Isère

Point de vue

JDE Edition Isère 38

«Les crises de la dette sont le fruit d'une Europe trop faible»

ajouté le 6 avril 2012  - 

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«Les crises de la dette sont le fruit d'une Europe trop faible»

Et si les dettes publiques n'expliquaient pas la crise? C'est l'avis de l'économiste Shahin Vallée, proche des Verts, pour qui le vrai problème réside dans la gouvernance économique inadaptée de l'Europe.


Pour vous, la crise qui frappe l'Europe n'est pas celle de la dette publique. De quoi souffre alors le continent?
La tendance est de dire que tous les pays européens ont laissé exploser leurs finances publiques et que les difficultés de l'Union ne peuvent être résolues que par l'aspect fiscal. Or, en Espagne, qui respectait tous les critères de Maastricht, les difficultés sont liées à une bulle immobilière et à l'explosion d'un système bancaire fragile. En Irlande, même motif: l'implosion du système bancaire qui a créé un endettement massif, l'État ayant dû venir à la rescousse. Au Portugal, la crise est liée à l'endettement des ménages et des entreprises. Les crises nationales ne sont donc pas des crises de finances publiques au sens strict. Elles sont le fruit d'une Europe trop faible, qui souffre d'un manque de régulation, de l'absence de coordination des politiques économiques et de l'inexistence d'un mécanisme communautaire pour résoudre les crises bancaires.
La solution, cela sera donc de renforcer le pouvoir de l'Europe?
La Grèce aurait été un problème assez facilement gérable il y a deux ans si l'on avait agi non pas dans l'intérêt des États membres pris individuellement, mais de l'Union dans son ensemble. Cela montre les faiblesses de la gouvernance économique européenne actuelle. Nous avons une union monétaire, mais nous restons avec des budgets essentiellement nationaux et l'impossibilité d'opérer un certain nombre de transferts entre États membres. Le second problème est l'absence de fédéralisme bancaire: le marché financier est unique, il y a inéquation entre des banques multinationales et des régimes de résolution restant nationaux.
La crise grecque est-elle réglée avec cet objectif de 120% de dette à l'horizon 2020?
Dans huit ans, la dette grecque se situera plutôt à 130%. Le dernier plan de sauvetage, c'est un transfert important des créditeurs privés de la Grèce vers des créditeurs publics. En 2020, l'essentiel de la dette grecque sera dû aux autres États européens. Que se passera-t-il alors? La Grèce ne pourra pas rembourser et il y a aura un allégement de sa dette négocié entre États. Il y aura alors des pertes directes pour les contribuables européens, à qui on a toujours dit qu'on prêtait de l'argent que l'on récupérerait. Sur les 240milliards de concours publics, on en perdra au moins une centaine.
Pour vous, l'Europe est donc la solution. Mais elle semble absente du débat présidentiel actuel, ou alors, elle y est mise à l'index...
Les candidats évitent le sujet de la gouvernance européenne. Dans un tel scrutin, ils pensent qu'il est dangereux de parler d'intégration européenne et de mise en commun de souverainetés. Hollande et Sarkozy n'ont pas de projets européens très clairs. Sarkozy pense que le traité négocié avec Merkel est une avancée considérable qui mettra fin à la crise pendant que Hollande pense que rajouter quelques outils favorables à la croissance va rendre l'équilibre des finances plus tenable. Je pense que l'un et l'autre se mentent.
Pourquoi cette absence de l'Europe au coeur de la campagne?
Le gros problème français est l'incapacité à avoir un discours apaisé sur l'Europe à cause du traumatisme du «non» au référendum de 2005. Hollande reste paralysé par l'incapacité de la gauche à avoir une position unifiée. Entre Mélenchon et Guigou, il y a un gouffre! Mais peut-être qu'une fois élu, Hollande sera contraint à formuler une politique claire. D'expérience, le PS a rarement montré un grand enthousiasme européen durant les campagnes, mais une fois au pouvoir cela marche plutôt bien. De son côté, la droite a davantage bougé depuis 2005 sur le volet européen. Elle s'est libérée de l'emprise gaulliste, est devenue moins souverainiste, même si elle joue la carte nationale pour gagner des voix. Poussée par les milieux d'affaires, elle peut avoir un discours européen, mais pas forcément celui que je souhaite.
Êtes-vous plus enthousiaste sur les propositions économiques des candidats?
J'y vois assez peu de choses susceptibles de changer fondamentalement la situation de la croissance française. Tout le monde parle de politique industrielle, mais je ne vois rien de très concret. Dire aux Français qu'il suffit de créer une banque publique pour financer les PME, c'est quand même dans tous les programmes depuis une vingtaine d'années! En plus, cette banque publique on l'a déjà! La chose encourageante, c'est que dans le débat actuel, on se rend compte que le potentiel d'emplois est dans les PME, que c'est là que va se jouer la compétitivité de la France.
Essayer de se caler sur ce qui se fait outre-Rhin ne suffira donc pas?
On prend souvent le modèle de l'Allemagne comme celui d'un pays dans lequel la politique industrielle a bien marché, notamment car les banques régionales et publiques l'ont appuyé. C'est oublier qu'en Allemagne, il y a eu une stratégie délibérée de délocalisation d'une partie des activités en Europe de l'Est, où les entreprises allemandes ont créé une chaîne industrielle intégrée. En France, parler de délocalisation reste très difficile. Pourtant, une vraie politique industrielle, c'est avant tout choisir ce que l'on ne veut pas ou ne veut plus faire. En France, personne n'ose dire qu'un secteur est mort et qu'il faut s'en dégager. Il faut pourtant savoir couper les branches mortes pour se concentrer sur le maintien ou le rapatriement en France d'activités sur lesquelles le pays est véritablement fort.
Et les mesures de régulation de la finance folle, c'est aussi insuffisant?
Je partage cette volonté de remettre de l'ordre. Mais il faut faire attention aux réponses qui font le consensus sans être miraculeuses. Ainsi, séparer banques d'affaires et banques de dépôt est intellectuellement satisfaisant. Mais il faut se rappeler que Lehman Brothers était une banque d'investissement pure et sa chute a réussi à faire exploser le système financier international! Il n'y a pas de caisson étanche, malgré ce que l'on veut faire croire.

Propos recueillis par Sébastien Payonne

JDE | Édition Isère 38 | 6 avril 2012

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