

L'Enquête
ajouté le 1 mai 2009 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, commerce, rennes, perspectives, pôles, projets
Rennes est une ville très commerçante. Très atypique aussi, notamment par l'importance de son centre-ville. Le développement des pôles commerciaux de la couronne rennaise a toujours été pensé et réalisé dans le but de maintenir un équilibre entre centre et périphérie. Aujourd'hui, les projets des grands pôles sont nombreux. Quel visage Rennes donnera-t-elle à son commerce demain?
Virginie Monvoisin
L'agglomération rennaise ne compte pas moins d'une douzaine de grands pôles commerciaux. Chacun semble avoir son rôle. Mais le commerce est vivant, et les évolutions nécessaires, pour faire face notamment aux attentes de consommateurs de plus en plus exigeants et à leurs envies parfois versatiles... Mais face aux demandes de toutes sortes, Rennes garde le cap. Son objectif: développer le commerce autour d'un axe fort, le centre-ville. «Notre leitmotiv, depuis 13 ans, est de ne pas accorder la création ex-nihilo de nouveaux hypermarchés alimentaires», précise Yannick Salmon, responsable urbanisme commercial à la CCI de Rennes. La raison de ce choix: permettre à la capitale bretonne de garder sa particularité en matière de commerce. C'est-à-dire privilégier le centre-ville.
Le centre-ville contre les "grands machins"
Depuis les années 90, c'est l'axe de développement poursuivi par les différentes chartes d'urbanisme commercial. «L'agglomération ne fonctionne pas comme les autres agglomérations de taille équivalente, poursuit Yannick Salmon. Le centre-ville est le premier pôle commercial en terme de chiffre d'affaires. Ailleurs, en général, il existe un gros pôle de 100.000m² de surface de vente, au nord ou au sud de la ville. Toute la réflexion d'urbanisme menée par les autorités locales se fait, encore aujourd'hui, autour de la préservation de l'attractivité du centre-ville contre un "grand machin"». Cette réflexion remonte donc avant la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain). L'agglomération a créé une vraie "ville archipel" depuis plusieurs années. «C'est devenu une notion d'aménagement du territoire à Rennes, souligne François Eveillard, élu de la CCI en charge du commerce et du tourisme. Vous avez une commune (Rennes) une rocade et des communes autour qui ont une connexion avec le tissu urbain (Saint-Grégoire, Pacé, Chantepie, Cesson...)». Après la loi SRU, le Scot reprend à son compte cette notion de "ville archipel". Une ceinture verte autour de Rennes a donc toujours été respectée, et le sera encore dans les années qui viennent.
Le Comité des Présidents veille à l'équilibre
Chaque pôle est bien distinct, et chaque pôle a son rôle commercial. Pour maintenir un certain équilibre et une cohérence dans le développement des autres pôles que le centre-ville, un organe veille au traitement des questions d'aménagement: le Comité des présidents. «Il est composé des chambres consulaires, de la Communauté d'agglomération, des Pays, des EPCI, d'élus, mais aussi de la Maison de la Consommation et de l'Environnement et de l'Union du Commerce», indique François Eveillard. Tous veillent à la juste requalification des pôles.
Onze pôles en mutation
Le deuxième en ordre d'importance par le chiffre d'affaires généré, est celui de Nord-Rocade (Leclerc et Grand Quartier: 310M€). Il est plutôt concentré autour de l'équipement de la personne, et compte également des moyennes surfaces spécialisées non-alimentaires, des activités artisanales et de services. Les autres pôles sont structurés autour des loisirs (Sud Rocade, Betton), de l'équipement de la personne ou de la maison. Enfin, l'autre grande particularité de l'agglomération rennaise est la fameuse Route du Meuble et des Loisirs. «C'est un véritable atypisme, renchérit Yannick Salmon. Ailleurs en France, ce type de concept a vécu, mais ici, il se porte bien!» S'il a encore du succès, c'est en partie grâce à la volonté de ne pas intercaler de l'alimentaire au milieu de ce pôle. «On peut accepter des demandes dans le domaine de l'artisanat ou de l'équipement de la maison seulement». Le paysage commercial rennais est donc déjà bien complet car réfléchi depuis de nombreuses années. «Le Comité des Présidents doit réfléchir dès l'an prochain à l'après 2012, indique Yannick Salmon. Il y aura un nouveau volet commerce dans le Scot au 1erjanvier 2013». Rennes anticipe encore et toujours. «C'est même là la difficulté. Car il faut anticiper en fonction du comportement des consommateurs, qui est parfois difficile à déchiffrer. Or, pour réviser le Scot, il faut prévoir le marché du commerce. Et comme les clients votent aujourd'hui de plus en plus avec les doigts, par les achats sur internet notamment, il faut réfléchir à la manière de les inciter à acheter avec leurs pieds, c'est-à-dire en magasin!».
Le pouvoir du consommateur
Car c'est bien le consommateur qui a le pouvoir aujourd'hui: il a le pouvoir de s'informer et de gérer son temps. «En matière de commerce, la difficulté est aussi de trouver l'originalité qui fera se déplacer le consommateur. Mais nous avons des projets à Rennes quand même pour les pôles existants», précise Yannick Salmon. Pour le moment, Rennes a réussi à sortir de l'opposition traditionnelle centre-ville/périphérie, comme c'est toujours le cas à Nantes par exemple. «On est même sollicités par d'autres villes, comme Toulouse, qui s'intéressent à notre démarche vis-à-vis des pôles», ajoute François Eveillard.
Rennes est une ville en mouvement, c'est le moins que l'on puisse dire. Le commerce y est en mutation permanente. Pour preuve: une douzaine de projets d'ici à 2012, sur les pôles commerciaux existants.
Autour du centre-ville, qui fait figure d'exception (lire page de gauche), les différents pôles commerciaux s'organisent et se modernisent régulièrement.
Nord-Rocade
L'un des principaux projets d'envergure prévus concerne le pôle commercial Nord-Rocade (Grand Quartier et Leclerc Saint-Grégoire). Une requalification complète du site de Leclerc est notamment prévue, avec réduction de la grande surface et extension de la galerie commerciale. «Nous voulons être un centre urbain de vie, confie Yannick Kervarrec, le directeur du centre Leclerc. La grande surface va être réorganisée, passant de 10.022à 7.700m², pour lui donner une taille plus humaine, et une meilleure proposition des produits. L'Espace Culturel sera détaché (avec scène de concerts), et la galerie commerciale sera plus fournie». Elle passera de 20 à 35 commerces, qui seront axés sur l'équipement de la personne (lingerie, chaussures, enfant...) et les services (cordonnerie, laverie, banque, immobilier...). Ils ouvriront début 2012. En parallèle, ce centre urbain de vie doit accueillir un pôle santé (avec médecins généralistes et spécialistes notamment) et un pôle affaires (comptables, notaires, par exemple) dont les permis de construire sont encore en préparation... Pour accueillir un public plus nombreux, la zone doit subir en même temps des modifications de circulation, avec la création d'un rond-point et d'un autre accès au nord. L'accès vers Grand Quartier doit aussi être revu. Là, l'ouverture directe sur la route de Saint-Malo est étudiée. Une Zac "Porte de Saint-Malo" a aussi été créée «pour accueillir du résidentiel, un peu de tertiaire et quelques commerces de proximité», précise Yannick Salmon à la CCI.
Pacé
En fonction des flux générés par Ikéa, la zone Rive Ouest verra apparaître d'ici à 2012 des activités complémentaires qui dynamiseront le pôle. Car Ikéa a pour l'instant un rôle important mais solitaire... Des grandes surfaces spécialisées (800 à 1.200m²) hors ameublement vont s'y installer.
Cleunay
Des travaux d'extension de la galerie marchande sont prévus sur 2.625m².
Alma
Les travaux d'agrandissement de la galerie ont débuté en ce printemps 2009, pour une livraison prévue dans deux ans. La galerie doit être doublée vers le sud (+6.000m²) et remodelée pour plus d'unité dans la partie déjà existante.
Sud Rocade
Avant 2012, Rennes Métropole doit étudier les problèmes d'accès et de circulation de la zone et effectuer des travaux. À partir de 2013 seulement (dans la prochaine charte d'urbanisme) la zone se développera.
Longs Champs
Après l'agrandissement de l'Intermarché (passé en hyper) l'an dernier, le pôle a obtenu l'autorisation d'ouvrir deux grandes surfaces spécialisées sur 2.950m² au total.
Plus loin: Cap Malo
Le Retail Park et ses boutiques décoration et loisirs a ouvert ses portes le 22avril dernier, à côté d'Alinéa. Une autre grande enseigne sera parmi les dernières à investir Cap Malo: Terres et Eaux (spécialisée dans les loisirs de la pêche, chasse, équitation, nature...), sur 3.400m².
Parmi les pôles récents installés dans l'agglomération rennaise, celui du Village La Forme, à Betton, a encore du terrain à organiser. Auchan est sur le pied de guerre.
Le groupe Auchan (Famille Mulliez) essaie de se faire une place dans le paysage commercial rennais. Avec la création de son Village La Forme, à Betton, trois enseignes se sont déjà implantées (grandes surfaces spécialisées non-alimentaires, sur 22.643m² de plancher commercial): Décathlon, Leroy Merlin et Magasins Verts. Et cela au nord de la zone.
Implantation alimentaire impossible
Reste à aménager le sud du pôle. Le groupe Auchan, lui, voudrait bien y implanter un hypermarché alimentaire... Mais le Comité des Présidents refuse, «car, si on l'autorise, on est incapable de garantir la survie de supermarchés plus petits en deuxième et troisième couronnes, ce qui est impensable», assure Yannick Salmon, à la CCI de Rennes.
Un pôle de 70ha
Auchan, qui maîtrise foncièrement le pôle de Betton (70ha dont une coulée verte entre la partie nord et la partie sud de 25ha), va dans un premier temps installer une enseigne Oxygen. Au sud le groupe verrait bien d'autres de ses enseignes, tout en conservant un certain mystère sur ses objectifs... Un Auchan Drive, peut-être (plate-forme de vente où les clients viennent chercher les paquets qu'ils ont commandés sur internet)?
Un mystérieux hyper non-alimentaire?
Il pourrait en tout cas y avoir prochainement sur la seconde zac un hypermarché non-alimentaire de 10.000m², mais aussi une galerie marchande de 28 boutiques et cinq ou six grandes surfaces spécialisées (sur 11.650m²), ainsi qu'un pôle restauration et services de sept cellules. Du côté de la CCI, on craint toutefois un doublon d'enseignes déjà présentes sur d'autres pôles rennais. Affaire à suivre.
Les CDAC ayant remplacé les CDEC, les autorisations de créations commerciales auraient pu modifier le paysage rennais. Mais ce n'est pas pour tout de suite. Explications.
Depuis le 1erjanvier 2009, les CDAC (Commissions départementales d'aménagement commercial) ont pris la place des CDEC (Commissions départementales d'équipement commercial). Ce sont elles qui, désormais, autorisent la création, l'extension, le transfert et le changement d'activités de commerces ou d'ensembles commerciaux de plus de 1.000m². Un changement qui aurait pu chambouler le commerce à Rennes, et le parti pris de donner force au centre-ville.
Anticipation dans le Scot
«Or, nous avions anticipé, précise Yannick Salmon, en portant la charte d'urbanisme commercial à l'intérieur même du Scot (Schéma de cohérence territoriale). Les permis de construire ne sont donc délivrés que lorsqu'ils sont compatibles avec le document d'orientation». Résultat, l'agrandissement de certains pôles est soumis aux décisions du Scot... «Par exemple, à Chantepie, la requalification du site ne pourra avoir lieu que sous réserve que des travaux d'accès soient réalisés. C'est le même raisonnement pour la zone Rive Ouest, à Pacé. Des travaux ont été nécessaires pour l'arrivée d'Ikéa. Une autre étude des flux, pendant les mois qui suivent l'ouverture du magasin, est actuellement menée. Elle va conditionner le développement futur de la zone».
Plus de critères économiques
Depuis la mise en place des CDAC, les critères économiques pour la viabilité d'un projet ne sont plus la principale donnée d'un dossier. «Les critères sont plus d'ordre architectural, déplore Yannick Salmon. Mais faire de l'aménagement du territoire en faisant abstraction de l'économique devient difficile... Il faut donc faire appel au bon sens des appels à projets!».
Pour conserver son statut d'exception, le centre-ville de Rennes joue aussi sur les aménagements et les modernisations.
Le centre-ville est, à Rennes, une exception par rapport aux autres centres de grandes villes similaires à la capitale bretonne. «Il est en effet le premier pôle commercial de l'agglomération», indique Yannick Salmon, responsable du service urbanisme commercial à la CCI de Rennes. Il réalise environ 470M€ de chiffre d'affaires (2006).
Quelques locomotives efficaces
Après la création de la Visitation, au nord, le rééquilibrage est effectif sur les deux quartiers opposés du centre-ville. Face au succès des locomotives de la Visitation (Saturn et H & M), Colombia garde toutefois une bonne fréquentation. Mais le centre ne va pas s'endormir sur ses lauriers. «Une unité commerciale doit être réalisée entre le Colombia et les Trois-Soleils, annonce Yannick Salmon. Cette synergie doit permettre de redonner un peu vie à l'espace situé entre les deux galeries». Le foncière Redevco redéfinit actuellement le projet.
Fnac: enfin un début de travaux en 2010!
Parallèlement, les travaux concernant la nouvelle Fnac devraient enfin débuter en 2010... Rappelons que l'objectif d'agrandissement de ce magasin culturel (3.100m²) doit lui permettre d'avoir un accès extérieur par la dalle du Colombier, et surtout d'augmenter son volume (par l'annexion des locaux de Sephora notamment).
- Nombre de pôles commerciaux : 12 (le centre-ville étant compté comme un seul pôle), dont 3 pôles d'influence départementale (zone de chalandise supérieure à 600.000 habitants), 4 pôles d'influence élargie (zone de chalandise entre 250.000 et 500.000 habitants), et 5 pôles d'agglomération généralistes ou spécifiques structurés par un hypermarché et une galerie. - CA estimatif généré par les pôles (2006) : 1,727 millards d'euros (Source : Observatoire du Commerce CCI)
JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 1 mai 2009

