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Mafelec. Reprise réussie pour l'expert des boutons

ajouté le 6 mars 2009  -  - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, Mafelec, Gestion de crise, Innovation R/D, International

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Assemblage de voyants dans l'usine Mafelec à Chimilin.

Mafelec, créateur de boutons pour ascenseurs, feux de signalisation et autres commandes specifiques, se développe grâce à l'export et à la R & D.La société nord-isèroise mise aussi sur la réorganisation de sa production. Et ceci malgré un «incident toxique» qui aurait pu être dramatique mais qui a renforcé l'esprit d'entreprise.

Anne-Gaëlle Metzger

«Positif, créatif, réactif»: ce sont les trois mots d'ordre chez Mafelec à Chimilin (près de La-Tour-du-Pin) depuis le rachat de l'entreprise par des cadres à Schneider Electric en 2006. «Ce leitmotiv, explique Gilles Heinrich, P-dg de Mafelec, signifie qu'il ne faut ni se morfondre ni se dire que l'on est parfait. Nous avons fait 42% de croissance en trois ans, mais on peut toujours être un peu meilleur.» Mafelec propose depuis 1947 des solutions de commandes et de signalisation adaptées aux environnements les plus extrêmes. Ainsi, que ce soit en extérieur, soumis à l'agression du sel, à des vibrations, à des températures de -400ºC à+80ºC, à un environnement chimique,etc., les composants électromécaniques doivent résister et durer. Il s'agit de boutons pour les ascenseurs, de feux de signalisation, de poignées d'alarme, de commutateurs, de pupitres de commandes pour les bus ou les trains, de boîtiers de levage et de manutention pour différentes industries et même d'applications navales militaires pour la Défense.

Contrefaçon chinoise
«Depuis notre retour à l'indépendance, nous nous recentrons sur notre valeur ajoutée, c'est-à-dire notre savoir-faire spécifique.» Ce développement passe notamment par l'export, qui représente 50% du chiffre d'affaires, et qui a valu à l'entreprise le Trophée export 2008 de la Chambre de commerce et d'industrie du Nord-Isère. «L'export n'est pas un choix, estime Gilles Heinrich, la France est trop petite. Mais nous sommes copiés par les Chinois, avec de la contrefaçon, des vols de brevets... Pour nous défendre, nous communiquons auprès de nos clients. Nous avons une expérience de 60 ans avec une qualité inégalée, une grande flexibilité et un travail sur le long terme. Alors bien sûr, nous sommes obligés de baisser nos prix, de manière générale, pour faire face à cette concurrence.» Cette politique de baisse des prix passe par «une remise en cause de nos façons de travailler afin d'aboutir à des gains de productivité pour être plus agressifs.» Mafelec a notamment mis en place la méthode Lean manufacturing, qui permet «de fluidifier la production et un gain de vitesse», affirme Thierry Reynaud, directeur de la production. «Nous évoluons vers l'automatisation de certaines tâches pour nous doter d'une structure compétitive. Mais nos équipements sont conçus en interne pour tout maîtriser, limiter les coûts et réagir à l'évolution des produits.» Les postes répétitifs sont progressivement remplacés par des métiers à valeur ajoutée, «mais sans licenciements. La machine ne remplace pas l'homme, elle est pilotée par lui. Nous faisons évoluer les compétences par la formation.» Ainsi, chez Mafelec, 3% de la masse salariale est consacrée à la formation. Et de nouveaux métiers apparaissent dans l'atelier.

«Expliquer le changement sans brutaliser»
L'évolution de l'entreprise par les ressources humaines est une idée forte pour Gilles Heinrich qui dit pratiquer «un management de proximité. Les gens ont peur du changement. Alors il faut expliquer ce que l'on fait sans brutaliser, être transparent et moderniser par la dynamique, en assumant le passé de l'entreprise et son présent pour créer le futur. Sans être une entreprise paternaliste, il y a un certain esprit d'appartenance à une équipe gagnante.» Les «Maféleciens», comme il les appelle, sont parfois présents depuis plusieurs décennies dans l'entreprise. Mais ils sont passés de 190 en 2007 à 250aujourd'hui et devraient être 300 d'ici à cinq ans. Cette augmentation de personnel correspond notamment à une extension de la gamme. «Deux tiers de nos produits vendus aujourd'hui n'existaient pas il y a trois ans, se félicite Gilles Heinrich. Le développement d'un nouveau produit, c'est 1M€ investis pour vingt ans de vente.» Le service recherche et développement compte 45 personnes. «Notre force, explique Pascal Pedrinelli, directeur technique et des projets, c'est de ne pas acheter des briques technologiques. Nous développons en interne les fonctions de base des produits et devenons de véritables spécialistes, pas juste des assembleurs.» Ainsi, si la demande d'un client mène à la création d'un nouveau produit adaptable à d'autres clients, le service R & D anticipe les besoins pour être réactif, avec 400.000€ d'investissement en moyenne par an. Les nouveaux produits ne sont pas les seuls projets de Mafelec. L'entreprise devrait agrandir ses locaux, passant de 1.300m² à 2.500m². Des bureaux commerciaux devraient voir le jour en Allemagne et aux États-Unis d'ici à cinq ans, pour faire suite à l'ouverture de celui de Windisch en Suisse en 2008. Gilles Heinrich a même «une ambition de rachat d'entreprise: nous allons avoir besoin de croissance externe dans les années qui viennent».

Gilles Heinrich. «Un incident bien géré»



Mafelec a dû faire face à l'automne 2008 à la présence de composants radioactifs dans ses produits.
Que s'est-il passé à l'automne 2008?
Nous avons livré des produits à un client sur le marché américain. A l'entrée sur le territoire, une alarme de radioactivité s'est déclenchée. Ca a été le début d'une semaine de descente aux enfers. L'usine a été totalement fermée pendant ce laps de temps. Des analyses ont été effectuées pour savoir d'où provenait cette contamination. Et bien sûr, l'ensemble du personnel a subi des examens. Il n'y a heureusement pas eu de problème de santé, le taux se révélant inférieur à celui reçu lors d'un scanner.
D'où venait le problème?
Tout un travail de traçabilité a été mené. Un de nos fournisseurs indiens nous avait livrés de l'acier utilisé pour l'assemblage, et donc pas manipulé en interne, qui était toxique. Cet acier, transformé en Inde, était lui-même composé de produits de radiologie européens. Et là réside aujourd'hui pour moi une problématique énorme: quels sont réellement la traçabilité et le contrôle des produits qui rentrent et sortent de France? Mon souci est de savoir s'il y a d'autres victimes, mais qui ne le savent pas car elles n'exportent pas aux Etats-Unis. Je voudrais que les Autorités françaises me donnent des réponses. Je n'en ai toujours pas. Alors aujourd'hui nous contrôlons nous-même tout ce qui rentre dans l'usine; nous avons acheté quatre appareils. C'est un investissement qui vaut la peine, mais ce n'est pas notre rôle.
Quelles ont été les conséquences pour l'entreprise?
Il nous a fallu un mois pour rattraper le retard, être réapprovisionné par ailleurs et livrer nos clients. Ceux-ci ont d'ailleurs bien compris que nous étions des victimes et que cela aurait pu leur arriver. Financièrement, cela nous a coûté 400.000€, pris sur nos provisions. Seul le tort pour le client final était assuré, et nous avons pris une sacrée claque. Mais cela ne nous a pas empêchés de réaliser des bénéfices supérieurs à 2007!
Quels enseignements tirez-vous de cet incident?
Nous avons réagi très vite, avec une totale transparence envers nos salariés et nos clients. Après coup, nous avons demandé une analyse poussée de l'incident à un cabinet spécialisé dans la gestion de crise. Il semblerait que nous ayons plutôt bien réagi. Et aujourd'hui, je sais vraiment ce que cela veut dire être responsable de 250 personnes!

L'équipe dirigeante. Renouvelée en trois ans

L'équipe dirigeante a été entièrement renouvelée en trois ans, après la vente par Schneider Electric.


Gilles Heinrich, le président, a effectué toute sa carrière chez Schneider Electric, qui l'avait nommé responsable commercial chez Mafelec. Au moment de la vente en 2006, il s'est posé en acheteur et dirigeant. «Tous les membres du comité de direction sont alors arrivés pour la reconstruction de Mafelec. Un tel renouvellement est difficile mais pas impossible. Choisir ses collaborateurs est fondamental pour la réussite de l'entreprise.» Le comité de direction compte onze personnes, dont Cyrille Bee, responsable du secteur ferroviaire, Jean-Christophe Regard, responsable du secteur mobile et de l'export, Gérald Rousset, directeur des achats et de la logistique, Pascal Pedrinelli, directeur technique et des projets, et Thierry Reynaud, directeur de la production.

Mafelec - Chimilin

- P-dg: Gilles Heinrich - Effectif: 250, dont 45 en R & D - CA 2008: 28,5M€, en hausse de 12% par rapport à 2007 - Export: 50% du chiffre d'affaires - Secteurs d'activité de la clientèle: 35% ferroviaire, 25% véhicules industriels, 10% Défense (marine), 25% ascensoriste, 5% industries diverses (nucléaire, agroalimentaire,etc.) - Tél.: 04.76.32.07.33 - www.mafelec.fr

Etapes


1947
Création de la Manufacture des Alpes françaises à Grenoble
1955
Déménagement à Chimilin
1998
Rachat par Schneider Electric
2006
Schneider Electric revend à des managers de la société
2008
Création d'un bureau commercial à Windisch, Suisse

JDE | Édition Isère 38 | 6 mars 2009

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