Haute-Garonne

Rencontre

JDE Edition Haute-Garonne 31

Didier Suberbielle. Un esthète de marques

ajouté le 8 janvier 2010  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre, didier suberbielle, LVMH, Nutrition et Santé

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Didier Suberbielle, président du directoire de Nutrition et Santé, est motivé par les défis. Les choix qu'il a faits dans sa carrière reflètent bien ce goût du challenge (photo DR).

HEC, Procter & Gamble, LVMH et Condé Nast. Voici un condensé éloquent du parcours sans faute de Didier Suberbielle, président du directoire de Nutrition et Santé depuis 2006.

Marie Lepesant

À 47 ans, Didier Suberbielle peut s'enorgueillir d'une brillante carrière. Mais pour lui, elle semble le résultat d'une somme d'opportunités qu'il a saisies. «Il a su être là où l'on avait besoin de lui», confirme Christophe Barnoin, ancien camarade d'HEC. Et s'il a fréquenté des univers très différents (la grande distribution, le luxe, la presse), il ne faut pas y voir de l'inconstance. Au contraire, courtisé tout au long de son parcours, il a fait des choix précis guidés par de multiples passions et un goût du challenge.

L'école de la rigueur
Tout jeune, Didier Suberbielle voulait suivre les traces de son père, vétérinaire de campagne à Puylaurens, dans le Tarn. Mais, par curiosité, il a emprunté un tout autre chemin. Brillant élève au lycée Fermat à Toulouse, il a quitté sa région natale pour entrer à HEC Paris. Il a choisi le marketing, «moins aride que la finance». Son apprentissage se poursuit au sein du groupe Procter & Gamble. Il y fera ses armes pendant une dizaine d'années: d'abord, dans la branche Hygiène et Beauté en France puis en Espagne dans la branche Pharmacie. «J'y ai appris la rigueur et l'intégrité», note-t-il. Un «moule» dont il a su pourtant se détacher. «Il est fort pour assimiler un modèle, le défendre puis le dépasser en lui apportant un supplément d'âme, confirme Christophe Barnoin. Et sous son air policé, il est capable de faire preuve d'une grande liberté d'esprit». Le jeune Toulousain, Parisien d'adoption, n'hésite pas non plus à faire preuve d'un humour décalé tant envers lui-même qu'avec les autres. «Il réservait une table dans un restaurant sous le nom de James Bond», se souvient, amusé, Alain Crevet, actuellement P-dg de S.T. Dupont et ancien de chez Procter & Gamble.

Devenir créateur
En parallèle de son travail chez Procter & Gamble, Didier Suberbielle a envie de s'essayer à la création d'entreprise. C'est avec Christophe Barnoin qu'il décide de tenter l'aventure au début des années 90. En réalité, c'est à quatre, avec leurs frères respectifs, issus du monde de la pharmacie, qu'ils créent Parashop. L'idée était de créer un réseau de parapharmacies en France. «Si nous sommes tous deux nés en province de parents exerçant des professions libérales et diplômés HEC, nous n'avons pas du tout emprunté les mêmes voies, explique-t-il. Ainsi dans Parashop, j'ai amené la vision d'un dirigeant de PME tandis que Didier a apporté sa culture du marketing dans les grands groupes.» Le premier magasin Parashop ouvre en mai1993 à Orléans. Aujourd'hui, la chaîne compte plus de 70 parapharmacies en France et quatre en Italie. C'est une expérience dont Didier Suberbielle est fier. De plus, elle lui a apporté un regard nouveau sur l'entreprise. «Quand on a créé une société, on ne gère plus de la même façon. On fait plus attention aux détails et on est plus pragmatique», constate-t-il.

L'homme de la situation
En 1995, Didier Suberbielle quitte Procter & Gamble pour Moët et Chandon (LVMH). Il troque les produits de beauté pour le champagne. La transition peut paraître abrupte. «Si ce sont effectivement des univers différents, la problématique est la même: donner une vision et gérer des hommes. Il est nécessaire bien sûr d'avoir des notions d'économie pour limiter les dépenses et générer des recettes», explique-t-il. Il rejoint ce monde pétillant alors qu'il vit des heures difficiles. Pendant les cinq années passées chez Moët et Chandon, il s'attache donc à réduire les dépenses. Il prend ensuite la direction des Champagnes Pommery, dont il cède la marque en 2002 au groupe belge Vranken. Mais déjà un autre défi l'attend: redresser la filiale française des publications Condé Nast (Vogue, AD). Ces quatre années de «pur plaisir» seront marquées par le lancement du magazine Glamour en France. «Même s'il était étranger au monde de la presse, il a tout de suite compris les enjeux de ce lancement et le positionnement de Glamour», se rappelle Marie Lannelongue, rédactrice en chef de Glamour. «Nous avons été parmi les premiers à opter pour le petit format et le premier à faire de la publicité à la télévision. En 20 ans, aucun magazine féminin n'a connu le succès de Glamour», se réjouit encore Didier Suberbielle. L'aventure au sein des publications Condé Nast prend fin en 2006 quand il se voit proposer un nouveau challenge. Le dirigeant et fondateur de Nutrition et Santé, basée à Revel, Alain Chatillon, qu'il connaît, cherche un successeur. Une opportunité à la fois de retrouver ses racines et de s'impliquer dans un business qui a le vent en poupe: la diététique et le bio.

Une gamme de produits lancés au Japon en avril2010


Comment se portait Nutrition et Santé avant son rachat en janvier dernier par le groupe japonais Otsuka Pharmaceutical?
Depuis trois ans, la société connaît une croissance à deux chiffres. Ce succès repose sur trois piliers: l'innovation, la communication et notre outil industriel. Chaque année, nous lançons une centaine de produits. La dernière marque en date: Céréal Bio. Nous avons aussi doublé nos dépenses en terme de communication. Nos produits sont élaborés avec des ingrédients naturels, nous n'insistions pas assez sur ce point avant. Enfin, nous avons consenti d'importants investissements, à hauteur de 20M€ en trois ans, pour optimiser notre outil industriel.

Qu'en est-il de la croissance externe ?
En 2008, nous avons racheté deux marques: Orzo Bimbo en Italie et Bimanan en Espagne. La même année, nous avons acquis la société Céréalpes, qui produit des galettes fraîches de céréales bio (cf. Journal des Entreprises de mars2008). Enfin, nous avons acheté récemment la marque Weight Care, numéro un du marché de la nutrition minceur aux Pays-Bas, à la société GLN Voeding (groupe Prinsen). Cette dernière acquisition nous permet de renforcer notre présence sur ce marché et de devenir le leader de la nutrition minceur aux Pays-Bas.

Que vous apporte l'arrivée au capital du groupe Otsuka Phamaceutical ?
Nous passons d'une vision de court à long terme. En effet, auparavant géré en LBO, Nutrition et Santé fait désormais partie d'un groupe familial. Ce rachat nous ouvre donc des perspectives de développement très intéressantes. Otsuka Pharmaceutical étant numéro1 en Asie et aux États-Unis dans les compléments alimentaires, nous pourrons y développer nos marques. En avril, une sélection de nos marques va être testée dans une centaine de magasins au Japon. Si ça fonctionne, nous pourrions en 2011 augmenter la capacité de notre outil industriel.

Un choc des cultures ?
S'il est vrai que nos cultures sont très différentes, nous sommes deux groupes industriels attachés aux racines territoriales. Pour bien intégrer ces deux façons de voir et de travailler, une personne de chez Otsuka Pharmaceutical a rejoint nos équipes qui ont d'ailleurs accueilli favorablement ce rachat.

En France et en Europe, quels sont vos projets?
Nous souhaitons conquérir les marchés de l'Europe de l'Est et pour ce faire, nous sommes en veille active tant pour des projets de croissance externe qu'interne. Quant à l'aspect produits, nous voulons étendre la gamme Céréal Bio. Nous avons déjà sorti il y a quelques mois des biscuits pour les enfants. Par ailleurs, nous avons prévu de développer la gamme Gerblé sans gluten. Actuellement, nous avons une quinzaine de références et nous aimerions doubler ce chiffre. Enfin, si nous sommes présents dans trois circuits de distribution (70% dans la GMS, 15% pour les pharmacies et les magasins bio, ndlr), nous avons encore des parts de marché à gagner en France.

Parcours


1962
Naissance à Toulouse
1984
Études à HEC, à Paris
1990
Cofondateur de Parashop, chaîne de parapharmacies
1985-1994
Directeur marketing chez Procter & Gamble: d'abord en France pour la branche Health & Beauty Care puis en Espagne dans la branche Pharmacie
1995-2000
Directeur marketing international puis directeur commercial international de Moët et Chandon (LVMH)
2000-2002
P-dg des Champagnes Pommery (LVMH)
2002-2006
P-dg des publications Condé Nast
Depuis février2006
Président du directoire de Nutrition et Santé
2009
Vice-président du Syndicat de la diététique et des compléments alimentaires et président du secteur diététique minceur

Il aime : Sa famille, courir le long du canal, la bande dessinée, les spaghettis au pesto (bio) Il n'aime pas : La démagogie, le mensonge, les pesticides

JDE | Édition Haute-Garonne 31 | 8 janvier 2010

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