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Point de vue

JDE Edition Loire 42

Claude Bébéar. «Il faut que les investisseurs retrouvent le goût du risque»

ajouté le 4 mai 2012  -  - Mots clés : Actualité, Point de vue

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Claude Bébéar. «Il faut que les investisseurs retrouvent le goût du risque»

Diversité, rémunération des chefs d'entreprise, triple A, modèle allemand et TVA sociale. Claude Bébéar, figure majeure de l'entrepreneuriat français, revient pour nous sur les thèmes qui ont agité la présidentielle.


Depuis 1986, vous êtes engagé via IMS/Entreprendre dans la Cité dans la diversité dans l'entreprise. En la matière êtes-vous pour plus d'obligations ou d'incitations?
Les chefs d'entreprises croulent déjà sous les obligations. Et certains dispositifs d'incitation, comme les zones franche urbaines, ont l'inconvénient de fixer les jeunes dans les quartiers d'où ils sont issus. Il faut plus de mélange. La diversité progresse, les chefs d'entreprises commencent à comprendre qu'un jeune des quartiers qui s'est battu pour avoir son diplôme, c'est quelqu'un de gonflé à bloc. Le problème principal reste la formation:
il est difficile d'intégrer aux entreprises des jeunes qui ont des difficultés de lecture par exemple. C'est un enjeu à résoudre au plus haut niveau.
Une réforme de la représentation patronale est elle nécessaire? Que vous inspire l'appel du pied fait par le Medef à la CGPME?

C'est vrai qu'entre le Medef, la GPME, l'UPA ou encore l'Afep, la représentation patronale est aujourd'hui un peu éclatée et que cela nuit à la représentation des intérêts des entreprises auprès des partenaires sociaux ou du gouvernement. Cet émiettement est renforcé par des idées reçues de «territoires» qui n'ont finalement pas lieu d'être, avec des clichés comme «les grandes entreprises exportent, les petites sont franco-françaises, elles n'ont donc pas les mêmes intérêts». Cela, c'est en dehors de la réalité: on s'aperçoit que des PME exportent 90% de leur chiffre d'affaires ou que des grands groupes réalisent la quasi-totalité de leur business en France. Il faut donc dépasser cela. Je suis pour un rapprochement patronal

Comment pourrait-il s'orchestrer?
On pourrait imaginer la création d'un «chapeau commun» qui défendrait l'intérêt de toutes les entreprises sur les questions transversales que sont les réglementations, la fiscalité, l'emploi. Après, on pourrait y greffer des subdivisions sur des problématiques spécifiques comme l'export ou la recherche, par exemple. Je ne serais pas hostile à ce type de rapprochement. Mais aujourd'hui, ils ne peuvent malheureusement pas se faire à cause de problèmes entre hommes.
Pensez-vous qu'il faut mettre le holà à la rémunération des patrons?
Cette question est éminemment politique, mais aussi philosophique: qu'est-ce qu'une rémunération juste? Et qu'est-ce qu'une rémunération équitable? Les réponses à ces questions ne sont pas les mêmes. J'ai toujours été favorable à une rémunération au mérite, que j'ai toujours pratiquée dans mes entreprises. Quel problème à être bien payé, si on a créé énormément de valeur? Sur ce point de la rémunération, je suis méfiant en ce qui concerne une régulation forte, notamment parce que nos entreprises évoluent dans un contexte international, et qu'aller trop loin dans l'encadrement peut empêcher la France d'attirer des profils qui pourront faire progresser ses entreprises, ou contribuer à l'exode de talents qui partiront vers des pays plus avantageux.


Que vous inspire le modèle allemand, aujourd'hui sous le feu des projecteurs?
Ce pays profite d'une unité très forte qui lie syndicats et patronat et qui est née face au grand chantier de reconstruction qui a suivi la guerre. On y voit ainsi des choses qui n'existent pas en France: il n'y est, par exemple, pas rare qu'un ancien représentant syndical devienne DRH d'une entreprise. Je remarque aussi que les rapports entre donneurs d'ordres et sous-traitants y sont plus apaisés qu'en France, où les premiers ont tendance à mettre les seconds sous pression. Ce qui est aussi appréciable, c'est qu'il existe une vraie continuité dans les orientations stratégiques du pays, qui ne sont pas balayées par un changement de gouvernement. Je n'ai rien contre le changement, mais en France, nous sommes toujours dans une logique de rupture qui complique la gestion du pays et de son économie. Les lois, la fiscalité bougent tout le temps! Après, l'Allemagne a aussi des problèmes, à commencer par une démographie qui leur causera bientôt des soucis. J'observe aussi que les Allemands sont très bons pour vendre à l'étranger, mais qu'ils sont beaucoup moins performants lorsqu'il s'agit de gérer des filiales à l'étranger. Leur mode de management manque de souplesse.

L'Institut Montaigne, que vous présidez, a publié un rapport proposant d'amplifier le report de charges sociales sur la TVA et d'améliorer le rendement de l'impôt sur le revenu... Difficile à avaler pour les ménages...
Déjà il faut savoir que ce rapport a impliqué des experts venant aussi bien de la droite et de la gauche, et que tous ont approuvé les solutions qui y sont contenues. Du coup, je m'étonne un peu d'avoir entendu des sons de cloche très différents dans la bouche des dirigeants de partis lors de la présidentielle. L'idée est d'aller plus loin que le projet de TVA dite sociale, et de porter la TVA à 23% pour améliorer la compétitivité de nos entreprises. Cela fait trop longtemps que l'appareil de production du pays est pénalisé par des coûts trop importants. Si on veut rester compétitifs, il faut prendre ces mesures. Certes, ça n'est pas facile à entendre, mais la campagne a montré que les Français veulent garder leurs industries.

On vous sent agacé par le principe de notation qui entoure désormais les dettes publiques des états et les entreprises. Pourquoi?
J'ai été sidéré par tout le bruit fait autour du triple A, de Moody's, de Standard & Poors... Mon propos, n'est pas de dire qu'il faut fermer ces agences, mais qu'il faut que les investisseurs se ressaisissent: il faut qu'ils acceptent de s'engager, de décider! Aujourd'hui, ils achètent aveuglément du «triple A» pour se prémunir de toute accusation de prise de risque. C'est complètement opposé à l'esprit même de l'économie, de l'entreprise où le risque est essentiel. Il faut que les investisseurs retrouvent ce goût du risque!
(Photo Richard Kalvar / Magnum photos)

Propos recueillis par Sébastien Payonne

JDE | Édition Loire 42 | 4 mai 2012

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