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jeudi 2 septembre 2010

Fait du mois

JDE Edition Bouches-du-rhône 13

Transport. Repli de l'activité depuis la loi de finances

ajouté le 5 février 2010  - 

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Joël Bohin, nouveau directeur de Globtrans, a remplacé Hakim Hadji en décembre dernier.

L'augmentation des contraites à l'importation en Algérie a naturellement entraîné une baisse des exportations sur la fin 2009. Cette chute a directement été ressentie par les opérateurs de transport. Globtrans, spécialisée dans le transport vers l'Algérie, a ainsi encaissé en 2009 une chute des trafics de près de 20%.

Remorques complètes, groupage, conventionnel, conteneurs et transport aérien... La société Globtrans, créée en 2002 à Marseille, prend en charge l'ensemble de la palette du transport vers l'Algérie pour le compte de clients industriels. «Nous nous chargeons davantage de biens industriels que de produits de consommation, et nos clients sont essentiellement positionnés au Nord de Paris et en région parisienne. Nous avons également quelques contacts en Rhône-Alpes», confie Joël Bohin, tout nouveau directeur de l'entreprise, qui a intégré Globtrans début décembre. «J'ai une expérience de près de 20 ans sur les pays du Maghreb», ajoute-t-il. L'entreprise, forte de 12 salariés, et d'une flotte de 90 véhicules, se positionne comme l'un des principaux groupeurs à travailler avec l'Algérie.

Favoriser le groupage
«Le produit remorque n'est pas encore arrivé à maturité sur l'Algérie, où les flux sont plutôt conteneurisés. Actuellement, la notion de groupage se développe car des entrepôts sous douane voient le jour à Alger». Globtrans travaille ainsi en partenariat avec le transitaire algérien Universal transit qui dispose de deux entrepôts sous douane dans la capitale algérienne. «Le refus, depuis le mois d'août, du port d'Alger de recevoir le conventionnel devrait jouer en faveur du groupage. L'idée est de détourner des marchandises moins stratégiques, à moins qu'elles ne s'intègrent à un service de groupage». Globtrans a davantage souffert depuis la mi-2009 des autres contraintes mises en place par l'État algérien, et notamment l'obligation de recourir aux crédits documentaires pour les règlements. «Nous avons eu une chute des trafics de l'ordre de 20%, pour une partie liée à l'interruption de certains projets. Il y a eu un ralentissement non négligeable des flux avec l'Algérie». Globtrans rappelle également que l'obligation de fournir des certificats de qualité pour les marchandises exportées mise en place depuis le printemps 2009 constitue un surcoût à la charge de l'exportateur. «Nous sommes obligés de vérifier toutes les marchandises, soit ici dans notre entrepôt ou directement chez nos clients. Traiter les dossiers vers l'Algérie nécessite maintenant un vrai travail en profondeur et nos collaborateurs doivent être aguerris à toutes les procédures», conclut-il.

Procamex. «Une façon de nettoyer le marché»

 Transport.  Repli de l'activité depuis la loi de finances

Pour l'association d'exportateurs Procamex Algérie, les contraintes de la loi de finances, et notamment le recours aux crédits documentaires, constituent au final un moyen de nettoyer le marché.


C'est en novembre2006 que l'association d'exportateurs Procamex (Provence Camargue Export) a ouvert une déclinaison, baptisée Procamex Algérie. «Notre mission est de développer les relations entre nos membres et l'Algérie. Nous nous voulons une rampe de lancement. Pour cela, nous avons misé sur la solution la plus efficace, celle de la proximité. Les contacts se font sur place», rappelle Renaud Dubreuil, président de l'association arlésienne. Un bureau permanent et mutualisé qui comprend un commercial algérien est donc hébergé depuis 2006, avec le soutien d'Ubifrance, dans les locaux d'Isotec Algérie.

Les entreprises s'adaptent
À l'origine, Procamex Algérie était déclinée en deux divisions: l'agroalimentaire et l'industrie. «Nous nous sommes aujourd'hui recentrés sur l'industrie. Nos adhérents sont ainsi notamment issus de la chimie et de l'industrie. Certains exportent déjà et d'autres ne sont qu'en phase de prospection. Aucun, actuellement, n'envisage de s'installer sur place». Toutefois, les nouvelles contraintes mises en place à la mi 2009 n'ont finalement que peu d'impacts sur les ambitions des entreprises membres de l'association. «Ce qui nous a surtout surpris, c'est le caractère soudain et brutal de ce changement des règles du jeu. En septembre dernier, il y a eu un mouvement de panique. Cependant, pour l'industriel qui envisage un développement à long terme de ses relations avec l'Algérie, le système n'est pas si contraignant », ajoute Renaud Dubreuil. Le président de Procamex Algérie évoque même l'idée d'un certain assainissement de la concurrence. «Le recours aux crédits documentaires et le surcoût entraîné freinent plutôt ceux qui visent des opérations ponctuelles et opportunistes. Les entreprises qui veulent travailler sur le long terme avec ce pays sont obligées de faire avec, et de s'adapter. Le coût du crédit documentaire est désormais intégré aux démarches. C'est quelque part une façon indirecte de nettoyer le marché. L'Algérie, depuis son ouverture, était considérée comme un nouvel eldorado et tout le monde s'y est précipité. Il y a eu beaucoup d'investisseurs prédateurs. Les nouvelles conditions mises en place par la loi de finances remettent de l'ordre », conclut Renaud Dubreuil.

Engins de TP. Une mesure «anti-économique» pour Mediaco

Christian-Jacques Vernazza, président de la société Mediaco.

L'interdiction totale d'exporter en Algérie des engins de travaux publics d'occasion a été durement ressentie par certaines entreprises de la région, dont la société marseillaise Mediaco (Effectif 2.000 - CA: 300M€), nº 1 du levage en France.


Considérée par l'Union maritime et fluviale de Marseille-Fos comme une «pièce maîtresse» des échanges de la région Paca avec l'Algérie, l'exportation d'engins de travaux publics d'occasion est désormais strictement interdite. Un coup dur pour la société Mediaco, nº1 français du levage, pour qui l'Algérie représente 5% de son chiffre d'affaires. «Nous sommes positionnés dans le pays depuis dix ans, rappelle Christian-Jacques Vernazza, président de la société. Nous y avons investi massivement, à Hassi Messaoud et à Alger. Nous travaillons dans le pays sur de gros chantiers, dans les domaines de l'énergie, des raffineries et des infrastructures. Aujourd'hui, nous ne savons plus où nous allons. Ce qui est pénalisant pour nous, ce sont ces lois qui changent en permanence. Cela nous empêche d'établir des stratégies à long terme».

La rentabilité en question
Ainsi, pour Mediaco, qui loue traditionnellement des engins de levage d'occasion aux entreprises algériennes et les utilise elle-même pour ses propres chantiers dans le pays, la nouvelle loi s'avère inévitablement pénalisante. «Si je comprends que l'on puisse interdire l'importation de voitures d'occasion, par exemple, qui sont parfois de véritables poubelles, cela ne devrait pas concerner les matériels très spécifiques que sont nos grues, qui disposent de certificats internationaux et qui sont contrôlées tous les six mois, estime Christian-Jacques Vernazza. C'est tout bonnement anti-économique. On ne peut pas importer en Algérie que des grues neuves. Ce ne serait pas rentable. De même, il ne me semble pas logique de ne pas pouvoir importer du matériel d'occasion utilisé pour nos propres travaux, à l'exception des ?admissions temporaires? pour des chantiers déterminés. Il faut à chaque fois les faire revenir en France, ce qui engendre des coûts de mobilisation et de démobilisation importants. Il faudrait pouvoir assouplir ce système. Nous voulons simplement investir et créer de l'emploi avec nos amis algériens». Pour l'entrepreneur marseillais, c'est la «liberté de travailler» qui est en jeu. «Aujourd'hui, nous nous posons beaucoup de questions sur la rentabilité de notre présence en Algérie», conclut-il.

SMC. «L'exportateur doit veiller à la conformité des documents»

Isabelle Frédéric, directeur du pôle commerce extérieur.

Pour la Société marseillaise de crédit (SMC), l'Algérie représente la destination principale de 70% de ses clients exportateurs. Si la fin d'année 2009 a été chaotique, la situation a tendance aujourd'hui à se fluidifier.


«Le recours au crédit documentaire perturbe les PME qui ne sont pas forcément rompues à cet exercice, et qui, jusque-là, préféraient la remise documentaire ou les virements», explique Isabelle Frédéric, directeur du pôle commerce extérieur de la SMC. «D'autant que la banque de l'acheteur est libre d'envoyer le crédit documentaire à la banque de son choix. Or, souvent, nos clients veulent que nous ayons un droit de regard sur les opérations qu'ils mènent», poursuit-elle. Si les premiers crédits documentaires de la fin 2009 étaient tous confirmés, quel que soit le montant de la transaction, la tendance s'est assouplie et les petites sommes ne sont plus à confirmer. «Les montants que les exportateurs supportaient en trésorerie avec les remises documentaires sont aujourd'hui affectées aux commissions des crédits documentaires. En revanche, le paiement de l'importateur est garanti à condition que les documents remis par le vendeur soient conformes aux termes du contrat. Le recours au crédit documentaire peut résoudre le problème lié à l'engorgement du port d'Alger. Les banques ont cinq jours ouvrés chacune pour se positionner sur un crédit documentaire. Au-delà de ce délai, la banque de l'acheteur doit payer, même si le navire est encore en rade à attendre son tour de déchargement...»

Caisse d'Épargne. «Les paiements sont sécurisés et raccourcis»

Jean-Marie Cedolin, responsable de l'activité internationale.

Pour le responsable du tout jeune service international de la Caisse d'Épargne Alpes-Provence-Corse, créé en 2007, la réforme imposant le recours au crédit documentaire sécurise et raccourcit les délais de paiement des exportations.


«L'Algérie est une destination fréquente chez nous. Il y a des liens traditionnels entre notre région et ce pays», souligne en préambule Jean-Marie Cedolin, responsable de l'activité internationale à la Caisse d'Épargne. «À l'exportation, les premiers échanges se font souvent via crédit documentaire, puis ensuite, les deux parties passent à la remise documentaire, plus souple, et si elles ont confiance, elles peuvent travailler par virement. Mais le recours au crédit documentaire est au fond une bonne chose. Il y avait d'importantes dérives avec le traitement des remises documentaires. Certaines banques algériennes pouvaient régler avec 45 jours de retard, alors que l'importateur lui-même avait payé. Face à ces pratiques, le crédit documentaire a l'avantage de garantir une date. Il est certes plus coûteux du fait des commissions bancaires, mais c'est parfois mieux que de devoir débourser 45 jours d'agios sur certains montants. Le paiement est d'autant plus certain que le crédit documentaire est confirmé. Cette réforme sécurise et raccourcit les délais de paiement. En revanche, pour l'importateur algérien, le crédit documentaire peut constituer une contrainte, car les délais de traitement sont d'au moins dix jours, le temps que les documents soient examinés par les deux banques».

Banques. Surcoût et regain de travail

La contrainte du recours systématique au crédit documentaire, issue de la loi de finances 2009, a entraîné un surcroît de travail pour certaines banques et un surcoût pour les exportateurs qui, auparavant, avaient plutôt tendance à préférer la remise documentaire pour vendre leurs marchandises en Algérie. Une remise documentaire, moins coûteuse certes en terme de commissions bancaires, mais également moins encadrée. Avec le crédit documentaire, confirmé ou non, l'exportateur gagne en sérénité. «Le crédit documentaire, c'est la certitude pour l'entreprise d'être payée», précise Jean-Marie Cedolin, responsable de l'activité internationale à la Caisse d'Epargne Alpes-Provence. Seul hic pour les banques et les exportateurs français: le crédit documentaire, à la différence de la simple remise documentaire, est émis par la banque de l'acheteur, qui l'envoie à l'homologue hexagonal de son choix, et pas forcément à la banque du vendeur. Si certaines banques ont vu leur travail s'accroître et les délais d'enregistrement s'allonger, d'autres ont vu une partie de leur travail en terme de remise documentaire disparaître sans pour autant avoir à gérer un volume de crédits documentaires similaires...

JDE | Édition Bouches-du-rhône 13 | 5 février 2010

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