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vendredi 12 mars 2010

Fait du mois

JDE Edition Ille-et-Vilaine 35

Mobilité décarbonée. La Bretagne veut sa part!

ajouté le 5 février 2010  - 

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En Bretagne, quand on pense véhicule vert ou électrique, on se tourne bien évidemment vers la Bluecar, de Vincent Bolloré. Mais la mobilité décarbonée, cela va au-delà de ce pari industriel. (Photo. Christian Daumerie)

D'ici à dix ans, 15 à 20% des véhicules neufs seront électriques. Sans pour autant tourner le dos au thermique - qui soutient son économie depuis près de cinquante ans - la Bretagne ne veut pas rater ce virage. En accueillant en décembre dernier le délégué interministériel en charge du déploiement des infrastructures de recharge - son premier déplacement en province - la région a marqué des points. Son plan de bataille se résume en trois axes: assemblage, recharge, mobilité. Le Plan véhicule vert breton est en marche!

Philippe Créhange

C'est une journée de réflexion, à la veille de Noël, qui est passée quasiment inaperçue. Et pourtant, ce lundi 21décembre 2009 est à marquer d'une pierre blanche pour la Région Bretagne. Ou plutôt verte. Ce jour-là, au conseil régional avenue Patton, se réunissait presque en catimini à l'invitation de l'Agence économique de Bretagne (AEB) une petite centaine de personnes. Des représentants de collectivités, d'industriels, des TIC, du monde consulaire... Tous réunis pour bâtir les fondations du ?Plan véhicule vert breton ?.

Capter un nouveau marché ou gérer la décroissance
Petit événement dans l'événement, Jean-Louis Legrand, représentant du ministère Borloo était là. Le premier déplacement en province pour le coordinateur interministériel en charge de la Stratégie nationale de déploiement des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques et hybrides. Face à un marché du véhicule électrique qui représentera à l'horizon 2020 15 à 20% de parts de marchés du neuf, la Bretagne veut se positionner. Sur l'assemblage des véhicules, bien sûr. Avec ses constructeurs et équipementiers, elle en a toute la légitimité. Mais aussi sur tout ce qui en découle. Les infrastructures de recharge (lire page suivante), les activités de services liées aux nouvelles formes de mobilité, les aménagements des villes, des zones périurbaines, peut-être même des zones rurales, liste François-Nicolas Sourdat, directeur de l'Agence économique de Bretagne. Avec un marché du véhicule thermique qui va peu à peu s'amenuiser, la problématique se pose finalement simplement: «soit on arrive à capter le marché du véhicule électrique et dans ce cas, on s'inscrit dans une vraie dynamique. Soit on n'y arrive pas et alors, on gère la décroissance», résume François-Nicolas Sourdat. Pour les spécialistes de la question, les marchés du véhicule électrique seront d'abord locaux. Mais pour que les constructeurs, et les équipementiers, restent ou s'installent en Bretagne, cette dernière doit être attractive sur le plan de ce qu'on appelle désormais la mobilité décarbonée. «Comment fait-on en centre-ville pour utiliser moins de véhicules? Comment crée-t-on l'intermodalité? Comment organise-t-on une mobilité où les gens gardent une autonomie dans le souci d'émettre le moins de carbone possible?» Voilà les questions auxquelles la Bretagne doit répondre, explique Jean-Luc Hannequin, directeur délégué Stratégie et innovation à la CCI Rennes Bretagne.

L'exemple de Renault España
«Si la Bretagne est une terre d'expérimentation, ça peut intéresser des acteurs industriels dans tous les domaines quels qu'ils soient», ajoute Hervé Daniel, directeur de l'agence pour l'innovation Creativ. Et de citer l'exemple de l'Andalousie où Renault España a signé une lettre d'intention avec la Région pour s'engager à développer le véhicule électrique. Créer une culture de l'hybride et de l'électrique auprès de tous les Bretons, pour ensuite attirer les acteurs industriels, c'est le pari que veut faire la Bretagne. «Pas un pari, une hypothèse de travail», corrige Jean-Luc Hannequin. «À son niveau, la réunion du 21décembre, c'était déjà une petite réussite pour nous, souligne François-Nicolas Sourdat. C'était le premier déplacement en province de Jean-Louis Legrand. C'est la preuve que le ministère a perçu la mobilisation bretonne.»

30 ou 40 initiatives d'ici à l'été
Pas question pour autant de tomber dans l'autosatisfecit. L'AEB sait que la Bretagne n'est pas la seule à se lancer dans la bataille. Tous les ?bassins automobiles? d'Europe entament le virage de la mobilité décarbonée. «C'est une course, avance le directeur de l'AEB. Et ceux qui seront les plus rapides rafleront la mise. On a quelques atouts pour ça. Si on arrive notamment à faire parler entre eux PSA, Bolloré, les acteurs des TIC, de la route intelligente, des matériaux...» Pour que la sauce prenne, Jean-Luc Hannequin prône l'allumage de mèches. «Des bornes de recharge chez les particuliers ou les PME, des renouvellements de flottes dans les entreprises. Dès cette année, Il faut faire foisonner les idées autour de l'emblème véhicule vert breton, liste le directeur délégué. D'ici à l'été, il faudrait 30 à 40 initiatives pour créer de nouveaux réflexes à haute valeur ajoutée qui se retrouvent dans le quotidien». «Mettons-nous en mouvement. Ayons les premiers cette expérience du changement d'échelle. Si on est vraiment bon, alors on saura être attractif!», conclut Jean-Luc Hannequin.

Le réseau rennais prêt à supporter 4.500 véhicules

«À l'horizon 2015, il n'y a pas de renforcement à prévoir sur le bassin rennais», estime Bernard Lorans directeur d'ERDF Bretagne et 35.

Selon des données macroéconomiques, l'AEB estime à 4.500 le nombre de véhicules électriques circulant dans la métropole rennaise en 2015. RTE, l'exploitant du réseau, s'y prépare.


Quand on parle véhicule électrique, on pense aussi câbles et transformateurs. ERDF, la filiale d'EDF exploitante du réseau, est donc forcément en première ligne du plan véhicule vert breton. «ERDF est intéressée à deux titres», confirme Bernard Lorans, directeur d'ERDF pour la Bretagne et l'Ille-et-Vilaine. «Les stations de recharge seront raccordées au domaine public de distribution, donc forcément par nous. Le gouvernement a par ailleurs chargé ERDF de la gestion de ces bornes.» La première et grande question est de savoir si le réseau actuel serait capable d'absorber une consommation énergétique nouvelle et de masse. Partant de données macroéconomiques, l'Agence économique de Bretagne estime à 4.500 le nombre de véhicules électriques prêts à circuler dans l'agglomération rennaise à l'horizon 2015. 4.500 voitures, ça signifie en gros 9.000 stations de recharge. Les trois quarts à recharge lente et le quart restant à recharge rapide.

13MW supplémentaires en 2015, 50 en 2020
Pour un tel volume, «c'est une puissance supplémentaire de 13MW», avance Bernard Lorans. Au regard de cette donnée, «on sait que le réseau rennais - en l'état - fera face», estime le directeur. Aujourd'hui, il est composé de sept postes d'injection appartenant à RTE en propre. «À l'horizon 2015, il n'y a donc pas de renforcement à prévoir sur le bassin rennais.» Ce qui ne sera peut-être pas le cas cinq ans plus tard. En 2020, compte tenu de la montée en puissance du parc de véhicules électriques, ce ne seront plus 13MW mais 50! «Il faudra alors voir s'il y a besoin d'anticiper certains renforcements», indique Bernard Lorans.

Marché fabuleux pour les PME

Hervé Daniel, directeur de Créativ, et Jean-Luc Hannequin, directeur délégué stratégie et innovation à la CCI de Rennes.

La sous-traitance en matière de bornes de recharge mais aussi l'assemblage de véhicules électriques. La Bretagne a bien des atouts à faire valoir.


On le voit (lire ci-contre), c'est ERDF qui se chargera de raccorder les stations et de la maintenance. Mais qui pour construire les 20millions de bornes de recharge attendues à l'horizon 2020? Des très gros comme Vinci, Veolia, Thales ou peut-être Legrand pourront répondre aux marchés publics, liste Hervé Daniel, directeur de Créativ (agence pour l'innovation à St-Grégoire). «Mais tous ces acteurs ne vont pas forcément fabriquer à l'intérieur de leurs usines, ils vont s'adresser à un réseau de sous-traitants.» C'est là que les entreprises bretonnes et d'Ille-et-Vilaine ont toutes leurs cartes à jouer. «Toutes les entreprises capables de faire de l'intégration sont concernées, poursuit Hervé Daniel. Des PME intermédiaires industrielles.» Comme DBT, dans le Pas-de-Calais (ci-dessous). Jean-Luc Hannequin, directeur délégué Stratégie et innovation à la CCI de Rennes, confirme. Mais il croit aussi beaucoup au potentiel breton en matière d'assemblage de véhicules.

Composites et TIC
«Je pense que l'assemblage se fera à proximité des marchés. Un véhicule électrique, vous allez sans doute le fabriquer là où vous allez le vendre. C'est à nous, en Bretagne, de faire la preuve qu'on en a besoin. Si on arrive à être exemplaire sur la mobilité, on arrivera à accueillir les acteurs sur notre territoire.» D'autant qu'en la matière, la Bretagne a déjà un formidable réseau d'équipementiers, et pas seulement automobile. «Nous avons les actifs automobiles. Et on peut s'appuyer en plus sur d'autres actifs qui ne sont pas utilisés aujourd'hui pour ce secteur comme les composites et les TIC.»

DBT, ou l'exemple nordiste à suivre

La Douasienne de Basse Tension (DBT), dans le Pas-de-Calais, a été fondée et est toujours dirigée par Hervé Borgoltz. Elle est spécialisée depuis son origine dans la fabrication de transformateurs EDF.

Implantée à Brebières dans le Pas-de-Calais, la société DBT croit depuis longtemps en l'avenir des bornes de rechargement pour véhicules électriques.


La volonté du gouvernement de porter à 2 millions le nombre de véhicules décarbonés dans les années à venir fait les affaires de cette PME née en 1990 avec comme métier exclusif la fabrication de transformateurs basse tension pour EDF. Sous l'impulsion d'Hervé Borgoltz, son président fondateur, l'entreprise a très tôt diversifié son activité, en s'investissant dans le développement des premiers véhicules électriques. Devant les difficultés de mise au point qui découragent les gros industriels, DBT ne baisse pas les bras et s'associe avec des collectivités, à commencer par Paris, pour développer un parc de bornes de rechargement pour véhicules électriques. Tout en poursuivant sa diversification (mise au point de bornes de distribution électrique et de contrôles d'accès), la société vient de passer un marché avec Strasbourg pour lui livrer 300 bornes de rechargement pour voitures, portant à plus de 4.500 les unités qu'elle a déjà mis en activité en France. Et le gouvernement en espère 400.000 d'ici à 2020. Une aubaine pour DBT, déjà leader européen dans ce secteur et dont le CA a été multiplié par deux en l'espace d'un an.

Effectif : 45 salariés ; CA : 11 M€ www.dbt.fr

Bertrand Tardiveau

Le véhicule électrique, c'est déjà une réalité

 Mobilité décarbonée.  La Bretagne veut sa part!

Ne nous y trompons pas. Le véhicule électrique, c'est déjà une réalité en Ille-et-Vilaine. Le Groupe La Poste a ainsi annoncé la livraison, pour ses facteurs, de 100 quads électriques d'ici à la fin du mois, dont 7 en Bretagne. Dans le département, l'un de ces véhicules Matra-Automobiles Ligier (photo) sera mis en circulation à Vitré. Autre exemple, déjà actif, le groupe de transports Deret, via sa filiale Deret Electric, a ouvert une agence à Cesson-Sévigné il y a quelques mois, dotée d'un camion électrique. Celui-ci réapprovisionne les clients du centre-ville en ?mode vert?, comme Sephora. Une tendance qui ne devrait que s'amplifier. «À l'avenir, les marchandises seront groupées à l'entrée des agglomérations et l'éclatement à l'intérieur des villes se fera à l'aide de véhicules électriques», prédit Pascal Peltier, directeur général de Sami Bretagne (distributeur Poids lourds Mercedes), à Cesson-Sévigné.

L'électromobilité, un champ immense pour les TIC

Constructeurs automobiles et équipementiers sont aux premières loges de la révolution qui s'annonce. Mais le secteur des TIC aura aussi sa part du gâteau. On le voit, depuis quelques années, l'électronique prend une part toujours plus importante dans nos véhicules. Ce n'est pourtant rien face aux enjeux liés à l'électromobilité. La mobilité tout court. Grâce aux nouvelles technologies, la communication entre les véhicules apporterait en effet de nombreux avantages pour réguler le trafic routier, ce qu'on appelle plus communément la ?route intelligente?. Et preuve que le sujet est déjà d'actualité, les pôles de compétitivté iD4CAR et Images & Réseaux organisent chez Orange Labs à Rennes, le 9 février, une journée consacrée aux enjeux croisés entre ces deux industries.

Réunion ouverte à tous (participation de 40 € par personne). Contacts tél. : 0.810.66.64.87. ou 02.23.21.00.50.

JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 5 février 2010

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