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JDE Edition Haute-Garonne 31

«La protection sociale ne peut être assise sur les seuls salaires»

ajouté le 2 décembre 2011  - 

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«La protection sociale ne peut être assise sur les seuls salaires»

Face à la crise financière, Jean-François Roubaud, le président de la CGPME, ne baisse pas la garde. Il demande l'activation du «pack anti-crise» et plaide pour un nouveau financement de la protection sociale.


Jean-François Roubaud, vous demandez la mise en place d'un pack anti-crise. De quoi s'agit-il?
L'inquiétude est grande chez les chefs d'entreprise et la crise financière impacte le dynamisme économique. Il faut donc relancer un «pack anti-crise» en réactivant tous les outils qui avaient été actionnés pour faire face aux difficultés économiques de 2008. Je souhaite que la mission de la médiation du crédit soit prolongée ou définitivement actée et qu'elle soit étendue à un rôle de conseil auprès des petites entreprises, qui ont souvent des difficultés à préparer leurs demandes de financement. Je souhaite également que le principe des réunions préfectorales, qui rassemblaient tous les quinze jours les acteurs économiques pour faire le point sur les difficultés, soit maintenu. Ces réunions ont été très utiles et ont permis à tous de mieux se connaître et dialoguer. De même, il est important de se tenir prêt, en cas de besoin, à redémarrer les mécanismes complémentaires aux assurances crédit. Enfin les organismes sociaux avaient accepté le principe d'échéanciers à la demande, il est sans doute temps de réactiver ce principe.
Souhaitez vous voir d'autres outils inclus dans ce «pack»?
Il faut réfléchir aux façons de faciliter le financement des TPE, qui portent souvent sur des montants très faibles, mais sensibles. Certaines entreprises peuvent être obligées de mettre la clé sous la porte car elles n'ont pas obtenu 5.000 ou 10.000euros. Ce que je souhaiterais donc, c'est que, pour des montants de crédit inférieurs à 25.000 €, on mette en place un dispositif assurantiel qui permettrait à la banque de ne pas prendre la totalité du risque du crédit. Cela répond à un problème de terrain: aujourd'hui un directeur d'agence bancaire ne peut pas prendre tous les risques. Il faut aussi penser à des mesures qui faciliteraient le chômage partiel dans les PME.
En marge de ce «pack», une de vos réclamations de fond porte sur l'optimisation du temps chef d'entreprise, aujourd'hui parasité par un contexte légal compliqué...
C'est une mesure que je réclame: il faut assurer aux entrepreneurs une stabilité juridique et fiscale. Entre2005 et2010, le code du travail est passé de 2.600 à 3.200 pages, soit une page toute neuve tous les trois jours! Comment voulez-vous que les chefs d'entreprise s'y retrouvent ? Cela prend un temps considérable ! Nous souhaiterions donc voir adopter un principe fort pendant la prochaine mandature: faire en sorte que tout nouveau texte soit gagé sur la disparition d'un autre. Je fais également une demande de simplification de l'accès des TPE aux marchés publics. Il faut que les complexités soient largement diminuées, que les petites entreprises n'aient à renseigner une fiche administrative qu'une fois dans l'année, et pas à chaque fois qu'elles se positionnent sur un marché. Tout cela permettra aux TPE et PME de grandir.
Cela sera-t-il suffisant pour rattraper le retard sur les entreprises allemandes?
Le modèle allemand, on ne peut malheureusement pas le dupliquer aujourd'hui. À coût égal de main-d'oeuvre, nous avons à peu près dix points d'écart sur les charges. C'est un vrai problème! Je rejoins les propositions de rééquilibrage faites en ce sens. Une partie de la protection sociale ne peut plus être assise sur les salaires, sinon, on ne s'en sortira pas. Changeons! Il faut réfléchir à une assiette du financement de la protection sociale assise non plus simplement sur les revenus du travail mais au-delà, et ce en contrepartie d'une baisse des charges. Cela passe par une augmentation de la TVA et de la CSG.
En France, on a semblé durant les deux dernières années privilégier l'émission de micro-activités, avec le statut d'auto-entrepreneur. Était-ce une bonne idée?
Nous ne sommes pas contre ce statut. Cependant, on ne peut pas rester auto-entrepreneur à vie. Il faudrait donc que le dispositif ne soit qu'un statut transitoire sur deux ou trois ans et ensuite il faudrait opter pour une forme d'entreprise classique. L'auto-entrepreneuriat doit rester une mesure d'incitation, d'autant plus que le chiffre d'affaires déclaré aujourd'hui par ses bénéficiaires reste faible. Je ne voudrais pas qu'une fois l'activité démarrée, on augmente le travail non déclaré. Il faut donc ramener une concurrence loyale par rapport à l'entreprise individuelle classique.
Quel bilan tirez-vous du quinquennat qui s'achève?
On avait jamais vu un quinquennat qui s'est traduit par autant de mesures économiques et sociales. La liste est longue : la disparition de l'impôt forfaitaire annuel pour les PME, la réforme de la taxe professionnelle, qui a quand même permis d'économiser six milliards d'euros auprès des PME essentiellement industrielles. Il y a eu aussi le fléchage de l'ISF vers les PME, qui a permis de ramener tous les ans plus d'un milliard d'euros, ou la réforme sur l'autonomie des universités. Tout n'a peut-être pas été mené comme on le souhaitait et il y a eu des choses négatives. Je pense là à l'intéressement où le forfait social est passé de 2 à 8%, à la pénalité senior ou au surcoût des cotisations Agefiph.
Pensez-vous que ce rythme pourra être maintenu à l'issue des prochaines élections?
Je souhaite que le mouvement continue et que l'économie soit toujours au centre des réformes. On voit d'ailleurs quand même que, pour la première fois, le Parti socialiste a un projet sur l'économie qu'il ne portait pas avant, avec notamment une proposition d'ajustement de l'impôt sur les sociétés sur le bénéfice réinvesti. Il faut voir comment chacun va affiner ses programmes.
Que pensez-vous des propositions qui visent à favoriser la syndicalisation des salariés, afin de rendre les syndicats plus représentatifs?
La syndicalisation, ça n'est pas quelque chose qui se décrète. Il faut que les salariés aient envie d'adhérer aux syndicats. On nous cite toujours en exemple les pays nordiques où 85 à 90% des salariés sont syndiqués. Mais il faut savoir pourquoi: là-bas, s'ils ne se syndiquent pas, ils n'ont pas le droit au chômage. Il faut donc faire attention aux exemples que l'on prend. Ceci dit, le dialogue syndicats/entreprises s'est quand même bien amélioré au fil des années. Il faut continuer dans ce chemin-là, dans la réflexion économique. C'est cela qui attirera les salariés. Mais la croissance ne sera pas exponentielle!

Propos recueillis par Sébastien Payonne

JDE | Édition Haute-Garonne 31 | 2 décembre 2011

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