

L'Enquête
ajouté le 5 novembre 2010 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, International
Pour se donner une visibilité à l'international, les agglomérations de Nantes et de Saint-Nazaire vont se doter d'une marque ainsi que d'une agence de développement communes. Reste que ces initiatives posent un certain nombre de questions. Quel avenir pour Ouest Atlantique, l'agence de promotion économique des Pays de la Loire et du Poitou-Charentes? Et quelle cohabitation pour la future identité métropolitaine avec Audacity, la marque que vient de lancer Saint-Nazaire? Enfin, ces initiatives marketing seront-elles suffisantes sur le théâtre international?
Dossier réalisé par Simon Janvier, Sébastien Payonneet Stéphane Vandangeon
En décrochant le titre de capitale verte de l'Europe pour 2013, Nantes signe son retour sur la scène médiatique européenne. Une situation qui met fin à plusieurs années de disette. Après avoir trusté au début des années 2000les classements nationaux des villes les plus attractives, avec en point d'orgue en août2004 un titre de ville «la plus agréable d'Europe» décernée par le Time, Nantes semblait marquer le pas. Le cabinet de conseil Ernst & Young a d'ailleurs publié en 2009 un chiffre cinglant pour l'attractivité nantaise. Il indiquait que seulement 8% des entreprises étrangères estimaient que Nantes était la métropole la plus attractive pour installer une entreprise, ce qui la plaçait au septième rang national. Loin derrière Paris (56%), Lyon (44%), Lille (20%), Marseille (16%), Bordeaux (14%) ou Toulouse (10%). Cette consécration écolo tombe donc à point alors que Jean-Marc Ayrault s'apprête à déclencher une nouvelle offensive afin d'offrir davantage de visibilité à la cité des ducs. Le président de Nantes Métropole, qui s'associe pour l'occasion à l'agglomération nazairienne et à la CCI, vient d'annoncer la création d'une marque ainsi que d'une agence de développement économique dédiée à l'international. Une stratégie qui suit une politique de réseautage menée ces dernières années par les élus de Nantes Métropole, qui ont pris de plus en plus de responsabilités au sein de plusieurs structures européennes telles qu'Eurocities ou Ecce.
L'après «effet côte Ouest»
Sur le volet communication, après avoir surfé durant les années 80 et 90 avec le très efficace slogan «Nantes, l'effet côte Ouest», signé par l'agence nantaise Nouvelle Vague, l'agglomération travaille actuellement à se doter d'une «marque de territoire». Nantes suivrait alors Lyon ou Marseille, qui ont rendu cette pratique visible en France en se dotant, l'an passé pour la première, il y a quelques mois pour la seconde, des marques «Only Lyon» et «Marseille on the move», destinées à doper leur notoriété à l'international. Sur les bords de la Loire, le cahier des charges de cette marque, élaboré par Ernst & Young, est bouclé. La consultation auprès des agences devrait être lancée très prochainement.
Une agence début 2011
Cependant, le concept de marque de territoire ne crée pas l'unanimité parmi les professionnels de la communication (voir ci-dessous) et qu'il pourrait contribuer à une certaine cacophonie. Alors que Saint-Nazaire vient de se doter du label «Audacity» et que Nantes mûrit une collaboration renforcée avec Rennes pour s'affirmer au national et à l'international, l'intégration harmonieuse de la nouvelle marque nantaise ne sera pas forcément si facile à mener. Au niveau commercial, cette marque sera soutenue par une agence de développement qui doit être créée début 2011. Son budget et ses effectifs ne sont pas pour l'instant arrêtés. Elle aura pour missions d'attirer des entreprises étrangères et des événements internationaux, de promouvoir la marque en dehors des frontières et de créer des synergies entre les différents acteurs économiques et institutionnels du territoire. Cette nouvelle structure pose elle aussi des questions, notamment en termes de cohabitation avec Ouest Atlantique (lire ci-dessous). Reste enfin à savoir si une stratégie de communication ainsi que la création d'une force commerciale suffiront à faire émerger Nantes.
Est-ce suffisant?
Le territoire dispose d'un certain nombre d'atouts: des expertises reconnues sur des secteurs de pointes (composites, recherche médicale, génie logiciel, etc.), une qualité de vie maintes et maintes fois saluée, une vie culturelle que la municipalité tend à pousser autour d'Estuaire ou des Machines de l'Ile. Ces atouts seront renforcés dans les prochaines années avec la construction d'un lycée international, du nouvel aéroport ou du quartier de la création. Reste que la métropole souffre de désavantages certains: absence d'un porte-drapeau sportif de très haut niveau, faiblesses structurelles des entreprises régionales à l'export, absence de siège de groupe industriel de taille mondiale. En termes d'infrastructures et d'équipements, «nous avons des manques, ajoute Jean-François Gendron. Il faut booster le Parc Expo, la gare, notre stade qui n'est pas adapté pour une coupe d'Europe». Car si à l'instar du président de la CCI, tout le monde s'accorde à dire qu'une ville a tout à gagner en s'ouvrant au monde, une chose est sûre, le caractère international ne se décrète pas.
Rennais de coeur, mais résident guérandais et excellent connaisseur du grand Ouest pour y avoir piloté durant seize ans les activités d'Euro RSCG 360, le communicant Jacques Delanoë se montre sans concession sur l'efficacité des marques de territoire.
Jacques Delanoë, vous semblez très réservé sur la pertinence des marques internationales dont se dotent, ou cherchent à se doter, de nombreuses villes de France...
Je vais mettre les pieds dans le plat: sincèrement, je ne sais pas ce qu'est une marque de ville, d'ailleurs je n'en ai jamais signé. Au sens commercial, une marque ramène pour moi à un produit ou à un service de façon réductrice. Cela ne correspond pas à la réalité d'une ville, à sa diversité, et c'est même parfois pénalisant. Regardez Las Vegas, qui de par son histoire est devenue une «marqueville». Vous y habiteriez? Vous y enverriez votre enfant à l'université? Une ville est faite d'une multitude de composantes qui doivent être mises en valeur pour créer une image vraiment attractive. Prenons l'hypothèse que Nantes axe sa marque sur la qualité de son tissu culturel: c'est certainement mérité et justifiable, mais la seule culture n'est pas une fin en soi en terme d'attractivité globale. L'enjeu est plutôt de mettre en place des synergies entre culture, urbanisme, jeunesse, sport,etc. C'est long, mais on a là de vrais fondamentaux d'attractivité et d'image qu'une simple marque internationale ne peut apporter à elle seule. Ça n'est pas la Panacée, une ville ne se «package» pas en deux temps, trois mouvements.
Une telle marque, c'est donc utopique?
C'est en effet utopique, voire simpliste: si on pense que ça doit être un joli logo, un joli slogan avec un jeu de mot plutôt malin, et qu'il suffit de mettre un peu d'argent dedans, c'est infantile.
Pourtant, le concept est en vogue, Lyon et Marseille l'ont adopté...
C'est que le marketing s'est emparé de l'attractivité. Et quand le marketing est là, les techniques utilisées sont souvent les mêmes et cela ne débouche pas sur de la différenciation. C'est le cas avec la multiplication de ces fameuses marques de ville. Si tout le monde en a une, où est la différence?
Qui peut avoir une marque de territoire crédible?
Les villes ne sont malheureusement pas égales sur ce plan. Seule une minorité d'agglomérations, qui ont des siècles d'économies et de culture, avec déjà un rayonnement international, ont les arguments pour le faire. C'est Barcelone, c'est Amsterdam, c'est Berlin. Leur nom est déjà connu. Est-ce que Nantes, est ce que Rennes jouent dans la même cour? Non, et ça ne nous empêche pas de bien y vivre et ça mérite d'être su. Mais si on croit qu'une marque sera l'instrument pour le faire en un clin d'oeil...
Alors, ces marques, elles n'apportent aucun bénéfice?
Si, mais pas celui que l'on met en avant. Ces marques sont présentées comme un outil de communication tourné vers l'extérieur d'un territoire. Pourtant, leur effet final touche plutôt les habitants de ce territoire. Cela constitue en effet un bon vecteur pour fédérer les forces vives de la ville, de la mairie à la CCI en passant par les associations et les clubs. Et c'est grâce à cette fédération, si elle prend, toutes composantes politiques confondues, que l'on peut remobiliser et mettre en marche les conditions d'un mouvement, d'un travail d'image. Mais je le répète, c'est un travail de longue haleine.
Le divorce est consommé entre Ouest Atlantique et Nantes Métropole avec l'annonce de la nouvelle agence de développement économique.
«Vous vous en souvenez, vous, d'une implantation marquante d'entreprise étrangère à Nantes ces dernières années? Si on crée notre propre structure, oui, c'est que l'on n'est pas satisfait des résultats d'Ouest Atlantique sur le territoire». Vice-président de Nantes Métropole en charge du développement économique, Charles Gauthier ne mâche pas à ses mots à l'égard de l'agence de promotion économique des Pays de la Loire et du Poitou-Charentes. Délégué général d'Ouest Atlantique, Jean-Luc Firmin défend pourtant son bilan. «Sur les trois dernières années, il y a eu chaque année sur Nantes ou Saint-Nazaire une implantation d'entreprise étrangère générant au moins 50 emplois, comme Domino's Pizza, Steriance ou Daher. Nantes Métropole et la Carene ne m'ont pas encore expliqué leur position mais je pense que nous pourrons travailler ensemble». Le divorce semble pourtant bien consommé entre les deux parties. «Ouest Atlantique, ce n'est pas la bonne échelle géographique. Nantes y est trop dilué. On le voit au regard du faible nombre d'implantations d'entreprises étrangères», confirme Jean-Marc Ayrault, président de Nantes Métropole. «Oui, je ne travaille pas à 100% pour Nantes mais Ouest Atlantique ne leur coûte pas cher non plus, 40.000 € par an, soit 2% de notre budget. Le territoire n'avait pas de stratégie, pas de marque et pas d'argent pour l'international! Maintenant, on peut toujours dire que mutualiser les moyens, cela ne rapporte pas assez. S'ils pensent pouvoir faire mieux tout seul, pourquoi pas, on verra. Mais faire venir des entreprises dans l'Ouest, cela reste très difficile», réplique Jean-Luc Firmin. Vice-président du conseil régional, Christophe Clergeau laisse entendre qu'«en janvier, il y aura sans doute des choses nouvelles concernant Ouest Atlantique. Mais le moment, il n'y a pas de positionnement du conseil régional, ni dans un sens, ni dans l'autre».
JDE | Édition Loire-Atlantique 44 | 5 novembre 2010

