Côtes-d'Armor

Rencontre

JDE Edition Côtes-d'Armor 22

René Trotel. Le menuisier de Hénanbihen a pris la plume

ajouté le 5 mars 2010  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre

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Après avoir conçu et fabriqué des meubles pendant plus de 50 ans, René Trotel a choisi de prendre la plume pour partager sa passion et transmettre son savoir. ?Le meuble breton? raconte l'histoire du mobilier breton du Moyen-Âge à nos jours.

À 77 ans, René Trotel pourrait profiter de sa retraite. Mais l'ancien patron des meubles Trotel de Hénanbihen a choisi de continuer à partager sa passion avec la sortie, fin 2009, d'un ouvrage sur le mobilier populaire breton.

Bénédicte Hascoët

«Dès que j'ai su marcher, je suis allé dans les copeaux de bois de l'atelier de mon père. Notre maison était juste à côté dans le bourg d'Hénanbihen.» Né en 1933 à Hénanbihen, René Trotel entre, à 14 ans, comme apprenti chez son père, menuisier-ébéniste. «Pourtant, j'étais bon élève, j'aurais pu continuer, mais l'idée ne m'est jamais venue de faire autre chose.» Lorsqu'il intègre l'entreprise familiale en 1947, René Trotel représente la troisième génération de Trotel. C'est son grand-père, Gabriel, qui fonde cette menuiserie en 1904 à Hénanbihen. Il y emploie au départ entre deux et quatre ouvriers et a une clientèle locale. Son fils, René, lui succède. C'est lui qui va développer cet atelier artisanal en se spécialisant dans le meuble au début des années 30. «C'est le début de l'essor des stations balnéaires comme Saint-Cast, raconte son fils. Mon père entre en contact avec une clientèle plus cultivée et avec plus de moyens.» Et qui a besoin de meubler ses luxueuses villas avec des choses un peu plus «élaborées». Grâce à sa rencontre, après la seconde guerre, avec Adrien Le Guen, un sculpteur dinannais, René Trotel père va «faire évoluer le mobilier de Bretagne. C'est un véritable retour aux sources avec des décors celtiques, tout en proposant des oeuvres originales.» Des oeuvres qu'il expose lors de foires-expo à Dinan, Saint-Brieuc, Rennes et qui sont souvent récompensées Le nom René Trotel commence à se faire connaître.

Patron à moins de 30 ans
«J'ai travaillé avec mon père une quinzaine d'années, se souvient René Trotel fils. Et ça s'est toujours bien passé. Il m'a très vite laissé des responsabilités. À moins de 30 ans, j'étais même le patron.» Et le fils va faire fructifier sa petite entreprise. Dans les années 60, il prend les rênes de la menuiserie et choisit de lui donner un tournant industriel. «Attention, nous faisions du meuble massif, de la reproduction de mobilier ancien haute gamme et authentique.» Des ?copies ?souvent inspirées du mobilier populaire breton avec trois grands principes: «l'authenticité en faisant référence à des styles précis, l'originalité avec des modèles innovant et enfin, le respect intégral des règles du métier qui sont souvent abandonnées quand on passe à l'étape industrielle.Quand je dessinais un proto, je ne faisais aucune concession pour gagner du temps. Faire appel à des machines c'est bien mais il ne faut pas faire de compromis sur la qualité.»

Des meubles signés
En 1968, les locaux sont devenus trop exigus pour accueillir les 15salariés. Une nouvelle usine de 1.500m² est construite à la sortie du bourg de Hénanbihen. Un an plus tard, l'effectif a doublé. À la fin des années 70, ce sont 125 personnes qui travaillent dans la société René Trotel pour une surface de 6.000m². Les meubles sont signés dès les années 70, ils ont tous un numéro et un certificat d'authenticité. Les premières pubs René Trotel font leur apparition dans les revues de déco avec des listes de marchands de meubles concessionnaires. Des représentants sillonnent la France et les pays frontaliers. La marque commence à être connue d'un public averti. René Trotel ira même trois fois aux USA, «pour voir... mais, je ne parlais pas anglais et puis, je n'ai jamais eu le goût du commerce pour le commerce.» Son business, c'est en France qu'il le développe, à travers un réseau de concessionnaires. En 1983, l'usine atteint 9.000m². La marque ?Décor de province? est lancée avec un positionnement dans le moyen haut de gamme. «Les difficultés, qui ont débuté dans les années 80, ont perduré la décennie suivante. On a assisté à l'apparition des produits de jouissance immédiate, le long terme a peu à peu perdu de l'importance.» René Trotel vend son entreprise en 2003. Elle sera liquidée 4 ans plus tard...

«Je me suis dit que j'allais écrire un petit livre sur le meuble breton»


Pourquoi avoir choisi de vous lancer dans l'écriture à l'heure de la retraite?
Au salon du meuble de Paris 2004-2005, j'ai découvert une nouvelle revue ?Si le meuble m'était compté ?. La personne qui tenait le stand connaissait les meubles René Trotel. Ce monsieur m'a proposé de rédiger des articles pour le magazine. J'en ai écrit plusieurs sur les meubles celtiques, le mobilier de ports, etc. Lorsque la revue a cessé sa parution quelques mois plus tard, j'avais déjà travaillé sur de nouveaux sujets. Je me suis dit que j'allais écrire un petit livre sur le mobilier populaire breton par pays aux XVIIIe et XIXe. Coop Breizh était intéressé, mais ils m'ont demandé de faire un beau livre. J'ai mis près de deux ans pour écrire cet ouvrage de 220 pages qui traite notamment de l'évolution des métiers du bois, du Moyen Âge à nos jours, du début de l'industrialisation et ses conséquences. Il est sorti le 15décembre dernier. J'ai parcouru 5.230km à travers la Bretagne pour les prises de vues!
Vous êtes intarissable sur l'histoire du mobilier en général. Comment avez-vous acquis toutes ces connaissances?
Dès que je partais en déplacement, j'emmenais mon appareil photo. En tant que membre du syndicat de l'industrie française de l'ameublement, l'Unifa, j'ai effectué de nombreux voyages professionnels partout en France et dans les pays frontaliers. J'en profitais pour aller voir les musées, les brocanteurs, les antiquaires, je faisais les salons. Pour moi, ce n'était jamais du temps perdu, les contacts liés lors de ces voyages m'ont toujours apporté quelque chose. Quand j'allais à Paris, je passais à Drouot, au Louvre des antiquaires.


L'entreprise René Trotel a été liquidée en 2007, 4 ans après votre départ.

Pourtant, des meubles de cette marque sont toujours fabriqués...
Au début des années 2000, je commençais à vieillir. Mes cadres n'étant pas intéressés pour reprendre, j'ai cherché un successeur. Je sentais qu'il fallait quelqu'un de fort sur le plan commercial. J'ai trouvé un repreneur, très diplômé, qui voulait développer l'export vers les USA et l'Asie du sud est. Le meuble n'était pas son domaine, mais au niveau commercial, il paraissait maîtriser. Je suis un autodidacte, alors j'ai toujours été un peu complexé vis-à-vis de ceux qui ont fait de hautes études... L'entreprise a été liquidée en 2007, il restait 35 salariés (Ndlr: ils étaient une soixantaine au moment de la transmission en 2003). Avec trois de mes anciens concessionnaires, nous avons voulu racheter la marque René Trotel, via la société BGL Trotel, qui est aujourd'hui propriétaire de la marque et du nom. Nous avons concédé quelques modèles qui sont toujours fabriqués par une entreprise de Vitré.

Parcours


1904
Gabriel Trotel, menuisier ébéniste, s'installe à Hénanbihen.
1930
Son fils, René, se spécialise dans le meuble.
1933
Naissance de René Trotel fils.
1964
René Trotel fils prend la direction de l'entreprise. Il l'oriente vers une activité industrielle.
1968
Construction d'une usine de 1.500m², l'effectif passe de 15 à 30 salariés.
1971
125 salariés et 6.000m².
1983
Création de la marque ?Décors de province ?.
2003
Cession de son entreprise.
2007
Liquidation de la S.A. Trotel.
2009
Sortie du livre ?Le mobilier breton?

Il aime - La lecture, notamment les ouvrages qui traitent de vulgarisation scientifique, d'écologie, les romans historiques; et dans les hebdos Le Nouvel Obs et Marianne. - Le sport, «surtout le foot que j'ai pratiqué très longtemps à Hénanbihen», et le VTT qu'il pratique encore. Il n'aime pas - La chasse qu'il considère comme un loisir indéfendable, régressif et dangereux pour les amoureux de la nature. - Les excès actuels du libéralisme et du capitalisme financier, sources de scandaleuses inégalités.

JDE | Édition Côtes-d'Armor 22 | 5 mars 2010

Vos réactions 3 commentaires

  • Caimic - commentaire ajouté le 26 décembre 2013 à 10h28
    Félicitations
    Admirative de vos meubles même si je n\'ai jamais pu me les offrir. À l\'occasion d\'un tout petit héritage ferai-je le choix de m\'en offrir un ?
    Merci pour vos créations et Bon Vent à vous.
  • Marcel TREELS. - commentaire ajouté le 16 décembre 2011 à 21h19
    MEUBLES TROTEL : LE SUMMUM
    Aucun fabricant de meubles français ne pouvait égaler la qualité de fabrication des meubles TROTEL ... J\'ai depuis 70 une salle à manger collection Val Rance avec le vaisselier et meuble hi-fi réalisé spécialement à ma demande et une chambre à coucher collection Porhoet ... des meubles magnifiques que je n\'échangerais pour rien au monde ...
  • Roland Gerritsma - commentaire ajouté le 12 février 2011 à 19h57
    Mes compliments
    Ca me fait beaucoup plaisir de vous voir en cette forme et quel courage de commencer à écrire
    une livre sur le mobilier Breton.

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Vos réactions 3 commentaires

  • Caimic : Félicitations - Admirative de vos meubles même si je n\'ai jamais pu me les offrir. À l\'occasion d\'un tout petit héritage ferai-je le choix de m\'en offrir un ?
    Merci pour vos créations et Bon Vent à vous.
  • Marcel TREELS. : MEUBLES TROTEL : LE SUMMUM - Aucun fabricant de meubles français ne pouvait égaler la qualité de fabrication des meubles TROTEL ... J\'ai depuis 70 une salle à manger collection Val Rance avec le vaisselier et meuble hi-fi réalisé spécialement à ma demande et une chambre à coucher collection Porhoet ... des meubles mag...
  • Roland Gerritsma : Mes compliments - Ca me fait beaucoup plaisir de vous voir en cette forme et quel courage de commencer à écrire
    une livre sur le mobilier Breton.

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