

Rencontre
ajouté le 1 mai 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, colin made in design e-commerce, Capital, Leaders
En 1999, Catherine Colin a créé Made in design, toute seule, dans son garage. Depuis, la start-up affiche une croissance annuelle à deux chiffres et vise une levée de 3M€! Une success story que l'ex-consultante en RH explique simplement, le sourire aux lèvres.
Vanessa Genin
C'est une pionnière du web. Une de celles et ceux qui ont vraiment commencé dans leur garage. Passionnée de design, Catherine Colin a créé sa société d'e-commerce, Made in design en 1999. C'était le début d'internet. Le haut-débit n'existait pas encore. Et les sites de vente en ligne pratiquement pas non plus! «Les gens avaient du mal à comprendre ce que je voulais faire!», se rappelle-t-elle. La chef d'entreprise fait alors partie de ceux qui savent qu'internet va devenir quelque chose d'incroyable. Elle se sent prête à défricher le terrain. «Petit à petit, j'ai noué des contacts, lors des salons surtout. Et à force d'expliquer, et sans doute aussi grâce à mon enthousiasme, les marques m'ont suivie.» L'histoire de Made in design, c'est aussi l'histoire d'une petite entreprise familiale, où le mari et le frère retroussent leurs manches. La société d'e-commerce basée à Échirolles a déménagé six fois pour s'adapter à sa croissance annuelle à deux chiffres qui ne se dément pas encore aujourd'hui.
Femme de l'année
La petite entreprise s'est en effet industrialisée pour afficher un chiffre d'affaires de 10M€ cette année avec un effectif de trente-cinq personnes. Une success story qui vaut à la créatrice d'être interviewée comme experte dans des émissions cultes comme Question maison sur France5 mais aussi d'être nominée par le Magazine d'e-commerce parmi les dix personnalités pour devenir l'homme ou la femme de l'année 2009! Mais cette reconnaissance ne risque pas de faire tourner la tête de la chef d'entreprise qui déteste l'inertie. D'ailleurs, elle est rarement dans son bureau. Si celui-ci accueille des fauteuils design, il n'affiche pas vraiment de déco personnelle. On sent que le déménagement est récent et qu'un autre pourrait bien suivre. «Je déteste les choses qui ne doivent pas bouger parce que c'est comme cela, par fatalisme. Je n'aime pas ce côté conservateur lié à un manque d'ouverture d'esprit.»
Carrière RH
Catherine Colin a aussi sans doute un esprit libre et autonome assez affirmé. D'ailleurs, de formation juridique doublée d'un DESS en gestion d'entreprise, elle n'hésite pas à devenir consultante en ressources humaines pour le secteur bancaire à 25ans. Après quinze ans de carrière en RH, elle dit en avoir fait un peu le tour et a préféré jouer le côté coeur en créant Made in design. Ce n'est donc pas un hasard si elle sait s'adapter à une entreprise qui évolue sans cesse. Après avoir développé les ventes en ligne en Angleterre, l'équipe prépare une nouvelle version du site, plus communautaire, qui devrait sortir à la rentrée en faisant la part belle au partage de la passion du design. Surtout, pour booster son développement, Catherine Colin voudrait lever trois millions d'euros! Et elle le dit, avec le sourire, le plus simplement du monde... «J'ai la chance d'avoir été contactée par des fonds qui ont identifié Made in design comme une cible à potentiel, explique-t-elle. Bien sûr, il faut bien préparer une telle levée de fonds. C'est un process assez lourd. Il faut reprendre les fondamentaux de l'entreprise, sa stratégie... Mais j'irai moi-même défendre le projet devant les investisseurs potentiels. C'est aussi une relation de confiance avec eux.» Objectif: devenir leader européen. Une ambition qui ne lui laisse pas vraiment de moment de répit: elle bosse plus de 100heures par semaine. Mais, promis, elle va s'organiser autrement en déléguant davantage, car son fils, qui a l'âge de la société doit «avoir d'autre référent que dix ans de labeur!»
Ancienne consultante en ressources humaines, Catherine Colin dirige une société qui change de taille tous les six mois avec pourtant une équipe «solide».
Comment expliquez-vous la croissance continue à deux chiffres de Made in design?
Made in design bénéficie de l'élan de deux secteurs en croissance: l'e-commerce et le design. Les deux se sont démocratisés depuis une dizaine d'années. Le designer Philippe Starck a par exemple été précurseur dans le fait de développer un processus de production industrialisé afin de proposer un design à prix abordable. Mais dans les années 1990, il y avait encore un décalage entre la présentation élitiste des produits design et le public voué à se démocratiser. Made in design s'attache aussi à donner des clés de compréhension de la démarche du designer. On est au-delà du site marchand. On partage une passion. Et le site n'a jamais été réservé aux professionnels, il est grand public et on continue de travailler en ce sens. D'un autre côté, l'e-commerce se développe. À la rentrée, on va d'ailleurs mettre en ligne un outil de réalité augmentée: l'internaute pourra publier une photo de chez lui et simuler l'agencement des produits design dans son propre intérieur.
En tant qu'ex-consultante en ressources humaines, vous avez des recettes de management?
Il est franchement plus difficile de mettre en place de nouvelles méthodes de gestion de ressources humaines lorsqu'on vit les contraintes de la vie d'une société au quotidien. Je n'ai pas le même recul que je pouvais avoir en tant que consultante RH. Néanmoins, je sais que la société ne correspond pas à tous les profils. Pour bien s'intégrer à Made in design, il faut un tempérament autonome et responsable. C'est l'esprit start-up. À l'intérieur, nous ne sommes pas dans un environnement compétitif. Tout le monde travaille ensemble pour des objectifs communs. Chacun a un domaine de compétences. D'ailleurs, tout le monde s'apprécie aussi pour les compétences des uns et des autres. En fait, la notion d'équipe est très importante. Dans une grande entreprise, les salariés passent beaucoup de temps à faire de la politique, c'est-à-dire à se positionner pour montrer à leurs supérieurs ce qu'ils ont fait,etc. Ici, on peut éviter cela.
Comment créer un esprit d'équipe quand celle-ci évolue sans cesse?
L'équipe est solide car on partage vraiment des objectifs, une ambition. Et même si je suis exigeante, on ne se prend pas au sérieux. On aime bien faire la fête... Néanmoins, il faut se remettre en cause tous les matins. Car l'entreprise évolue et on réfléchit à comment on va s'adapter. Du coup, je joue vraiment la transparence. Je communique beaucoup en interne sur nos projets. La croissance est aussi une chance car elle permet à certains salariés d'évoluer. Et ça, c'est un vrai bonheur. Ils ont la possibilité d'avancer. Concrètement, les recrutements de départ sont souvent surdimensionnés, mais les salariés acceptent car ils savent, qu'au bout de six mois, ils vont pouvoir évoluer. Par exemple, la responsable actuelle de l'activité B to B, qui a signé 1M€ de chiffre d'affaires en 2008 avec des grands comptes, a débuté comme assistante commerciale et elle se chargeait aussi des préparations des commandes. Idem pour la personne en charge de la comptabilité qui a pu s'intéresser de près aux arcanes d'une levée de fonds. Même s'il existe des primes sur objectif, la reconnaissance vient de l'évolution tant en termes de responsabilité que de salaire. Il y a vraiment de belles aventures.
Elle aime... - L'art en général et la peinture en particulier. «On s'est offert notre premier vrai tableaul'an dernier. Un vrai coup de coeur.» - Belle-Île-en-Mer, son havre de paix. «C'est un endroit calme où l'on peut se ressourcer. L'air marin, les paysages authentiques avec une belle lumière... C'est une vie simple et saine, on se laisse vivre.» - Le champagne! «J'aime son côté festif.» - Les voyages. «Même si je n'ai plus le temps de voyager comme je l'aimerais, c'est une vraie envie pour les années qui viennent.» Elle n'aime pas - La frime, le côté ostentatoire de certains milieux, où les apparences jouent un rôle trop important. Même si cela l'amuse plus qu'autre chose... - Les desserts! «Je préfère le saucisson et le fromage aux gros gâteaux pleins de crème et de chocolat.» - L'inertie, les choses immobiles.
1962
Naissance à Châlons-en-Champagne
1986
Consultante en ressources humaines en Alsace
1999
Création de Made in design à Grenoble
2000
Le business angel François Claustres entre au capital
2005
Levée de fonds de 200.000 € auprès des Grenoble angels dont les trois fondateurs de Kelkoo
2007
Ouverture de la boutique Kartell dans le centre-ville de Grenoble
2008
Investit dans un entrepôt de 6.000m² à Échirolles, sixième déménagement de la société. Made in design se développe en Angleterre.
2009
Cherche à lever 3M€ pour devenir leader européen.
JDE | Édition Isère 38 | 1 mai 2009

