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ajouté le 6 mai 2011 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, Tissage et enduction Serge Ferrari SA, Innovation R/D, Investissement, International
Entre innovations, exportations et prospection commerciale directement auprès des prescripteurs, Serge Ferrari a su imposer ses textiles techniques sur les marchés mondiaux.
La société Serge Ferrari, implantée à La-Tour-du-Pin, fabrique des textiles techniques enduits, en matériaux composites souples. Les deux tiers de ses 25.000 tonnes annuelles sont des matières plastiques pour revêtements, le tiers restant étant des câbles textiles, sorte de fils en polyester. Ces produits intermédiaires servent à une bonne dizaine d'applications techniques très variées. Pour bien comprendre comment cette société familiale a su s'imposer sur des niches, créer des marchés et vendre dans une centaine de pays, il faut remonter aux années 70 et à l'invention de Serge Ferrari, le père des dirigeants actuels, Sébastien, le président, et Romain, le directeur général. Il a mis au point le Précontraint: «Les membranes textiles composites sont constituées d'une armature tissée en microcâbles recouverte par enduction de plusieurs couches de polymère haute performance. La technologie Précontraint® Ferrari® consiste à réaliser l'enduction sous tension. Elle confère aux textiles une stabilité dimensionnelle et une résistance exceptionnelles.»
Innovation et hyperspécialisation
Depuis, pour garder son avance sur ses concurrents, la société accorde une importance toute particulière à la R & D. «Nous avons un service de trente personnes, soit 5% de notre effectif, précise Sébastien Ferrari. Elles travaillent sur la matière première: sa formulation, ses applications, en lien avec nos clients et partenaires, et ses procédés de fabrication pour obtenir des coûts de production compétitifs.» Ainsi, la masse salariale de la production représente moins de 10% du chiffre d'affaires grâce à un personnel très qualifié et à l'automatisation des processus. L'innovation est d'ailleurs la marque de fabrique de Ferrari. «C'est en étant innovants et en proposant des produits uniques et de qualité que nous nous démarquons de la concurrence. Nous cultivons également sur la durée notre image de marque et notre notoriété, en étant seulement 10% plus chers! Nous nous donnons de la peine pour être durablement compétitifs et hyperspécialisés.» L'hyperspécialisation conduit même Ferrari à créer de nouveaux marchés et de nouvelles applications pour ses produits. Ainsi, la moitié de son chiffre d'affaires se fait sur quatre marchés de l'architecture: les toitures d'infrastructures, comme pour les stades; l'habillage de façades; les écrans de protection solaire et donc thermique; les textiles intérieurs de types plafonds tendus, par exemple pour les piscines publiques. Près de 40% du chiffre se fait sur des marchés industriels: produits pour les bâchistes; structures mobiles de type chapiteaux, mais de grande taille et avec des homologations mondiales pour la sécurité; marine, grande plaisance et yachting; produits techniques divers, comme des toiles pour réserves d'eau; des supports pour impression numérique à la taille d'immeubles... Les derniers 10% du chiffre sont réalisés dans le mobilier: transats, sellerie pour bateaux,etc.
Trois nouveaux pays par an
Mais les clients directs de Ferrari sont des transformateurs. Alors pour se développer et faire connaître ses produits, l'entreprise s'adresse directement aux prescripteurs, comme les architectes. «C'est un challenge pour nous, avoue Sébastien Ferrari. Par exemple, pour décrocher le contrat du stade d'athlétisme pour les prochains JO de Londres, nous avons approché directement le Comité olympique... Nous accompagnons toute la filière dans l'application finale, jusqu'à travailler sur les nouvelles normes et réglementations!» Le tout à une échelle mondiale. Avec des sites en France, Suisse et Italie, des filiales de distribution dans plusieurs dizaines de pays et des clients dans une centaine, la société se définit comme une «micromultinationale: nous sommes des microbes partout!» L'export représente 70% du chiffre d'affaires, avec un taux de croissance de 20 à 30% en Chine, au Brésil et au Moyen Orient. «Mais c'est très laborieux de s'implanter dans certains pays. Nous en abordons trois nouveaux par an. Nous y perdons de l'argent pendant cinq ans, puis ça porte ses fruits. Sur cent pays aujourd'hui, 50 sont en balbutiement. Nous avançons de façon pragmatique et par la chance des rencontres avec des distributeurs. Nous approchons en ce moment l'Iran et nous irons prochainement en Argentine, Uruguay, Arabie Saoudite,etc.» Entre innovation et exportation, Ferrari maintient une croissance annuelle de 10%, hors crise. «En 2009, nous avons, pour la première fois depuis notre création, perdu 13% de chiffre d'affaires et connu une rentabilité négative. C'était un bon coup de pied au derrière qui nous a permis de remettre en cause nos processus, sans licencier. En 2010, le chiffre est remonté de 21% et en 2011 nous devrions retrouver notre rythme habituel.»
Votre entreprise change de nom ce mois-ci. Pourquoi?
La raison sociale change de "Ferrari SA" à "Tissage et enduction Serge Ferrari SA". Dans les années 80, il y avait deux sociétés familiales Ferrari, dont une de tissage et d'enduction. L'autre a été revendue mais nous avons récupéré la marque. C'était compliqué à l'export, d'autant plus que nous nous sommes développés sur des segments de marché différents; le prescripteur final ne comprenait pas la société. Et nous avions besoin d'ordre dans nos marques. Nous sommes donc revenus à "Serge Ferrari", du nom de mon père, comme marque chapeau. Les autres marques deviennent des familles de produit.
Votre société communique très peu. Pourquoi une telle discrétion?
C'est vrai que nous préférons faire parler de nos clients. Par exemple, il y a eu beaucoup de publicité autour de Botanic et Lafuma qui recyclaient les toiles des transats. Derrière, il y a Ferrari, qui a créé ces toiles pour mobilier intérieur et extérieur, mis au point le procéder de recyclage Texyloop et récupéré les toiles. Nous avons aujourd'hui déjà collecté 3.300 tonnes de bâches usagées. Il faut savoir être généreux: quand le client se développe, nous aussi!
Années 1930 : Le grand-père crée une société de tissage de coton et soie pour produits techniques, dont des parachutes
1956 : L'entreprise se tourne vers les tissus enduits techniques
1974 : Installation à La-Tour-du-Pin et création de l'unité Tissage et enduction pour exploiter la technique du Précontraint
1998 : Rachat de Batyline
2011 : Changement de nom et réorganisation des marques
Serge Ferrari s'adresse à une dizaine de marchés mondiaux très variés, de l'architecture au mobilier, et rencontre sur chacun d'eux divers concurrents européens, japonais, américains et, bientôt, coréens et chinois. Mais elle se positionne en leader absolu, soit par le volume soit par le positionnement technique, sur l'architecture textile. Elle ne revendique que deux challengers, l'Allemand Verseidag et un Américain.
Anne-Gaëlle Metzger
JDE | Édition Rhône-Alpes 38 | 6 mai 2011

