler une levée de fonds de quatre millions d'euros, revient sur les raisons de sa reprise. Il envisage l'avenir du spécialiste du béton avec confiance.


Yann Jaubert, quel premier bilan pouvez-vous tirer six mois après la reprise de Fimec Technologies?
Les premiers mois sont toujours cruciaux: les partenaires financiers vont-ils nous suivre? Les clients vont-ils toujours nous faire confiance? Aura-t-on le chiffre d'affaires correspondant? Aujourd'hui, je peux l'affirmer: cette première étape a été franchie avec succès. C'était loin d'être évident, mais à ce jour Fimec Technologies a enregistré plus de 3M€ de commandes. Les clients historiques de l'entreprise comme Michelin, Rockwool, Saint-Gobain, nous ont renouvelé leur confiance. Nos résultats intermédiaires sont très bons. Désormais, nos demandes aux banques portent plutôt sur des demandes d'allongement de lignes de caution pour nous donner la possibilité d'accepter des commandes de plus gros projets.
Socialement, la reprise a été vécue comme un traumatisme par les salariés...
Ce sont surtout les difficultés auxquelles Fimec a été confrontée qui ont créé un traumatisme. Fimec faisait partie des entreprises qui se portaient plutôt bien au sein de Keyria. La société n'était pas endettée. La chute du portefeuille de commande liée à la crise et les difficultés rencontrées par Keyria ont mis Fimec dans une situation difficile, en la privant de trésorerie. Les salariés de l'entreprise ont trouvé cela injuste. C'est compréhensible, mais je leur ai demandé de ne pas céder à la tentation de trouver un bouc émissaire. Fimec n'était pas préparée à faire face à une telle crise. Le projet de reprise ne pouvait être conduit sans redimensionner les effectifs en fonction du chiffre d'affaires prévisionnel. Nous étions partis sur 60 emplois conservés lors de la première estimation mais en réévaluant les prévisions d'activité, nous sommes redescendus à 30. J'ai vu tous les salariés en session plénière: je leur ai expliqué les raisons de ce passage de 184 salariés à 32 et les risques trop importants que la société aurait pris en maintenant 60 salariés. Je leur ai aussi expliqué ma vision de l'avenir de l'entreprise. Ce projet de reprise n'a pas pu sauver plus d'emplois dans un premier temps, j'en étais conscient. Finalement, une quasi-unanimité des salariés a voté pour ce projet. Ils ont fait preuve de professionnalisme et d'un engagement très fort pour que la société survive et redémarre. Ca s'est bien passé grâce à eux. Mon engagement personnel, c'est de pouvoir réembaucher dès que l'activité le justifie.
Est-ce déjà le cas?
Notre site est plutôt sous-dimensionné mais l'objectif est d'être au plus juste. Il est encore trop tôt pour connaître le rythme auquel on va reprendre des commandes. Cette incertitude-là, il faut la gérer avec prudence. La signature de 1,6million de commandes ces deux derniers mois nous assure huit mois de travail mais la visibilité n'est pas suffisante pour embaucher durablement du personnel. Aujourd'hui, nous sommes un peu plus de 40 avec des réembauches d'intérimaires au fur et à mesure. (N.D.L.R: le groupe Legris Industries a versé 400.000euros pour Adler et Fimec dans le cadre de mesures de revitalisation du bassin d'emploi).
Quels éléments vous ont amené à faire cette offre de reprise sur Adler et Fimec?
Je voulais faire une offre de reprise portant sur les anciennes filiales de Keyria (Fimec, Adler) car il y a de réels savoir-faire pour créer de la valeur, des synergies et bénéficier des évolutions du marché. Ces deux entreprises proposent des solutions pour le marché de la construction. Je considère qu'une crise est un accélérateur de tendances. Pour le marché de la construction, elles s'orientent vers les convergences des technologies et des savoir-faire. Aujourd'hui, les solutions de construction et d'isolation ne respectent pas toutes les réglementations thermiques et notamment celle de 2012. Pour cela, il faudra intégrer les problématiques d'isolation très en amont de la conception d'un nouveau type d'habitat. Peut-être même irons-nous vers de la préfabrication. En France, celle-ci souffre d'une mauvaise image même si ça commence sur les maisons bois. Ceci étant, en Allemagne, ça marche très bien. Je pense que l'avenir, ce sera la maison type «Ikea»... Qu'il pleuve, qu'il vente, la maison sera fabriquée et isolée en usine. On supprime les aléas climatiques et du chantier tout en réduisant les coûts.
Et ceci est complémentaire de vos activités?
Oui. Fimec travaille sur la partie briques, isolant béton en fournissant des usines complètes ou des lignes de manutention automatisées. Adler est un spécialiste reconnu pour la fourniture d'équipements complets pour la fabrication de matériaux en béton. Il n'y a pas de fatalité: pourquoi les Allemands et les Italiens sont-ils performants ? Pourquoi une société française ne le serait-elle pas ? Je crois en l'avenir de ces deux sociétés, c'est la motivation de mon investissement et de ma volonté de mettre en avant leur forte capacité d'innovation. Il y a un vrai savoir-faire qui mérite d'être pérennisé.
L'image de la société a-t-elle été écornée?
Tous les grands groupes se posent des questions sur la capacité de leurs sous-traitants à gérer leurs futurs gros investissements après cette crise. Un certain nombre d'entre eux a souffert de la crise, voire disparu. Dans ce contexte, Fimec a réussi à survivre et à préserver ses compétences. C'est une bonne nouvelle pour eux car la société leur apporte de réelles solutions à leurs besoins. Mais dans le même temps, ils se posent la question légitime de connaître la pérennité, la surface financière, la capacité financière de leurs fournisseurs. Nous devons les rassurer et les convaincre.
Et à ce jour, vous disposez de ces arguments?
Tout à fait. Même s'il ne faut pas sous-estimer la difficulté à convaincre nos grands comptes, nous avons une trésorerie solide et des partenaires financiers qui sont là pour donner à Fimec les moyens financiers de se développer. Une reprise d'une entreprise comme celle-ci ne pouvait se faire sans avoir au moins un partenaire susceptible d'accompagner le développement et d'assurer l'avenir avec des fonds propres solides (N.D.L.R: son identité n'a pas été révélée).
Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui?
Nous pensons tripler notre chiffre d'affaires 2011 et atteindre 30M€ pour le groupe Materials Technologies (N.D.L.R: avec Adler, l'autre ex-société de Keyria). On est aujourd'hui plus qu'à l'équilibre avec des résultats nous permettant d'envisager l'année prochaine avec sérénité. Nous devons encore clarifier notre offre, notamment en développant un portefeuille d'activité équilibré avec des domaines moins corrélés. Notre carnet de commandes repart nettement à la hausse, de nombreuses demandes de devis arrivent et nous bénéficions d'une surface financière qui nous permet de financer des projets d'innovation et la croissance. Je suis confiant pour l'avenir.

Material Technologies. Le nouveau groupe de Fimec

Fimec Technologies est reparti avec 32 salariés sur 184. Adler Technologies, dans l'Oise, avec 72 sur 110. Les deux entités font désormais parties du groupe Material Technologies présidé par Yann Jaubert.

Depuis la décision du tribunal de commerce de Paris d'autoriser Yann Jaubert à reprendre Fimec et Adler, les deux entités ont rejoint le groupe Material Technologies, créé pour l'occasion en juin dernier. À ce jour, le groupe annonce qu'il réalisera pour 2010 un chiffre d'affaires de 12,5 M€ sur un exercice de 10 mois. Il compte au total 130 salariés sur les sites de Fimec Technolgies du Pin-en-Mauges et d'Adler Technologies à Crévecoeur-le-Grand (Oise).

Du côté de Legris Industries
Composé en 2009 de trois divisions (Keyria, Clextral et Savoye), le groupe rennais Legris Industries a réalisé l'an passé 344M€ de chiffre d'affaires (avec la consolidation Keyria), contre 564 M€ en 2008. Le résultat opérationnel courant s'est quant à lui établi à -37M€, dont -30,1 uniquement générés par sa division Keyria. Côté effectif, Legris Industries employait en 2009 2.450 salariés. En 2010, suite à la cession morcelée de Keyria, Legris Industries est désormais composé des divisions Keller (ingénierie terre cuite), Clextral (ingénierie pour l'agroalimentaire) et Savoye (logistique automatisée). Comme nous l'annonce Erwan Taton, le chiffre d'affaires du groupe nouvelle version devrait avoisiner les 210 à 220M€. Il s'approcherait de ce qu'a réalisé Legris Industries en 2009 hors consolidation de Keyria (230M€). L'effectif actuel se situe quant à lui autour des 1.300 salariés.

Fimec Technologies: 02.41.71.38.38; Legris industries: 02.99.87.11.20; www.legris-industries.com

Plan social. 152 ex-salariés devant les Prud'hommes

Les 600 anciens salariés de Keyria limogés sont devant différents Prud'hommes de France. Dans le département, 117 des 152 ex-salariés de Fimec se sont retrouvés le 27octobre dernier dans la petite salle des Prud'hommes d'Angers. La procédure pour les cadres et salariés protégés interviendra plus tard. 106 des ex-salariés sont sous convention de reclassement personnel qui court sur une année. Le reste (46) bénéficie d'une aide de retour à l'emploi. Une audience de conciliation est prévue le 26novembre. Mais personne ne se fait d'illusion: la procédure devrait se poursuivre dans les mois qui viennent. «On se demande si ce n'est pas une faillite frauduleuse pour ?balancer? le groupe Ceric. Il y aurait eu des remontées de trésorerie de 9M€ de Fimec vers le groupe Legris en juin2008 alors que la situation de l'entreprise ne s'y prêtait pas», avance André Bousseau, un ancien délégué du personnel.

Legris. L'ex-propriétaire de Fimec assume ses choix


En exclusivité pour Le Journal des Entreprises, Erwan Taton, Pdg de Legris Industries, ex-maison mère de Fimec via Keyria, est revenu en octobre sur ce qu'il décrit comme une "annus horribilis". Extraits.


100M€ de pertes en 2009, dont 85% générés par votre ex-filiale Keyria. Comment expliquez-vous la chute vertigineuse de cette activité d'ingénierie dans la terre cuite?
Le métier de Keyria était de concevoir des usines de briques ou de tuiles, avec de grands fabricants pour clients. Ce marché a souffert de la chute de la construction qui a engendré celle de la demande de matériaux. Mais il y a une deuxième explication. Ce marché, ce sont des commandes importantes en matière de montants d'investissements, entre 10 et 25M€. Les clients ont des besoins de financements bancaires. Or dans la crise, ils ne trouvaient pas de financement.
Keyria a-t-il fait preuve de manque d'anticipation?
Keyria a été repris fin 2006. C'était une entreprise qui était loin d'être optimale en matière d'organisation. Elle s'était constituée par des rachats au fil des ans. Parallèlement, la conjoncture en 2007 a été extrêmement favorable, d'où un pic de chiffre d'affaires en 2008. Résultat, l'entreprise s'est certainement focalisée sur son niveau d'activité très élevé plus qu'à se réorganiser en profondeur.
Cette réorganisation nécessaire n'a pas eu lieu et elle s'est achevée par une cessation de paiement...
Dans un premier temps, on a essayé de préserver la quasi-intégralité de Keyria via un plan de conciliation, qui a abouti en juillet2009. On avait prévu 25M€ et on en a injecté la moitié dès le mois d'août. Problème, au cours du troisième trimestre 2009, les marchés de Keyria ont à nouveau dévissé de 50%, ce qui fait que le besoin de financement du plan initial augmentait de 50%. Du coup, on n'a pas pu éviter la cessation de paiement de sept filiales opérationnelles françaises de Keyria.


Quel bilan tirez-vous de cette année?
On a vraiment traversé une tempête. Nous ne nous sommes pas reniés tout en protégeant le groupe. On a réussi à trouver un point d'équilibre permettant d'assumer notre rôle d'actionnaire responsable. Nous avons permis la reprise de sept des huit sites en difficulté et on est venu soutenir les mesures d'accompagnement des PSE (plans de sauvegarde de l'emploi) en y injectant un peu plus de 10M€.

Retrouvez l'intégralité de l'interview sur www.lejournaldesentreprises.com

Les anciens de Keyria réagissent

Un «haut-le-coeur». C'est de cette manière que certains anciens cadres et dirigeants de Keyria ont réagi à la lecture des propos d'Erwan Taton sur les raisons qui amenèrent le groupe rennais à démanteler son ex-filiale Keyria. Philippe Hatton, ancien directeur technique de Ceric (ex-nom de Keyria) licencié économique en février dernier, est l'un d'entre eux. «Ce qui me révolte, c'est que le groupe ne reconnaît aucune dérive», nous confie-t-il. Ce que reproche Philippe Hatton à la direction du groupe de l'époque (Erwan Taton a été nommé en 2009)? «L'arrivée de personnes extérieures et la mise à l'écart de tous les cadres. Dans notre métier, le savoir est à 80% dans les têtes des collaborateurs. Notre attente était donc de le transmettre aux arrivants. Mais du jour au lendemain, on nous a demandé de faire autre chose. On s'est retrouvé avec cinq directions transversales, et un comité exécutif dans lequel aucun de ceux qui avaient fait l'entreprise ne participait, à l'exception d'un.» Et de dénoncer également des «dépenses somptuaires».

«Facile de critiquer a posteriori»
Cette nouvelle organisation, imposée par Legris Industries, serait donc à l'origine des maux de Keyria. Pour autant, tous les anciens cadres ne semblent pas être du même avis. «C'est toujours facile de critiquer a posteriori. Le groupe a fait face à une crise extrêmement violente avec tous les signaux au rouge en même temps: des commandes annulées, des refus de paiement des clients, et des coûts usuels...», explique l'un d'entre eux, sous couvert d'anonymat. Exemple parmi d'autres: la perte de 150M€ de commandes du jour au lendemain. Dans ces conditions, «on peut toujours critiquer la direction en lui reprochant de ne pas avoir anticipé. Quand on regarde derrière nous, on ne peut pas lui demander d'être plus intelligente que l'ensemble de l'industrie. Personne n'avait vu ce retournement.» Quant à l'organisation, «il y avait des problèmes certainement, mais ils ne se règlent pas en un jour quand vous demandez à des gens de bouger.»

Propos recueillis par Thomas Giraudet

JDE | Édition Anjou-Maine | 5 novembre 2010

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