

L'Enquête
ajouté le 2 décembre 2011 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois
Alstom a finalement retenu Saint-Nazaire et Cherbourg pour implanter des sites de production dédiés à la fabrication de ses éoliennes offshore. Outre deux usines à Montoir, ce projet prévoit l'implantation d'un centre d'ingénierie de 200 collaborateurs à Nantes.
And the winner is... Saint-Nazaire et... Cherbourg! Après de longs mois d'incertitudes, la nouvelle est tombée au début du mois de novembre. Alstom a finalement retenu les zones portuaires de Saint-Nazaire et de Cherbourg pour implanter deux sites dédiés à la production d'éoliennes marines. Une compétition remportée face à Brest, Dunkerque et auHavre qui étaient également en lice pour accueillir cette implantation industrielle de poids. Le port normand, auquel s'est associé Saint-Nazaire dans l'optique de faire émerger une filière industrielle dédiée à l'éolien offshore, a lui aussi décroché la timbale puisqu'il accueillera le consortium GDF-Areva-Vinci, concurrent de celui conduit par EDF Énergies Nouvelles et Alstom. Partenaires mais néanmoins rivales, les deux cités portuaires accueilleront donc les deux consortiums français qui concourent à l'appel d'offres lancé par le gouvernement pour la réalisation de cinq champs d'éoliennes en mer d'une capacité de trois gigas watts.
Deux usines à Montoir
Pour Saint-Nazaire et Cherbourg, le projet industriel d'Alstom est à la mesure de l'appel d'offres lancé par l'État puisqu'il induit un investissement de 100millions d'euros et la création de 1.000 emplois, directs et de 4.000 emplois indirects. Une manne providentielle mais qui reste encore conditionnée au gain par le consortium mené par EDF Énergies Nouvelles, et dont fait partie Alstom, de la moitié de l'appel d'offres français, soit l'obtention de 1,5 GW. L'industriel français et sa filiale Alstom Wind prévoient de confier à Cherbourg la production des pâles et des mâts et d'implanter à Montoir-de-Bretagne deux usines dédiées à la fabrication des nacelles et des alternateurs des éoliennes, sur un terrain d'une superficie de cinq à sept hectares. Dans l'estuaire de la Loire, les deux unités devraient mobiliser entre 300 et 400 salariés. Surtout, Alstom a retenu Nantes Saint-Nazaire pour l'implantation de son centre d'ingénierie offshore qui devrait employer à terme 200 collaborateurs. «L'objectif est de créer une filière offshore. Ce centre d'ingénierie travaillera sur les aspects de méthodes industrielles et la gestion des projets. Au-delà du développement des éoliennes en tant que tel, chaque champ d'éoliennes nécessite des adaptations spécifiques, notamment pour les sous-structures. Ce futur centre d'ingénierie planchera également sur les connexions électriques et les prochaines générations d'éoliennes», explique Frédéric Hendrick, vice-président offshore d'Alstom Wind. Dans un premier temps, ce centre d'ingénierie offshore devrait être hébergé au sein du pôle énergies marines renouvelables qu'Alstom a récemment installé à Nantes et qui développe de futures hydroliennes. Entre l'hydrolien et l'éolien offshore, Alstom fait donc de l'axe Nantes Saint-Nazaire un pôle phare en matière d'énergies nouvelles.
Présence de STX et Néopolia
Si les milieux économiques locaux se félicitent de cette double implantation d'Alstom en Loire-Atlantique, le choix combiné de Saint-Nazaire et de Cherbourg prête encore à interrogations. Initialement, l'industriel prévoyait de ne retenir qu'un seul port pour implanter sa base industrielle offshore. «Pour nos choix d'implantation, nous avons considéré tout un ensemble de critères comme la disponibilité du foncier, les infrastructures portuaires, la qualité de l'environnement industriel, l'accessibilité par train et par avion, l'attractivité du territoire, etc. Sur cette base, la meilleure solution était de retenir ces deux sites», note Frédéric Hendrick. L'attractivité du territoire ligérien, son réseau de sous-traitants industriels fédéré autour de Néopolia, la présence de STX également tourné vers l'éolien offshore et le futur IRT Jules Verne ont joué en faveur de Nantes Saint-Nazaire. Tout comme le projet de prototype d'éolienne marine dans la Loire, actuellement en construction sur le site du Carnet, à Frossay. «Cela a rassuré Alstom de voir que leur projet, attaqué par des associations écologistes, a pu se concrétiser et que les acteurs locaux savaient se mobiliser», explique Jean-Pierre Chalus, président du directoire du port de Nantes Saint-Nazaire. De son côté, Cherbourg a pleinement profité de sa localisation sur la Manche qui concentrera à elle seule trois futures fermes éoliennes. Les infrastructures portuaires et le foncier disponible semblent en revanche avoir joué en défaveur de Saint-Nazaire.
Déjà la polémique!
Certains pointent même du doigt le Grand port de Nantes Saint-Nazaire comme le maillon faible du dossier ligérien. «Le port ne se bouge pas assez. Son lobbying est proche de zéro. On est en train de se faire doubler par Cherbourg», prophétisait même un industriel local proche du dossier quelques semaines avant la décision d'Alstom. Pour sa part, Jacques Auxiette ne mâche pas non plus ses mots: «Il n'y a pas un management suffisant pour préparer les zones d'activités. Il n'y a pas eu d'anticipations concernant la disponibilité des terrains sur le port», assène le président du conseil régional. «Des terrains disponibles pour du conteneur et du roulier, on en a.Pour Alstom, on a besoin d'une infrastructure adaptée aux colis lourds, pesant 350 à 400 tonnes. C'est une question de programmation et d'argent», répond Jean-Pierre Chalus. Une passe d'arme qui en ferait presque oublier la bonne nouvelle que constitue l'arrivée d'Alstom pour le territoire. Reste à attendre le mois d'avril et les résultats de l'appel d'offres sur l'éolien offshore pour connaître le dimensionnement exact du projet d'Alstom.
- Néopolia:
Fédérant quelque 150 industriels régionaux, le cluster Néopolia n'a pas attendu la décision d'Alstom de s'implanter sur le bassin nazairien pour se mettre en ordre de bataille dans le secteur de l'éolien offshore. Déjà positionné sur les marchés de la navale, du ferroviaire, de l'aéronautique et de l'oil & gaz, Néopolia a lancé au printemps dernier sa cinquième branche dédiée aux énergies renouvelables et en particulier à l'éolien offshore. Objectif affiché, pouvoir proposer une offre compétitive en matière d'ingénierie de logistique, de sous-stations électriques, de fondations métalliques des éoliennes, de navires de servitude, de maintenance des parcs, etc. La compétitivité des sous-traitants locaux est effectivement attendue du côté d'Alstom qui a notamment choisi de se poser en Loire-Atlantique en raison du vivier de PME locales. «Les entreprises locales et Néopolia auront un atout considérable: c'est leur proximité. À elles d'en tirer profit. Notre politique d'approvisionnement est mondiale mais grâce à leur proximité, les industriels locaux pourront être plus compétitifs et réactifs. Je pense notamment à tout ce qui touche aux services connexes, notamment la maintenance des parcs», souligne Frédéric Hendrick, vice-président offshore d'Alstom Wind. - STX:
Ancien propriétaire des chantiers nazairiens, Alstom conserve certaines connexions avec STX. Les deux groupes ont d'ailleurs été amenés à échanger en vue de la prochaine implantation d'Alstom à Saint-Nazaire. Pour réussir sa diversification dans l'éolien offshore STX a prévu d'investir 100millions d'euros et de se positionner sur les fondations d'éoliennes (fondation gravitaire béton, mixte acier-béton, jacket), les sous-stations électriques et la réalisation d'un nouveau type de navire pour la pose d'éoliennes offshore. Si Alstom et STX échangent en matière de fondations, EDF Énergies Nouvelles reste néanmoins le client final pour ce type de sous-structure. - Net-Wind:
À l'instar de Néopolia, le cluster manceau Net-Wind qui regroupe plusieurs entreprises régionales, nourrit de gros espoirs avec la future implantation d'Alstom. Net-Wind se positionne sur la maintenance des parcs éoliens terrestres et bientôt offshore. Pour répondre aux exigences du marché, ces PME ont opté pour une mutualisation de leur savoir-faire. En matière de maintenance des parcs éoliens offshore, le cluster vient d'ailleurs de lancer une formation spécifique qui ouvrira début 2012. LES RETOMBÉES LOCALES
Alstom a coupé la poire en deux en retenant Saint-Nazaire et Cherbourg pour l'éolien offshore. Vous y voyez le verre à moitié vide ou à moitié plein?
«C'est une formidable nouvelle. Cela fait 20 ans que nous n'avions pas eu l'implantation d'un industriel de plus de 200 salariés sur le territoire.
Là ce sont 500 emplois directs et 2.000 indirects. Et puis Saint-Nazaire est retenu pour la production des turbines, c'est le coeur et la véritable valeur ajoutée sur une éolienne. Les mâts ou les pâles peuvent être fabriqués à peu près partout pour être ensuite assemblés. Outre l'usine Alstom et son centre d'ingénierie, nous verrons aussi l'installation d'une unité d'assemblage des éoliennes sur plusieurs hectares près de STX afin d'alimenter le futur champ de Guérande.
Que peut-on attendre de cette implantation?
«Nous sommes en train d'assister à la naissance d'une filière autour des énergies renouvelables et de l'éolien offshore en Loire-Atlantique
. Dans ce domaine, notre territoire peut s'affirmer comme un véritable pôle d'expertise
. Et puis ce n'est que le début. On peut espérer que le gouvernement retienne le projet de parc éolien des deux Iles en Vendée, près de Noirmoutier. Cela va ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises de Loire-Atlantique et de Vendée.»
S.V. et S.J.
JDE | Édition Loire-Atlantique 44 | 2 décembre 2011

