

L'Enquête
ajouté le 1 mai 2009 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, tramway brest, commerçants, inquiétudes, bmo
L'enquête publique sur le tramway de Brest s'est achevée le 17avril dernier. Pour les commerçants, la procédure ne sert qu'à la validation du projet. Tout est déjà joué même si la déclaration d'utilité publique ne doit intervenir que cet été. Leurs craintes ne reposent pas sur l'après-tram mais sur la période des travaux, d'ordinaire très difficile à vivre et synonyme de baisse de recettes. Ils estiment que les réponses manquent. Tour d'horizon de sujets qui fâchent et de solutions envisagées par la collectivité pour y remédier.
Thomas Giraudet et Armelle Gegaden
Le 17avril dernier, s'est achevée l'enquête publique sur le tramway de Brest. Place désormais aux conclusions des commissaires puis à la publication de la déclaration d'utilité publique, sauf avis contraire, ce qui serait un grand étonnement. Les premiers travaux du réseau débutent en juin prochain et l'inauguration du premier tram brestois est programmée mi-2012. Partisans ou opposants du tram s'accordent d'ailleurs sur un point: tout semble se dérouler comme si le projet était déjà validé. La CCI n'a d'ailleurs pas jugé bon de participer à l'enquête publique. «Cela aurait été illisible alors que l'on a signé une charte d'objectifs avec BMO et la chambre des métiers», justifie Jacques Kühn. L'institution a quand même obtenu le report du versement transport (70% de contribution du budget de fonctionnement du réseau de transports urbains) à son taux maximal en 2007 puis 2010 (1,8%).
Préparer la baisse d'activité Selon la charte d'objectifs, 55% de l'offre commerciale brestoise, soit 1.900 entreprises situées dans une bande de 200 mètres de part et d'autre des 14,3km de la ligne, sera concernée par le chantier tramway, dont 860 sont directement situées sur l'axe. Pourtant, les multiples rencontres initiées depuis deux ans avec Brest Métropole Océane n'ont pas dissipé les craintes des représentants des commerçants. «Je dois bien avouer qu'il y a eu des avancées mais il reste des soucis», note Michel Calonnec, vice-président de la CCI en charge du commerce. L'embellissement de la ville, les commerçants y croient. Ce sont les deux années de travaux qui leur posent problèmes. Dans les quinze villes où un tram a été installé entre1985 et2008, la plupart des études d'impact concluent à une baisse d'activité et des pertes de marges chez les professionnels proches du chantier. À Bordeaux, en 2002, pendant les travaux, 62% des établissements riverains ont ainsi enregistré une diminution des revenus, assortie pour certains, d'une baisse de clientèle liée à une accessibilité difficile et des problèmes de livraison. À Lyon, en 2007, six ans après la fin des travaux des deux premières lignes, une enquête de l'agence d'urbanisme révélait une tendance forte à la stabilité de la fréquentation et du CA. Les commerçants brestois s'en contenteraient-ils? Le 11mai prochain, Per-Iann Fournier va prendre son bâton de pèlerin. Le président des Vitrines de Brest, l'association des commerçants de Brest centre (300 adhérents, 1.000 espérés après l'été), rencontrera François Cuillandre. «À ce jour, on n'a pas d'éléments pour aborder sereinement ces travaux. Brest ne pourra faire l'économie de prévoir des nouveaux stationnements même provisoires.»
Rien n'est moins sûr.
S'il redonne un visage neuf au centre-ville, le tramway engendre une baisse de chiffre d'affaires pour les commerçants pendant les travaux. L'espoir réside dans l'après.
Nantes, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Montpellier... Ces vingt dernières années, elles se sont toutes équipées d'un tramway. Effet de mode diront certains, requalification urbaine et décongestion du centre-ville diront d'autres. Politique d'image aussi pour les villes moyennes qui progressivement ont rejoint le club des grandes agglomérations pourvues d'un tramway. La nouvelle génération? Dijon, LeHavre, Brest, Reims, Angers, Tours et peut-être même Besançon. «Ces agglomérations de taille moyenne se sont inspirédes grandes. Un projet de tramway, c'est aussi un mode de requalification urbaine. Cela donne une nouvelle structuration au territoire et permet un report modal vers le transport collectif», plaide Julien Allaire, responsable du pôle économique du Gart (groupement des autorités responsables de transports).
Conflits entre bailleurs et locataires
Et pourtant, des inquiétudes se sont exprimées dans chacune de ces villes. Des baisses de chiffres d'affaires ont été enregistrées et l'effet tramway peut mettre du temps à se faire sentir. À Clermont-Ferrand, ils ont duré trois ans, de 2003 à 2006. «Pendant les travaux, cela a été très dur pour les commerçants», se souvient Mélissa Degiorgi conseillère au service commerce à la CCI de Clermont-Ferrand. Deux grands chantiers ont été menés en parallèle, "lapiétonnisation de la place centrale" puis le chantier de tramway à proprement parler. La commission d'indemnisation a versé 2millions d'euros pour la perte de marge. Mais pour retrouver leur résultat antérieur, les commerçants ont mis «un an et demi.» Le tramway a aussi eu un autre effet. Des conflits entre bailleurs et locataires sont apparus sur le déplafonnement des loyers commerciaux en raison de la modification des facteurs locaux de commercialité. «Pourtant le tramway n'a pas conduit à une explosion des chiffres d'affaires», avoue Mélissa Degiorgi.
Requalification de l'espace urbain
Revers de la médaille, le centre-ville a totalement changé de visage. «Aujourd'hui, on proposerait aux commerçants de leur retirer le tram, ils ne seraient pas d'accord!». AuMans, le tramway mis en service en 2008, a lui aussi permis une requalification de l'espace urbain. «Les travaux perturbent pas mal la vie d'une ville. Mais après quel bonheur. Les travaux l'ont embellie», se souvient Jean-Jacques Léon, directeur de 1992 à 2008 de la Setram duMans. Il dirige depuis quelques mois la compagnie maritime Penn Ar Bed à Brest. Dans le sillage de la ligne de tramway mancelle, sur une bande de 400 mètres de part et d'autre, ont fleuri de nombreux projets immobiliers.
Si les commerçants émettent peu de doutes sur l'après-tram, ils s'inquiètent des travaux et des conséquences sur leur chiffre d'affaires. En terme d'indemnisation Georges Nehmé, de la crêperie La Fermette, «ne croit pas au Père Noël.»
Installée depuis quinze ans au 245 rue Jean-Jaurès, La Fermette peut servir jusqu'à 40 couverts midi et soir, 7 jours sur 7. La crêperie réalise 50% de son chiffre d'affaires avec une clientèle de passage. Autant dire que le tronçon prévu sur l'axe principal de la cité du Ponant fait grincer des dents son patron, Georges Nehmé. «On sait que la période des travaux va être dramatique. Avec la rue Yves Collet, les gens ont déjà eu un échantillon de ce qui les attend.» C'est quasi un rituel. Quand les coups de pioches et bulldozers envahissent les rues des villes, les commerçants crient au loup. Gêne pour leurs livraisons, difficulté d'accès, manque de visibilité, chute de la fréquentation et diminution du chiffre d'affaires, la chaîne de catastrophes est limpide. Pourtant, tout n'est pas toujours aussi simple. Certains profitent même de ces périodes, récupérant au passage des clients. Et là, les commerçants sont moins nombreux à se faire entendre. «Si je travaille mieux, je ne me plaindrais pas», concède Georges Nehmé. Avant de poursuivre une autre argumentation: «Mais je n'y crois pas. Quand on a demandé comment cela c'était passé dans d'autres villes, on n'a pas eu de réponses. C'est le flou. Pour l'indemnisation d'un préjudice, il faut attendre trois mois pour évaluer l'incidence sur le chiffre d'affaires, photos à l'appui. Je ne crois pas au Père Noël!»
«J'ai imaginé fermer pendant deux ans»
Restauration, habillement, informatique, décoration, indépendants, franchisés, groupe national, les problématiques ne sont pas les mêmes, les trésoreries et les stratégies financières n'ont plus. Avec l'arrivée du tram, les fonds de commerce vont être réévalués. Tout l'intérêt est donc de passer le cap. «Des gens de la CCI m'ont dit que les charges seraient reportées et que l'on serait aidé pour s'endetter afin de passer le cap des trois ans. Encore faut-il tenir... Je ne ferais rien avant de faire valoir tous mes droits. Mais oui, j'ai déjà imaginé fermer pendant deux ans si j'ai une autre solution à côté.»
La SemTram, société d'économie mixte du tram, a pris exemple sur Angers pour mettre en place son dispositif d'information de proximité. Six médiateurs auront notamment pour tâche d'aller à la rencontre des commerçants.
Les travaux de réseaux doivent normalement commencer mi-juin. En terme de gêne, rien de comparable avec le gros oeuvre qui nécessitera de couper certaines rues. À ce jour, les opérations de déviation des réseaux n'altéreront pas la circulation. «On mélange un peu tout. Ces travaux ne sont pas directement liés au tram mais à l'âge des réseaux, précise Alain Masson, premier vice-président de BMO. Le stationnement sera maintenu aussi longtemps que possible.» Prenant modèle sur Angers, en pleine construction de la ligne de tramway (livraison en 2011), Brest va mettre en place, à partir de juin, un dispositif d'information de proximité. Il sera maintenu pendant les 24 mois de chantier. Celui-ci repose sur l'arrivée de six médiateurs (mis à disposition par BMO), chargés de répondre aux problèmes soulevés par la population. Deux personnes seront basées dans l'espace tram, rue de Siam, et quatre autres sillonneront la cité du Ponant. «Le but est de répondre à tout type de demande qui concerne l'espace public. Les médiateurs seront là pour aider les commerçants pour les livraisons, vérifier la signalétique ou encore le maintien des accès dans les rues», explique-t-on à la SemTram.
Dispositif d'animation commerciale
Mi-mai, les marchés publics liés à la communication du tramway seront attribués. Le but: continuer d'informer. Vis-à-vis des commerçants, les inclure en amont dans le processus de décision les rassure, permet d'anticiper les problèmes et remonter les questions. Trois lots sont concernéspar la procédure d'appel d'offres: la communication et la signalétique, l'édition et l'animation commerciale. Ce dernier marché a trait aux opérations de promotions pour stimuler le commerce brestois pendant la période des travaux et maintenir la fréquentation. Ou du moins éviter une érosion trop importante.
Alain Masson est le premier vice-président de BMO. Il s'exprime sur les interrogations des commerçants.
La principale inquiétude provien
t du stationnement pendant les travaux et notamment sur le bas de Siam. Certains déplorent que rien ne soit pour l'instant prévu en contrepartie. Avez-vous envisagé des solutions?
La CCI a fait des remarques sur cette zone et nous les avons suivies. Je trouve juste regrettable qu'une association du bas de Siam vienne tout juste de découvrir qu'il y aurait un tram à Brest... Avant fin janvier, personne ne s'était montré inquiet. On préservera le stationnement au maximum. Sur le secteur du Château, on peut gagner des places. On sait que la phase des travaux est difficile. Mais un constat s'impose: partout où le tram a vu le jour, les commerçants ne sortent pas perdants.
Une commission d'indemnisation amiable doit être mise en place pour les éventuelles pertes financières. Quels en sont les principes?
Le document est entre les mains du président de la commission. Il devrait être signé dans les semaines à venir. Nous avons souhaité ne pas mettre de règles strictes, pour ne pas trop réglementer l'accès. La commission sera là pour faire des propositions d'indemnisation après une première validation du préjudice suivant les incidences sur le chiffre d'affaires. Mais il est évident qu'un commerçant loin du chantier aura du mal à voir son dossier accepté.
Avez-vous défini une enveloppe pour cette commission?
Non. C'est de l'argent public et le montant est très variable selon les villes où le tram s'est implanté. Ça va de «très peu» à Angers «à beaucoup plus» à Nice où le chantier a été très long. (N.D.L.R.: On évoque 10M€ à Nice et 7,67M€ à Bordeaux).
14,3km. C'est le nombre de kilomètres de la ligne allant du Technopôle à Plouzané jusqu'aux zones de Kergaradec et du Froutven. 27 stations sont prévues. 298M€. C'est le coût global estimé du projet. 120M€. C'est le montant de l'appel d'offres commun avec Dijon pour 52 rames de tramway.Une première en France. Cinq constructeurs sont en lice. Pour les seules 20 rames brestoises, le budget initial était de 55M€. Le but est de faire jouer la concurrence et de réduire les coûts. La Sem du TCSP de Brest est coordinatrice du groupement et chargée de sélectionner l'industriel. Le mois de mai coïncide avec la phase de négociation. La réponse devrait intervenir en septembre2009. 320 à 660. C'est le nombre d'emplois directs (ETP), qui seront générés par an, selon l'Adeupa. Entre juillet2009 et avril2012, 2,1millions d'heures seront également nécessaires à la réalisation du seul tramway. Réunies autour de l'agence de travail temporaire Temporis, une soixantaine d'entreprises de Brest vont éditer un document afin de promouvoir leurs compétences auprès des constructeurs du tramway. 2012. C'est la date de mise en service espérée du tramway.
02.98.80.99.00; www.letram-brest.fr - Unions commerciales : Les Vitrines de Brest Centre (02.98.00.38.14), vww.vitrines-brest-centre.fr); Centre commercial Iroise (02.98.49.57.25) ; Groupement des hôteliers brestois (02.98.44.47.01) ; Haut de Jaurès (02.98.46.60.12); Kergaradec (02.98.41.20.20); Pilier Rouge (02.98.44.10.63); Recouvrance (06.08.98.17.67); Pen Ar Créac'h Strasbourg (02.98.02.08.34); Bas de Siam; Quéliverzan
JDE | Édition Finistère 29 | 1 mai 2009

