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Ces peurs qui pénalisent l'esprit d'entreprise en France

ajouté le 6 avril 2012  -  - Mots clés : Actualité, Conjoncture, création, reprise

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Parmi les éléments culturels qui marquent l'esprit français, l'universitaire Olivier Torrès pointe la peur du risque. «En France, quand on a un peu d'argent, on investit dans la pierre et non dans des actions.»

Les Anglo-Saxons semblent meilleurs que nous pour faire émerger des success-stories. Mais qu'est-ce qui bloque ainsi les Français Éléments de réponses avec l'universitaire Olivier Torrès.

La création d'entreprise se développe depuis plusieurs années en France et a été considérablement boostée par la mise en place du régime de l'auto-entreprise. Mais le mouvement se heurte toujours à des spécificités culturelles françaises. «Ces dernières années, la France a fait des progrès», constate Olivier Torrès, professeur d'entrepreneuriat à l'Université de Montpellier et à l'École de management de Lyon. Cet universitaire s'étonne des critiques émises contre le régime de l'auto-entreprise qui a selon lui permis à la société française de faire «un pas en avant» dans le domaine de l'entrepreneuriat. Et de rétorquer à ceux qui fustigent les limites du régime «qu'il y a toujours une forme de précarité quand on entreprend.» Ces critiques viennent nourrir sa réflexion sur les différences d'approche entre la culture de l'entreprise des Américains et des Français. «C'est une question d'état d'esprit, explique-t-il. Quand vous êtes à New York, à Boston ou en Californie, ce qui marque les esprits, c'est le buzz, ce grouillement permanent qui peut d'ailleurs devenir lassant, à la longue. C'est aussi le cas à Paris, moins en province.» Il s'amuse à comparer certaines attitudes. «Aux États-Unis, le moindre taxi se vante d'être le plus rapide. Un serveur au restaurant ne vous demande pas si vous n'avez plus besoin d'autre chose mais si vous souhaitez autre chose. En France, on n'a toujours pas atteint ce niveau de dynamisme, cet appétit de volonté.»

"Abstiens-toi" contre "You can do it!"
Parmi les éléments culturels qui marquent l'esprit français, Olivier Torrès pointe la peur du risque. «Il est des expressions typiquement françaises qui soulignent bien cette peur. Ici, on dit: "dans le doute, abstiens-toi" ou encore "pierre qui roule n'amasse pas mousse". Aux États-Unis, c'est: "you can do it!". Ils sont en permanence dans le superlatif, dans le dépassement. Ici, quand on a un peu d'argent, on investit dans la pierre et non dans des actions, parce que la pierre, c'est sûr.» Autre spécificité française: la peur de l'échec. «Cela commence dès le système scolaire. Quand un élève fait des erreurs dans une dictée, on parle de faute. Il y a une connotation morale. On stigmatise l'échec. Un chef d'entreprise qui connaît des difficultés se retrouve au tribunal de commerce devant des juges en toge. Il a l'impression d'être un hors-la-loi. Sa souffrance morale est immense et fait des ravages sur le plan psychologique. Or, ce qui caractérise un entrepreneur, c'est n'est pas le fait de tomber, c'est sa capacité à rebondir!» Dernier écueil à un vrai souffle entrepreneurial: l'histoire de la politique industrielle contemporaine.

Et les entreprises familiales alors?
«On cite beaucoup l'Allemagne, actuellement, et le succès de son fameux Mittelstand (État du milieu), ces ETI qui soutiennent sa croissance. C'est oublier que la France a aussi eu des entreprises de type familial et néanmoins performantes. Mais à l'orée des années 1960 la France a fait le choix de construire des groupes puissants comme Renault, Total, Danone, qui sont parmi les leaders mondiaux avec des profits exceptionnels. Au risque de sacrifier les structures plus modestes.» Or, poursuit Olivier Torrès, ces dernières relèvent du management premier qui joue sur la proximité et le territoire quand les autres s'inscrivent dans le management second où l'on pilote à distance à la recherche de la rentabilité maximale. D'où les délocalisations. Mais aussi un reformatage de l'offre bancaire illustrée à la fois par la rotation constante des chefs d'agence et le recours systématique au credit scoring et aux comités d'engagement. «Contrairement à ce que veulent faire croire les banques à travers leur communication, cette tendance génère de plus en plus de distance avec l'entrepreneur qui, lui, a au contraire besoin de proximité», conclut Olivier Torrès.

JDE | Édition Provence-Côte-d'Azur | 6 avril 2012

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