


Rencontre
ajouté le 4 septembre 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, Brittany Ferries, Martine Nicolas Jourdren, Sea France
Martine Jourdren préside Brittany Ferries depuis trois mois. Entrée comme chef comptable, à 22 ans, au sein de ce qui deviendra la première compagnie maritime française, cette femme de caractère est désormais en première ligne sur le dossier de reprise de Sea France.
Armelle Gegaden
Elle en connaît tous les rouages et tutoie la plupart des salariés. La Brittany Ferries, c'est toute sa vie ou presque. Entrée comme chef comptable à 22 ans, Martine Jourdren, cofondatrice de la première compagnie maritime française, la dirige depuis trois mois. Elle fut longtemps le bras droit d'Alexis Gourvennec, fondateur de cette société atypique détenue à 65% par des agriculteurs bretons. Elle se souvient des premiers pas. Le siège social était à Quimper. «On faisait beaucoup de chèques mais on n'encaissait pas beaucoup d'argent!» Une aventure pour cette diplômée de l'IUT de Nancy en économie et comptabilité et qui était arrivée de l'Est de la France en Deux-Chevaux. Alexis Gourvennec avait déjà fait la Une des journaux. L'été, Martine Jourdren passait trois semaines chez ses grands-parents à Taulé. Son père, gendarme, s'était établi dans la Meuse. «J'avais envie de revenir au pays», se souvient celle qui enseignait alors dans un lycée technique.
La jeune garde d'Alexis Gourvennec
Fin 2006, Alexis Gourvennec est mourant. Il organise sa « succession» en créant un directoire et choisit sa garde rapprochée : David Longden, Martine Jourdren et Jean-Michel Giguet à la présidence. Ce dernier a été directeur de Serestel, la filiale d'hôtellerie et de restauration de Brittany Ferries où il est entré en 1989 après avoir dirigé une chaîne d'hôtels au sein du groupe Pullman. Il dirige Brittany Ferries depuis le départ de Michel Maraval en juillet 2005, un ancien architecte naval poussé vers la sortie par Alexis Gourvennec sur fond de désaccord stratégique. Jean-Michel Giguet est un fidèle. Martine Jourdren est respectée pour sa rigueur et sa grosse capacité de travail. Le 19 février 2007, Alexis Gourvennec décède. Jean-Marc Roué, exploitant agricole à Plougoulm entré au conseil d'administration de BAI en 2000, est nommé président du conseil de surveillance. Mais ses relations avec le président du directoire, Jean-Michel Giguet, se détériorent. Au printemps 2009, ce dernier quitte le navire Brittany Ferries. Le directoire est totalement remodelé. Proche de la soixantaine, David Longden le quitte. Christophe Mathieu, un quadragénaire diplômé, est nommé directeur du pôle «stratégie et commercial» et Jacques Prigent du pôle «armement et opérations portuaires». Ils entourent Martine Joudren qui à 57 ans, accède à la présidence du directoire, en d'autres termes à la direction générale d'un groupe de 2.470employés en passe de reprendre 70% du concurrent Sea France à la SNCF.
Une exigeante
Devenir dirigeante, qui plus est, dans les univers masculins du transport et de l'agroalimentaire, n'est pas chose aisée. «Il faut faire ses preuves. Vous n'avez pas le droit à l'erreur», admet-elle. Martine Jourdren est une bosseuse, une exigeante. Des traits de caractère qui lui valaient l'admiration d'Alexis Gourvennec. «Son parcours est celui d'une femme exemplaire. Cette nomination est le fruit de beaucoup de travail et de ténacité», estime l'une de ces anciennes collaboratrices, Anne Le Bour, responsable de la communication de Brittany Ferries entre1991 et 2002. Certains jugent pourtant que la compagnie maritime avait besoin de sang neuf. «Ils ne vivront pas en faisant la dînette entre eux», juge un ancien cadre pour qui cette entreprise, soumise à la chute de la livre, la concurrence accrue du transport aérien et maritime, aurait gagné à recruter un directeur général extérieur, au sens politique aigu et à l'envergure nationale. L'avenir dira si Martine Jourdren en a l'étoffe.
Entre 2007 et 2008, le résultat net est passé de 37 à 4,5 M€. Comment expliquez-vous cette chute conséquente?
En 2007, nous avions réalisé un résultat historique. D'habitude, il oscille entre 10 et 20 M€. Mais la crise est passée par là. Les subprimes ont touché l'Angleterre puis la livre s'est dégradée. Or, 80% de notre chiffre d'affaires est réalisé en livre sterling. L'augmentation du prix du pétrole a aussi beaucoup joué. Elle se fera moins sentir cette année. En revanche, la diminution du fret et celle de la livre sterling devraient davantage jouer. Enfin, il ne faut pas oublier de dire que notre résultat de 4M€ positifs reste tout à fait honorable par rapport à d'autres compagnies. Comme tout le monde, Brittany Ferries est touchée par la crise. Mais elle a une bonne assise financière.
Quelles difficultés rencontrez-vous dans le fret ?
Actuellement, le trafic qui souffre le plus, c'est le trafic français. La situation est liée à la baisse de l'activité économique britannique. Et puis, avec la chute de la livre sterling et donc des coûts privilégiés à l'export, les transporteurs britanniques sont plus compétitifs que les Français. Le marché fret britannique, qui était à la traîne, se retrouve maintenant en progression.
En mars, vous avez déposé une offre de rachat majoritaire de Sea France (75% d'une holding au capital de 40M€). Qu'en attendez-vous ?
Les synergies entre les deux compagnies sont évidentes. Il y a complémentarité. Le fret ne représente que 25% de notre activité. Chez Sea France, c'est plus de 65%. Nous, nous savons charger pour aller en Angleterre. Mais les retours posent problème. Car bien souvent le chargeur fait son retour par le détroit. Donc, grâce à cette opération, nous pourrions proposer à nos clients de passer par Sea France. On aurait ainsi davantage de possibilités à leur offrir. Cela permettrait de linéariser notre chiffre d'affaires. Par ailleurs, Brittany Ferries est le 1er tour-opérateur de séjours maritimes en France. Sea France a peu développé ce créneau et nous pourrions donc leur apporter cette expérience.
Vous allez peut-être vous retrouver à la tête d'un groupe de plus de 4.000 personnes.
Sea France, c'est près de 2.000 personnes. Ce n'est pas neutre pour Brittany Ferries. Mais on n'exposera pas la compagnie (NDLR: la direction de Sea France a annoncé cet été une trésorerie négative de 24M€ et une perte de 100 K€ par jour au premier semestre 2009). Il y a des discussions de part et d'autre. En termes d'investissement, c'est quand même assez lourd. Ce n'est pas simple pour nous. Il y a ce volet social à régler. Il faut bien peser les choses avant de faire quoi que ce soit.
Allez-vous commander un navire à STX Saint-Nazaire?
Toutes les déclarations que vous avez pu lire sont liées à la crise et au fait que STX Saint-Nazaire est touchée. Brittany Ferries a son propre bureau études et projets. Comme il n'y a pas de navire en construction, celui-ci planche sur le futur navire. À ce titre, les chantiers de Saint-Nazaire ont été interrogés mais également STX en Finlande. Il n'y a pas de commande ferme. D'ailleurs on ne commanderait pas à n'importe quel prix. Nous sommes en capacité d'attendre le redémarrage du marché. Car si vous achetez des navires à 180M€, il faut pouvoir les remplir. Actuellement, le marché n'est pas au niveau de la commande d'un navire à ces tarifs-là.
*Selon La Tribune, la SNCF envisage d'injecter 70M€ dans Sea France en échange de ce plan de redressement.Mais à l'heure où nous bouclions ces lignes, la CFDT rejetait la date butoir de négociation, du 30septembre, proposée par la direction.
28 septembre 1951
Naissance à Taulé
2 janvier 1973
Première traversée d'un bateau de Brittany Ferries
1971-1972
Professeur d'économie à Nancy
Août 1973
Entre chez Brittany Ferries comme chef comptable
2000
Promue directeur financier suite au départ de Maurice Chollet
2005-2006
Nommée directeur général adjoint du groupe Brittany Ferries.
2007 à 2009
Un directoire est créé. Martine Jourdren, DG adjont, l'intègre, au côté de Jean-Michel Giguet et de David Longden. Jean-Marc Roué accède à la vice-présidence du conseil de surveillance
Le 19février 2007
Décès d'Alexis Gourvennec
Juin 2009
Jean-Michel Giguet quitte la société. Martine Jourdren prend la présidence du directoire
JDE | Édition Finistère 29 | 4 septembre 2009

