

Rencontre
ajouté le 4 septembre 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, Christian Balmain, Leaders, Hardis
Fils de boucher, Christian Balmain a choisi de créer son entreprise, Hardis, avec trois associés. Vingt-cinq ans plus tard, il la dirige toujours avec eux, en toute discrétion.
Anne-Gaëlle Metzger
Christian Balmain, 53 ans, dirigeant du groupe informatique Hardis, avoue avoir été «un bon élève mais un enfant turbulent». Ses parents tenaient une boucherie dans un quartier modeste du Pont-de-Claix, dans la banlieue grenobloise. «Il y avait, comme aujourd'hui, des bagarres, mais il y avait aussi du respect, notamment pour le bon élève. On ne m'a jamais traité de fayot. Mais il fallait savoir se défendre, se faire respecter gentiment. Ça forge le caractère et ça vaut toute école de commerce!»
Diversité et sponsoring
Au vu de ses bons résultats scolaires, Christian Balmain intègre le lycée Mounier à Grenoble. «C'était un monde différent, ni mieux, ni moins bien. La journée, j'étais avec des gens qui avaient d'autres repères que les miens. Le soir, je retrouvais mon quartier. C'était très complémentaire.» Il en garde un engagement pour la diversité des parcours, que ce soit pour le recrutement dans son entreprise ou pour le soutien qu'il apporte, en tant que président de la commission formation de la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble, aux jeunes de quartiers difficiles qui veulent intégrer de grandes écoles. Christian Balmain a également choisi d'apporter son soutien à Julien Loy, triathlète deux fois champion du monde. «C'est le profil du gars que j'aime, bien dans sa tête, qui pratique un sport très difficile, dans un anonymat total et qui ne gagne rien financièrement. Hardis est son sponsor et lui, il intervient dans l'entreprise. Il véhicule le sérieux, le travail, la discrétion, le vrai. C'est très symbolique d'associer son image à la nôtre. Je n'aurais jamais sponsorisé un footballeur...»
Deux démissions
Christian Balmain salue par ailleurs «l'intelligence de (ses) parents» qui l'ont laissé choisir à 14 ans soit de devenir boucher - «mais je n'avais pas envie de me lever à quatre heures du matin tous les jours» -, soit de poursuivre l'école. Dans ce dernier cas, il devait «aller jusqu'au bout». Évoquant ses études de mathématiques, suivies un peu par hasard et financées par des petits boulots, il parle alors d'un «parcours classique, pas brillant». À la sortie de l'université, il est pris chez EDF. Mais démissionne au bout d'un mois: le fonctionnariat n'est pas pour lui. C'est un drame pour ses parents. «Pour eux, être salarié, c'était le top.» Il entre alors dans une grosse société de services en tant qu'analyste programmeur. «Je me suis vite rendu compte que ça ne me plaisait pas. C'était trop technique, trop pratique, trop binaire. Mon job à moi, c'est créer, vendre, monter des offres.» Il propose à son employeur un projet innovant de formation, monte un business plan qui est accepté et reçoit même les félicitations de sa direction pour son esprit d'initiative. Mais le projet est confié à un autre. «L'ABC du management, si l'on croit à un projet, c'est de le confier à celui qui en a eu l'idée. J'ai démissionné dans la journée!»
Pour une tranche de jambon
C'est un deuxième coup dur pour ses parents... D'autant plus qu'il leur annonce qu'il monte sa propre entreprise à partir de ce projet, avec trois collègues, en mai1984, en pleine crise économique. «Foncièrement, j'avais quelque chose derrière la tête et je savais où je voulais aller. Et puis quand on a 28 ans, la crise, on ne sait pas ce que c'est!» Vingt-cinq ans plus tard, Hardis - pour Haute-Savoie, Ardèche, Drôme, Isère, les départements d'origine des fondateurs, «et parce qu'il faut être hardi dans la vie» - est une société de services informatique florissante de 500personnes, avec à sa tête toujours les mêmes quatre associés. Ses parents sont «maintenant fiers, c'est évident. Mes débuts sont source de rigolade. Ils disent que j'ai toujours fait ce que je voulais, et que c'est bien ainsi». Mais il conserve des enseignements du commerce de ses parents. «Quand à 19h30 vous avez nettoyé toute la boucherie, les ustensiles, que tout est propre et qu'un client arrive pour une tranche de jambon, soit vous lui dites que vous n'avez plus de jambon, soit vous êtes orientés client. Vous lui vendez alors une tranche avec le sourire et demain il sera captif, reviendra pour un rosbif. Je fais un métier de services, j'en ai fait toute ma vie, j'ai été élevé dans ce monde-là.»
8juin 1956
Naissance à Saint-Jean-de-Maurienne (73).
1965
Arrivée sur Grenoble.
1982
Fin de ses études, avec un diplôme de l'IAE de Grenoble, après un Deug et une maîtrise de mathématiques et une maîtrise d'informatique (Miage).
1983
Deux emplois salariés, deux démissions...
1984
Création de Hardis à Grenoble.
1988-1995
Décollage de la société grâce au logiciel Adelia.
Fin des années 90
Ouvertures d'agences à l'international... puis repli dû à la crise.
2000
Création de Hardis conseil.
2003
Rachat de la société Logi-tech informatique à Nantes et Rennes.
2009
Vingt-cinq ans d'Hardis et ouverture du capital à tous les salariés du groupe.
Il aime - «Je suis très famille et j'aime passer mes week-ends avec ma femme et mes deux fils.» - «Passer du temps avec mes amis» - Le ski de piste - Les balades en montagnes: «Je pars toujours une semaine en randonnée en septembre, quand les refuges sont vides. Marcher six ou sept jours permet de se vider la tête.» Il n'aime pas - «Les paillettes et le bling-bling» - Chercher la performance dans le sport
Le groupe Hardis*, basé à Seyssinet-Pariset, fête ses vingt-cinq ans cette année. À cette occasion, son président Christian Balmain présente le projet phare: l'ouverture du capital aux salariés.
Quels sont les projets en cours chez Hardis?
Nous avons un projet d'entreprise important: l'ouverture du capital aux collaborateurs pour le deuxième trimestre. C'est notre philosophie: les actionnaires sont ceux qui travaillent dans l'entreprise. C'est un beau projet et je sais qu'il séduit, qu'il est reçu très positivement et qu'il est fédérateur. Nous avons tenu des réunions d'explications et c'est très moteur pour l'ensemble des collaborateurs. Concrètement, chaque salarié, dès six mois d'ancienneté, aura le choix de devenir actionnaire, quel que soit le niveau hiérarchique ou la fonction. Cela correspond à mon avis à ce que les jeunes collaborateurs attendent: participer à la vie de l'entreprise en tant que salariés et actionnaires. Nous souhaitons réussir avec une ouverture plus importante.
Cela correspond-t-il à votre style de management?
Tout à fait! Ma porte est toujours ouverte, je suis proche des salariés et eux le sont de moi. Nous avons plusieurs sites éloignés, notamment à Lyon, Paris, Nantes et Rennes. Je les vois donc moins souvent, mais nous organisons deux à trois réunions par an. Vous savez, sans les autres, je ne suis rien, je ne sais rien faire. Je ne suis qu'un coordinateur. Nous avons créé la société à quatre, mais sans se prendre la tête à savoir où on va. Nous menons un projet à bien, puis un autre. Le nerf de la guerre, c'est d'avoir des projets.
Quels sont vos objectifs pour cette année?
Pour moi, les performances en entreprise c'est d'avoir de la croissance pour rester rentable et indépendant, ceci n'étant pas facile. Il faut allier une croissance raisonnable et la rentabilité, sans claquer les compteurs, avancer régulièrement mais pas de manière exponentielle. Il faut que moi-même autant que mes collaborateurs nous nous sentions bien dans l'entreprise et qu'on ait envie d'y aller tous les matins. En résumé, c'est pour moi l'objectif. Nous fêtons nos 25 ans cette année: c'est une petite réussite économique, mais une grande réussite humaine. Je suis assez content, je n'ai pas de regret, sans tomber dans de l'autosatisfaction. Nous sommes clairs dans nos têtes: avancer à pas mesurés mais sûrs. On avance sereinement, ça me suffit!
Et quel est le secret de cette réussite?
La différence, c'est la richesse; et la consanguinité, c'est la mort! C'est très rassurant d'embaucher quelqu'un qui pense comme moi, mais ça mène à la catastrophe. Nous sommes quatre associés historiques qui travaillons tous encore dans l'entreprise, nous nous entendons bien, nous arrivons à combiner les fonctions de salariés, collaborateurs, actionnaires. Et les rôles se sont répartis tranquillement. Nous sommes tous très différents et très complémentaires. Je dirige avec Denis Vedda, le directeur général. Nous nous occupons de la stratégie, de la gestion,etc. Les deux autres, René Koelsch et Jean-Michel Ferrafiat, sont plus dans la technique appliquée, la réalisation de projets. Personnellement, je suis très orienté business, très terrain, je suis beaucoup en clientèle, car c'est ma valeur ajoutée.
Est-ce que vous envisagez déjà votre succession?
Oui, je m'entoure de collaborateurs qui prendront les rênes dans cinq ou dix ans, pour continuer la croissance de l'entreprise avec une idée de fond simple: le respect d'autrui.
* Le groupe Hardis (CA 2008: 44M€, effectif: 500) regroupe la SSII Hardis, le centre de formation Hardis conseil et Logi-tech informatique: www.hardis.fr
JDE | Édition Isère 38 | 4 septembre 2009

