

Rencontre
ajouté le 3 avril 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, Gaston Maulin, Leaders, Capital, Fusion/Acquisition, Investissement
Gaston Maulin dirige la Financière Maulin, une holding d'une vingtaine de sociétés, de l'agence immobilière à la station de ski en passant par l'informatique ou la construction de piscines. Autodidacte parti deux fois de rien, il ne cesse encore d'investir.
Anne-Gaëlle Metzger
«Cela fait soixante-trois ans que je travaille. La moitié de ma vie professionnelle est faite!» Gaston Maulin, 77 ans, ne plaisante qu'à moitié quand il dit cela. Car s'il a certes une vie professionnelle déjà bien remplie, rien ne semble devoir l'arrêter. Il est et reste aujourd'hui à la tête d'un groupe, la Financière Maulin, qui représente deux cents personnes, et même jusqu'à six cents en haute saison, qui pèse «entre 70 et 150M€, selon les variations de l'immobilier», et qui est présent sur vingt-deux métiers différents. Cet entrepreneur, né à Albertville, n'a pourtant pas le profil typique. Il a commencé à travailler à 14 ans dans la boulangerie de ses parents à Grenoble. «Ma formation universitaire? Boulanger! Les études n'étaient pas faites pour moi.» Et puis à 24 ans, il a eu «envie de voir autre chose, de créer». Il s'est installé à La-Tour-du-Pin, «dans un local sans pas-de-porte», et a monté une petite usine de fabrication de cakes. «J'en vendais une centaine par jour quand j'étais boulanger; là, il en partait 2.000 chaque jour. J'ai alors ajouté la confiserie pour que ça marche et je suis devenu le plus gros distributeur européen. Certains m'appelaient le Roi du cake! J'ai progressé très vite, mais j'ai fait des erreurs.» Il a fourni Carrefour en local mais a voulu suivre l'évolution nationale du distributeur sans y parvenir et a dû tout vendre.
Des banquiers inhumains
«En 1977, je suis reparti de zéro pour la deuxième fois de ma vie. Il ne me restait que la confiance de mes clients.» Cette expérience vieille de 32 ans est toujours bien présente. «Tant que vous réussissez, c'est formidable. Mais quand on tombe... Il y a des cons sur terre... Ça fait mal, ça vous apprend à vivre. J'ai remboursé la banque, mais elle ne me prêtait plus. Alors quand vous vous en sortez, vous appréciez encore plus. C'est la vengeance de ceux qui réussissent quand ils ne sont pas aidés.» Il avoue garder depuis «une dent contre les banquiers, ils sont inhumains, il n'y a que le bilan qui compte pour eux.» Sa vengeance, c'est la création de la Chocolaterie du cheval blanc, qu'il introduit en bourse en 1988 et revend par une OPA amicale en 1990. «J'ai tout vendu pour préparer ma retraite. J'avais de quoi faire vivre mes petits-enfants et mes arrières petits-enfants. Quand on a dix fois, cent fois ce qu'il faut pour vivre... L'argent c'est formidable car ça permet de réaliser ce que l'on veut. Et puis on peut donner; c'est bon de donner pour faire plaisir à des gens. Mais je n'allais pas m'arrêter. Ce serait dommage, tant que j'ai la santé.»
Soutenir des orphelinats
Passer à autre chose, se consacrer à ses loisirs? «Vous savez, à force d'être passionné par le business, on perd ses autres passions. Même quand je pars en voyage, j'ai besoin d'une arrière-pensée boulot.» Il part en Chine pour préparer l'implantation d'une station de ski au Sichuan, ou à Dubaï pour créer une piste de ski à l'air libre... Il avoue quand même s'occuper d'orphelinats. «On peut aider des gens dans le monde entier. La vie est dégueulasse, pleine d'injustices. Alors au Vietnam ou au Maroc, je mets des petits pansements localement. Mais ça n'a pas beaucoup d'effets. C'est par conviction humaine, c'est tout, pas religieuse.» Il enchaîne en disant avoir eu «une chance terrible. L'abbé Pierre a fait ma communion et une fois j'ai mangé à la table du général de Gaulle. (NDLR: Une affiche de l'appel du 18juin est accrochée au mur de son bureau.) Le général et l'abbé sont considérés, c'est une chance d'être une vedette. Mais vous savez, il y a des gens simples qui bossent et que personne ne met en avant, ce sont de grandes vedettes aussi.» Il se dit admiratif devant une mère de famille qui élève seule ses trois enfants. Et lui, est-il une vedette? «Non, j'ai juste un parcours qui est marrant.»
La Financière Maulin, dirigée par Gaston Maulin, est à la tête d'une vingtaine de sociétés de différents secteurs. Le choix d'investir dans une société ne serait dicté que par les hommes qui la dirigent, et du bon sens.
Vous auriez pu prendre votre retraite il y a près de vingt ans. Vous avez préféré investir dans des sociétés. Qu'est-ce qui vous motive?
J'ai vendu la Chocolaterie du cheval blanc pour préparer ma retraite. Et puis j'ai changé d'objectif: aider des jeunes à démarrer. Aujourd'hui, je suis dans vingt-deux métiers différents. Je ne gagne pas à tous les coups, mais je prends du plaisir. Je suis entrepreneur et opportuniste.
Comment choisissez-vous les entreprises?
Pour le domaine skiable des Sybelles, en Savoie, c'est à cause de ma deuxième femme. Elle adore le ski. Et quand on est amoureux, on est con... Je me suis mis au ski à 47 ans. Je ne voulais pas investir dans le domaine. Mettre 1MF, ou 2MF, pas de problème. Mais les francs se sont transformés en euros. Et puis un matin, il y avait 40cm de poudreuse quand je me suis réveillé. C'était beau! J'ai dit ok, j'investis, mais je suis majoritaire. J'ai relié six stations, le rêve de tous, avec 310km de pistes. Je n'avais jamais fait de promotion immobilière de ma vie: j'ai investi 100M€ pour créer une résidence de tourisme. Et j'y ai pris goût.
Ça paraît simple...
Il ne faut pas se faire d'illusion. Il y a du bon sens dans tous les secteurs. J'ai touché à tellement de métiers, de l'agroalimentaire à la construction métallique, du transport à l'hôtellerie, des meubles à la concession automobile, de l'informatique aux piscines... À chaque fois, il y a les hommes et le bon sens. Il faut sentir les choses et avoir un ou deux types qui en veulent, qui savent entraîner les autres. Mon grand-père était paysan. Il n'engageait personne avant d'avoir déjeuné avec lui. Le courant passe ou pas. Mais je me trompe aussi souvent...
Vous avez eu des échecs?
Quand je suis majoritaire dans une boîte qui ne marche pas, je ne fais jamais de dépôt de bilan, je la ferme. Ça coûtera ce que ça coûtera. On ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs. L'avantage à mon âge, c'est que quand je gueule, personne n'ose rien me dire! Mais il s'agit bien de relancer les hommes. On ne s'amuse pas avec les gens. On les remet en route, en prenant un peu de profit au passage. Je suis attaché aux hommes. Les boîtes, ce sont des hommes, ils me passionnent même si parfois je suis déçu. Certains n'ont pas le sens de l'argent, c'est-à-dire ne pas dépenser plus qu'on ne gagne, un sou c'est un sou. Il ne faut rien gaspiller, il n'y a pas le choix. Dans mon métier, il faut faire le maximum, progresser comme un champion.
Êtes-vous arrivé au sommet?
Je n'ai rien à prouver. Je suis satisfait. Mais il faut relativiser. Il y a des plus forts que moi, je n'ai jamais mené de grosses boîtes. Et j'ai eu de bons collaborateurs, qui se sont crevés pour moi. J'ai essayé de les récompenser; mais comment être juste?
Préparez-vous votre succession?
Soit on fourgue tout avant de ne plus être là, soit on prépare une succession familiale. J'ai la chance d'avoir deux fils au-dessus de la moyenne qui assureront la continuité des affaires. Aujourd'hui, dans certaines entreprises, je ne sais plus ce qui s'y passe. Je regrette de ne pas être présent partout. Mais ce n'est pas mon rôle. Chaque boîte est un monde en soi avec son patron et beaucoup d'indépendance.
18juillet 1932
Naissance à Albertville
1946
Travaille à la boulangerie familiale à Grenoble
1956
Crée l'Établissement Maulin à La-Tour-du-Pin
1977
Vend l'Établissement Maulin et crée la Chocolaterie du cheval blanc
1988
La Chocolaterie du cheval blanc est introduite en bourse
1990
OPA amicale sur la Chocolaterie
Novembre1990
Crée la Financière Maulin
1991
Quitte la direction de la Chocolaterie
Années 90
Investit dans plusieurs entreprises de divers secteurs
2000
Inauguration du domaine des Sybelles
Il aime - Le boulot, les affaires - Le rugby - Les amis - La pêche, autrefois, «mais maintenant, ça ne m'intéresse plus». - Les voyages, «s'il y a un but professionnel; il faut une ambiance boulot pour me passionner». Il n'aime pas - Les gens qui ne rappellent jamais - Ceux qui «se prennent trop au sérieux» - Les personnes qui n'ont pas «un minimum de sens humain»
JDE | Édition Isère 38 | 3 avril 2009

